Deadpool est depuis peu le leader de son propre royaume, la nouvelle Monster Island. Mais quand il apprend que les X-Men eux-mêmes ont une île personnelle, Wade prend la chose comme un crime de… lèse-majesté. On ne veut pas de lui sur Krakoa ? Alors il va tout faire pour s’y incruster. Au grand dam des mutants…

Deadpool #6Deadpool #6 (Marvel Comics)
Scénario de Kelly Thompson
Dessin de Kevin Libranda
Parution aux USA le mercredi 5 août 2020

Il y a une époque où Deadpool était l’ennemi des New Mutants (rapidement devenus X-Force) et où il était impensable qu’il soit accepté parmi les X-Men. De l’eau est passé par là et, à une époque où Cyclops avait déjà ouvert grand les portes à ceux qui voulaient se racheter, Deadpool avait été relativement le bienvenu sur Utopia, au moins pour servir dans les rangs d’Uncanny X-Force. Mais Deadpool n’est pas techniquement un mutant et les X-Men de l’ère actuelle ont décidé de lui fermer les portes de leur nation nouvelle. Kelly Thompson mélange alors un faisceau de raisons. Certaines nées de la mauvaise foi de Deadpool (qui veut juste aller par Krakoa pour jouer les Fées Carabosses, en mode « pourquoi je n’ai pas été invité ») avec d’autres plus profondes (la promesse tacite des X-Men de guérir beaucoup de maladies, selon que les humains leur obéissent ou pas. Or, Wade a un long passé cancéreux). Bref, Deadpool décide de s’infiltrer sur l’ile X et rien que sa stratégie d’infiltration et l’état de son « fondement » sont déjà assez « particuliers ». Le talent de Thompson est d’arriver à faire cohabiter la démarche récemment radicalisée des X-Men avec leurs personnalités. Emma Frost, Wolverine, Rogue et les autres se comportent de façon différente, réagissent à Deadpool selon leur passé. Les X-Men de Kelly Thompson ont un grand agenda commun, d’accord, mais chacun s’en arrange à sa manière, selon son profil. Les X-Men sont agacés ou compatissants selon les cas. Les uns sont arrangeants, les autres ne le sont pas du tout. Pour être honnête le fait qu’une Rogue ait un parler très particulier aide sans doute à la singulariser (et puis la scénariste a un passé avec elle). Mais on a une diversité des mentalités face à une situation (la présence de Wade) et, au finish, une histoire d’amitié.

“I’m sorry we couldn’t fix you.”

Les dessins de Kevin Libranda sont efficaces mais mériteraient que la couleur reflète des ambiances différentes suivant qu’on soit sur Staten Island (plutôt fortifiée) ou sur la luxuriante Krakoa. Libranda tire bien parti du langage corporel habituel des personnages. Même s’il n’y avait pas les paroles, l’expression d’un Deadpool surpris et déçu en face d’Emma Frost est palpable (et ce n’est pas une mince affaire avec un personnage qui ne laisse pas apparaître un centimètre de peau). De la même manière Emma est dans des postures caractéristiques. Au bout du compte scénariste et dessinateur nous proposent un épisode qui rend justice aux personnages (aux X-Men comme à Deadpool) sans qu’aucun des camps ne semble y perdre. Le seul petit reproche qu’on pourrait faire tient aux dialogues. Habituée à la grande gueule de Deadpool, Kelly Thompson reste dans le ton et en l’espace de trois ou quatre pages donne parfois des « placards de dialogues » à Emma. Mais c’est vraiment mineur. Deadpool #6 ne prétend pas être l’épisode du siècle, vous ne le rangerez pas entre Civil War et le X-Men de Morrison mais ce n’est pas le but non plus. C’est une agréable lecture qui positionne Wade Wilson par rapport aux événements liés à la licence dont il est issu. Sans prise de tête mais plutôt efficace.

[Xavier Fournier]