Fear The Walking Dead S01E01[FRENCH] Fear The Walking Dead, la nouvelle déclinaison de Walking Dead démarrait cette nuit aux USA. Une série entière dérivée de celle qui existait déjà chez AMC elle même tiré du comic-book. Au final est-ce que l’on retrouve la patte de Robert Kirkman ?

WALKING DEAD, AVANT WALKING DEAD

Si vous suivez les épisodes de Walking Dead pour ces moments où des hordes de zombies ravagent des fermes ou des prisons, vous allez être déçu. Comme annoncé, Fear The Walking Dead se déroule à un stade initial de l’apocalypse zombie, c’est à dire pendant que Rick Grimes était plongé dans le coma et loupait le début des évènements. Et en même temps on reste surpris du moment choisi. C’est à dire que les choses sont déjà (doublement) en marche, que les morts ont commencé de se redresser mais que la chose demeure encore assez clandestine pour ne être remarquée que par quelques marginaux, tandis que l’opinion publique en entend vaguement parler mais ramène la chose à ce que nous pouvons voir, nous, sur le web avec les vidéos des accrocs au Flakka. Première surprise, comme on est au tout début des choses les zombies ne sont pas si destroy que ce à quoi Walking Dead nous a habitué. Nicotero, le superviseur des effets spéciaux, ne se lâche guère (pas avant la fin en tout cas) et ne peux nous pondre des « zombies au fond du trou » ou ce genre de circonstances baroques qui ont fait le succès de l’autre série. Mais Si vous suivez les épisodes de Walking Dead pour ces moments où des hordes de zombies s’invitent à l’écran, vous passez – vous le savez sans doute – à côté de la dimension majeure du scénariste Robert Kirkman, qui préfère utiliser ce contexte horrifique pour parler des vivants et de la société.

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PEUR SUR LA VILLE

Si la chronologie change, le lieu et certains profils aussi. Cette fois on est à Los Angeles, en milieu urbain, et les héros principaux ne sont pas des policiers ou des culs terreux habitués à tuer à la carabine. La petite famille recomposée formée par Madison Clark (Kim Dickens) et Travis Manawa (Cliff Curtis) a plutôt le profil bobo, si ce n’est Nick (Frank Dillane), fils ainé et mouton noir, qui a fuit le cocon familial pour s’installer dans un squat où il se défonce à volonté. En apparence la recette ou tout au moins l’esprit du casting est très différent de ce que nous donne la série-mère. Et pourtant, à bien y regarder, la touche de Kirkman est assurément là, pour peu qu’on s’intéresse au reste de sa production. Il y a beaucoup en commun entre Nick Clark, le héros cammé de Fear The Walking Dead, premier à remarquer les choses (mais forcément pas cru, puisqu’il est défoncé) et Kyle Barnes, le héros d’Oucast, conscient de possessions démoniaques mais qu’on ne croit pas plus car il est lui aussi considéré « personne à problème ». Si Nick Clark est bien loin de Rick Graves, l’équipe de scénaristes s’amuse à placer comme un clin d’oeil de ci de là. Au lieu de s’éveiller d’un coma, Nick se réveille après avoir bien forcé sur la cam’… et quelques scènes plus tard, on le retrouvera à son tour coincé dans un lit d’hopital, les auteurs jouant sans doute sur nos attentes. Mais ce qui change vraiment, c’est que la société est encore là, dans son insouciance et son quotidien. Les rues ne sont pas désertes, on va encore au travail, on prend encore le bus. L’invasion zombie ne se déroule pas d’un coup de baguette magique, il faut du temps avant que les gens la remarquent (même si on peut se demander pourquoi les abords des pompes funèbres et des cimetières ne se feraient pas immédiatement remarquer).

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PARENTAL ADVISORY

Si Nick Clark est le premier « témoin », on suit assurément plus le parcours de Travis et Madison, beau-père et mère d’abord incrédules. Celà n’empêche pas certains clichés digne des films d’horreur de série Z : « Jeunot, puisque tu me dis qu’il y s’est produit de multiples meurtres dans cet endroit, je vais y aller tout seul, sans penser à ammener un peu d’aide au cas d’où. Et je vais même y retourner plusieurs fois dans l’épisode pour défier le sort ». Et inversement la police n’a pas l’air d’enquêter sur grand-chose. Mais il s’agit bien de jouer avec les nerfs du télespectateur. Nous connaissons déjà les règles du jeu, nous, et à plusieurs reprises dans l’épisode, on a le loisir de se demander quand la partie commence avec ces nouveaux joueurs, dès lors qu’un second rôle traine un peu le pas ou met du temps à se retourner. Est-ce que ce proviseur, immobile à son bureau, est déjà passé de l’autre côté ? Ou est-ce le patient, de l’autre côté du rideau, qui sera le premier à mordre ? Il faut que les héros prennent conscience de l’enjeu et on guette le « top de départ » au niveau de la famille, qui arrive assez tard, le temps de nous présenter la majeure partie des protagonistes. De l’autre côté, on attend donc le moment où les choses vont réellement commencer à « pêter ». On aurait cependant pu faire sans quelques archétypes (la vision fugace des parcs publics vides et d’un clochard peut-être mort fait penser à Shaun of the Dead, de même que la scène de l’embouteillage avec motard manquant d’arracher la portière fait son effet World War Z).

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INFIDELE MAIS INTEGRE

Fallait-il faire une autre série Walking Dead dans laquelle il n’y a plus un seul élément tiré du comic-book ? On imagine que pour une partie des lecteurs de la BD d’origine c’est là que se placera le « casus belli ». En fait les choses ne sont pas si tranchées (sans jeu de mot) que ça. D’abord parce que les jeux vidéos et les romans nous ont ammené leur lot de personnages principaux qui ne sont pas dans la BD. Ensuite parce que la série TV Walking Dead elle-même compte quelques personnages inédits… qui sont devenus pour certains les plus populaires. Mais surtout quand on y pense, faire un Fear The Walking Dead n’est pas plus idiot que faire un Gotham privé de Batman dans lequel le Pingouin se prendrait pour Marilyn Manson… De fait, Fear The Walking Dead n’est pas le comic-book de Walkin Dead mais, et la nuance est là, ce début de série à tous les aspects d’une histoire écrite par Robert Kirkman (et pour cause). Pour continuer la comparaison avec Gotham, c’est comme si cette série-là était écrite par Bill Finger (et c’est dit sans vouloir égratigner le show en question, les producteurs n’y peuvent rien si Finger est mort depuis des décennies). A défaut d’être dans la fidélité (au comic-book ou le clonage de la série Walking Dead existante), Fear The Walking Dead joue donc la carte d’une certaine authenticité, une intégrité, un respect canonique non pas de la continuité du comic-book mais du style (et donc de l’esprit) de son scénariste. Reste à voir après cet épisode « d’éveil » là où la série entend placer réellement son rythme de croisière.

[Xavier Fournier]