Hal Jordan repasse au premier plan comme Green Lantern de référence dans l’univers DC. Mais « The Green Lantern » marque surtout le retour de Grant Morrison au super-héros mainstream. En équipe avec Liam Sharp, il donne à cette série renouvelée un parfum de science-ficion anglaise.

Green Lantern #1The Green Lantern #1 [DC Comics]
Scénario de Grant Morrison
Dessins de Liam Sharp
Parution aux USA le mercredi 7 novembre 2018

Même si ces dernières années DC Comics publiait une série Hal Jordan And The Green Lantern Corps (en marge du titre Green Lanterns au pluriel), il ne fait pas de doute que LE Green Lantern apparu pendant le Silver Age a beaucoup partagé l’affiche avec d’autres ces derniers temps. Son absence de la Justice League a pu paraître diluer encore son importance, par rapport à d’autres Lanterns plus récents. La couverture et le retour du singulier dans le titre de la série affiche d’emblée l’ambition : replacer Jordan au centre des choses. Mais le lectorat sera sans doute un peu surpris de tomber d’abord sur toute une partie d’histoire qui concerne d’autres lanternes vertes. Les pages passent et on ne voit pas de Hal… Pas de panique cependant. Non seulement il arrive, à mi-chemin du numéro, mais l’approche de Grant Morrison est d’abord de donner une raison au retour du héros. En effet, ce dernier est en disgrâce sur Terre, son anneau déchargé, et des raisons « géopolitiques » à l’échelle de l’univers vont provoquer son retour. C’est un épisode de démarrage pour Morrison, avec un ton sans doute plus académique que ses productions de ces dernières années (académique au point de nous rejouer une variante du crash d’Abin Sur sur Terre). Pas de discours (en tout cas pas à ce stade) sur la frontière entre fiction et réalité, pas de déballage verbeux. L’auteur préfère dans un premier temps se concentrer sur le critère « d’étrangeté » de l’armée des Green Lanterns, composée aussi bien de robots, de virus vivant que de planètes géantes. Un humain, là-dedans, serait plutôt le garant de la normalité mais il ne fait guère de doute que le scénariste prépare les choses pour nous expliquer que le vétéran Jordan, avec ce type de fréquentation, voit les choses d’une façon bien différente que les piétons de l’univers DC.

« I’m guessing english may not be your mother tongue, pal. »

Après sa minisérie réunissant Batman et Wonder Woman et après un passage remarqué sur la série solo de l’amazone, Liam Sharp choisit ici un style beaucoup plus rugueux, un peu comme un retour à des choix graphiques qu’il pouvait faire à l’époque où il dessinait des Death’s Head pour Marvel. Non pas qu’il fasse un bond en arrière d’un quart de siècle en termes de niveau mais son trait se fait plus épais, d’autant plus qu’il est servi par des couleurs massives. En fait, en réunissant Grant Morrison et Liam Sharp, deux créateurs venus du Royaume-Uni, sur le même titre on obtient comme un glissement sémantique de la mythologie des Green Lanterns. Les tenants et les aboutissants sont là, pas de problème, qu’on parle des Gardiens de l’Univers, des Controllers ou d’autres personnages plus obscurs (comme le prisonnier de la scène finale). Mais l’esprit, la typologie de la science-fiction déployée dans le titre évolue et fait penser à un registre plus proche de 2000 AD. Un peu comme quand, à l’époque, le rival de Morrison, Alan Moore lui-même, avait travaillé sur quelques anthologies liées aux Lanterns et produit des concepts plus brutaux (comme ce qui est devenu Atrocitus par exemple). C’est en un sens dépaysant mais cela peut, dans un premier temps, déséquilibrer ceux qui s’aventurent dans ce premier numéro en s’attendant à tomber d’emblée sur quelque chose d’aussi perché que Multiversity ou les Invisibles. Morrison joue l’esprit d’équipe (au point de placer une référence subtile à Doctor Manhattan et à Rebirth) mais quelques indices (comme la scène du livre d’Oa) laissent à penser que les méta-références associées à l’auteur ne sont pas loin et qu’elles ne tarderont pas à se manifester.

[Xavier Fournier]