[FRENCH] Il y a une nouvelle femme fatale dans la ville. Et pas n’importe quelle femme. Roxi est une strip-teaseuse burlesque mais aussi une redoutable manipulatrice d’hommes (et de femmes). Eric Powell s’en donne à coeur joie dans une ambiance où les stéréotypes sont assumés. Des jolies filles et des grosses brutes. Un peu comme si on mélangeait les univers de Dave Stevens, Will Eisner et même un peu de Frank Miller, le tout nappé dans une sauce humoristique à la Powell !

The Goon #36 [Dark Horse Comics]
Scénario d’Eric Powell
Dessins d’Eric Powell
Parution aux USA le mercredi 2 novembre 2011

Peut-être vous souvenez-vous de cette tendance, dans les années 90 ou au début ce siècle, qui consistait à signer avec une pin-up girl réelle (catcheuse ou une pornstar) pour justifier un comic-book de « bad girl ». Eric Powell invite cette fois-ci dans The Goon de vrais reines du burlesque, à commencer par Roxi Dlite, une vraie strip-teaseuse qui, dans le récit, devient le ressort de cette histoire. Elle aime s’exposer, elle aime le sexe et, à travers une personnalité bien typée, se sert de tout ça pour manipuler le monde autour d’elle. La voici qui arrive en ville poursuivie pas d’autres personnalités burlesques réelles, les soeurs Pontani. Comme tout ça se passe au moment où le Goon vient de voler une sorte de Manneken-Pis couvert de pierres précieuses, l’effeuilleuse ne tarde pas à user de ses charmes pour tenter de récupérer ce butin. Un joyeux chaos ne tarde pas à prendre forme, d’où dépassent quelques porte-jarretelles et poitrines bondissantes…

Eric Powell aime les ambiances bien typées, les habitués du Goon le savent bien. Certes le burlesque à ses fans comme ses opposants mais l’atout le plus important du scénariste/dessinateur reste la carte de l’humour. L’arrivée éclair de Roxi dans le monde du Goon et sa veinalité sonne comme un clin d’oeil, une allusion à la manière avec laquelle les femmes fatales débarquaient dans les pages du Spirit de Will Eisner. On peut aussi y voir un voisinage avec la Betty du Rocketeer de Dave Stevens (encore que dans le cas de Stevens il avait utilisé l’image de Betty Page sans consulter l’intéressée et que les choses ont été arrangées par la suite). La Roxi Dlite de la BD est plus « intéressée » que la Betty du Rocketeer mais le ressort est le même. Et puis il y a cette équation venue du roman noir qui marche à chaque fois : les brutes et les jolies filles, ça débouche toujours sur des ennuis. Alors oui il y a des courbes (mais en un sens pas plus ou pas moins que dans un épisode de Red Sonja) mais il y a un art certain de la comédie. Qui plus est voici un épisode « stand alone » qui risque d’attirer beaucoup de lecteurs pour de « mauvaises » raisons et de leur donner l’envie de rester fidèles au Goon…

[Xavier Fournier]