Accusé de meurtre dans le contexte de Civil War II, Hawkeye peut compter sur l’aide de Daredevil pour… ah non, c’est vrai, Matt Murdock n’est plus avocat désormais mais bien procureur. Il est passé de l’autre côté. Marc Guggenheim, Ramon Bachs et Garry Brown nous racontent les coulisses du procès récemment évoqué dans CWII. Et là, selon la formule consacrée, « c’est le drame »…

 Avant-Première VO: Review The Accused #1The Accused #1 [Marvel Comics] Scénario de Marc Guggenheim
Dessins de Ramon Bachs & Garry Brown
Parution aux USA le mercredi 10 août 2016

Lors de la première Civil War, Marvel avait assez peu joué sur Matt Murdock/Daredevil, alors que le côté légal de la chose aurait mérité d’être exploré, les super-héros ne pouvant guère régler une question de loi seulement avec leurs poings. Pour Civil War II, on ne peut pas faire le reproche à Brian Michael Bendis d’avoir zappé ce pan. Au contraire, via des scènes comme le plaidoyer de She-Hulk ou le procès d’Hawkeye, le scénariste a montré que les choses ont une conséquence idéologie, sociale et légale. Marc Guggenheim, bien que surtout connu ces derniers temps pour œuvrer sur les séries TV Arrow et Legends of Tomorrow, fut aussi le producteur de séries TV comme Law & Order, CSI Miami ou In Justice. Le récit procédural, il connaît. Sauf qu’ici, on sent qu’il hérite d’une situation décidée à la fois par Bendis et Soule (le scénariste actuel de Daredevil), ce dernier ayant décidé de changer l’emploi de Murdock pour en faire un procureur. Marc Guggenheim voudrait visiblement aller dans un autre sens, raconter l’histoire d’un super-héros qui en défend un autre. Du coup, le voici qui enchaîne pirouette sur pirouette pour ménager la chèvre et le chou. Et en plus comme le résultat du procès a déjà été révélé il y a quelques semaines, autant dire que ça rame sec et que cela se voit. On peut faire, d’ailleurs, la comparaison avec le procès de Green Arrow après Justice League: Cry For Justice (et le meurtre de Prometheus). Ce n’était pas extraordinaire mais cela volait déjà bien plus haut. Ici, Guggenheim dégage des éléments intéressants (comme le fait que la préméditation de Barton est apparente, puisqu’il était déjà en place) sans réellement aller jusqu’au bout. Au final on a l’impression que le scénariste baisse les bras en terminant sur un « chacun pensera ce qu’il veut et jugera Barton comme il l’entend ». Merci, c’est en gros ce qu’on avait déjà fait à la lecture de Civil War II, sans avoir besoin de débourser 4.99$ supplémentaires. D’autant qu’une fois passée la couverture de David Mack, le dessin des pages intérieures tourne à la cata.

« Neither an acquittal nor a conviction is going to end up telling you anything. »

Cela fait partie de l’exercice, en particulier chez Marvel, de sortir un one-shot pour rebondir sur une conséquence d’un crossover. On se souviendra de The Return pendant la première Civil War, qui mettait en exergue le vrai faux retour de Captain Marvel. En général, le résultat est peu percutant car, en même temps, l’éditeur s’est gardé les vraies retombées pour « ailleurs ». Ce qui fait que la position des auteurs de ces one-shots est d’une certaine manière peu enviable. C’est casse-gueule et l’on se retrouve à écrire ou dessiner des choses dont on ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants. Oui mais enfin, même avec ces réserves, il y a une limite… 4,99$ ??? 4,99$ POUR CA ? En termes de production globale, c’est tout proprement indigne de ce qu’on est en droit d’attendre des big three (Marvel, DC et Image, encore qu’Image avec son She-Wolf ne soit pas loin de tomber si bas). On aime ou pas le dessin de Ramon Bachs mais il est ici méconnaissable, avec des crayonnés parfois embryonnaires et un encrage dans les pâquerettes. Sans doute qu’il y a derrière ça une histoire de délais ou des retouches sans fin générées par le crossover ou que sais-je encore. Mais des pages entières sont du niveau d’un fanzine (et pas d’un très bon). La case montrant les manifestants devant le tribunal, le visage à peine esquissé du défenseur d’Hawkeye, comme si on avait commencé à le dessiner et qu’on avait changé d’avis en cours de route, le personnage d’Evelyn Stanzler qui change d’âge ou de poids d’un bout à l’autre du numéro. Et puis le flashback hideux vers la première Civil War, tout ça noyé sous des couleurs massives qui étouffent plus encore. Franchement, là, d’un coup, on se sent dans la peau du pharmacien du « Père Noël est une ordure », se demandant ce que c’est que cette matière. Je comprends que, sans doute, les auteurs, qu’on a connu dans de meilleures situations, font avec ce qu’ils ont, dans des conditions sans doute difficiles qui expliquent cette baisse de régime. Mais là c’est zéro pointé, pour un numéro de plus très dispensable.

[Xavier Fournier]