Barry Allen n’est plus Flash. Ou Flash n’est plus Barry Allen. Le héros super-rapide s’est fait déposséder de son corps par un adversaire qui s’emploie à influencer et briser les autres « bolides » de son entourage, d’Impulse (Bart) à Kid Flash (Wallace). Mais l’âme de Barry, piégée dans la speed-force, croise quelques vieilles connaissances…

Flash #759Flash #759 (DC Comics)
Scénario de Joshua Williamson
Dessin de Rafa Sandoval & Scott Kolins
Parution aux USA le mardi 11 août 2020

Joshua Williamson entame le dernier arc de son run sur la série Flash en faisant feu de tout bois. Essentiellement Barry Allen est confronté à son pire ennemi, Zoom, qui lui a une nouvelle fois dérobé son identité et même carrément son corps. Ce n’est pas la première fois que le « Flash inversé » utilise cette stratégie (c’est d’ailleurs dûment rappelé dans ce numéro) mais cette fois il est entouré d’une équipe alors qu’il s’emploie à rompre le lien entre Barry et ses proches. Williamson n’a pas eu une écriture très régulière sur ce titre. On aime ou on n’aime pas Tom King ou Scott Snyder, par exemple, mais leurs runs sur Batman ont une direction. Sur Flash, on a parfois eu l’impression d’un tango, avec un pas en avant et deux pas en arrière, une saga prêchant la reconstruction de la mythologie de Flash et la suivante la défaisant. Dans les premières pages de Flash #759 Williamson paie un peu le prix de ces errances puisqu’alors qu’il ne reste plus que quelques épisodes il lui faut maintenant remettre en place une complicité avec Bart Allen, complicité qui n’existait plus dans cet univers. Mais l’auteur s’en tire de façon efficace. Il ne s’arrête pas là d’ailleurs puisqu’il fait appel à d’autres rapides issus aussi bien des New52 que d’une autre ère de l’univers DC. Entre le faux Flash, le vrai Flash, les amis modernes de Barry, certains « perdus de vue » et les Tornado Twins, par exemple, on peut dire que l’épisode « dégueule » de personnages rapides mais les liens qui manquaient sont assez bien gérés, avec un vrai sentiment de retrouvailles.

“You’ve paid for the Flashpoint enough.”

Il serait (trop) facile de penser que parce que Joshua Williamson actionne les bons Deus Ex Machina il retrouve d’un coup une direction d’écriture qui jusqu’ici a été aléatoire (aléatoire ne voulant pas forcément dire mauvais, juste « irrégulier »). Non, le sentiment de retrouvaille passe essentiellement par le travail du dessinateur Rafa Sandoval qui donne du corps aux bons moments. Il y a quelques splashes qui tombent au bon endroit et qui ne se contentent pas d’habiller la petite phrase mais servent aussi des moments d’action. C’est d’autant plus marquant que Scott Kolins est un peu privé de cette matière (le « retour » des pages qu’il illustre s’est déjà déroulé dans l’épisode précédent, et encore dans un contexte horrifique). Il n’a donc pas ce genre de « moment » à mettre en image. C’est Sandoval qui appuie sur le champignon, donne de la chair du mouvement aussi bien à Bart qu’au personnage qui vient clôturer (dans l’immédiat) le casting. On voit mal cependant comment les auteurs pourraient faire l’impasse, dans les numéros restants, sur la présence de Wally West et de ses enfants tant le sens de la famille est important dans cet arc. Avec ce Flash #759, Barry Allen a beau être privé de corps, il se réapproprie sa mythologie toute entière, quelque chose qu’on attendait au moins depuis 2016 et Rebirth. Il y a des ambiances qui font penser aussi bien au run de Mark Waid qu’à celui de Geoff Johns où encore à Gardner Fox. Sachant qu’avec DC il faut savoir se méfier des effets « Heroes in Crisis » et que les retrouvailles cachent parfois des choses moins heureuses, on ne peut que constater que l’arc Finish Line commence très bien. En espérant ne pas le voir trébucher sur la ligne d’arrivée. Il est temps, Barry avait effectivement depuis longtemps « payé le prix » pour Flashpoint…

[Xavier Fournier]