Cyborg, Starfire et, plus surprenant, Azrael ont été convoqués par une voix mystérieuse à l’autre bout de l’univers, dans le « secteur fantôme » peuplé par les mondes qui ont échappé à la destruction de la planète Colu. Comme Jessica Cruz est la Green Lantern en charge de ce secteur, elle ne tarde pas à être aussi impliquée dans cette quête. Justice League Odyssey, la « Justice League Cosmique » d’une certaine manière, commence de manière assez laborieuse.

Justice League Odyssey #1Justice League Odyssey #1 [DC Comics]
Scénario de Joshua Williamson
Dessins de Stjepan Sejic
Parution aux USA le mercredi 26 sep 2018

Il y a comme un mot d’ordre chez DC depuis Metal, c’est que tout est la faute de la Justice League. Alors la League est donc plus ou moins confusément responsable de Metal (admettons, Batman a ouvert le portail), mais elle est aussi (il parait) responsable de destruction d’une partie du mur de la Source, responsable de la destruction de Colu et de tout ce qui mousse. Quelque part en court de route les personnages impliqués semblent totalement occulter que l’alternative (laisser les choses se faire) c’était abandonner le Multivers à Barbatos. Et dans un beau paradoxe digne de Legends of Tomorrow (vous savez, le coup de « les voyages dans le temps abiment le temps alors nous allons voyager dans le temps pour le réparer »), Cyborg, convaincu que la League « elle ne fait rien que tout casser dans l’univers », décide donc que c’est sa responsabilité d’aller dans l’univers pour réparer. D’autant qu’il entend une voix dans sa tête et qu’en général, c’est sûr, quand une voix vous parle dans votre tête, cela se fini toujours bien. Le comble c’est que Joshua Williamson reproduit d’une certaine manière les conditions de l’apparition des New Teen Titans de Wolfman et Perez (après tout Raven parlait à certains des futurs membres dans leurs rêves et à coup de prophétie). Mais c’est bien l’exécution qui, ici, fait défaut. Pourquoi Cyborg ferait abstraction de ses super-collègues et ne tenterait pas d’attirer quelques collègues avec lui ? Pourquoi ce détachement réduit, dans une zone réputée dangereuse. Tout cela n’a pas grand sens. Et encore c’est sans parler de l’arrivée de Darkseid (disons-le, puisqu’il est sur la couverture).

« I know you have searched for the meaning of your existence. »

Stjepan Sejic expérimente avec son propre style pour fournir des dessins qui sont autrement tournés que ses productions précédentes, avec des personnages beaucoup plus dessinés, reposant moins sur des effets de matière (encore que cela arrive par endroits). Du coup, sur certaines cases, les silhouettes prennent quelques faux airs d’un Michael Turner. Le résultat visuel est inégal mais intéressant. On ne peut pas en dire autant du scénario qui pue le boulot de commande, réunissant de manière artificielle les protagonistes de cette Justice League Odyssey. On décroche le pompon avec l’arrivée de Darkseid. Et là pour le coup scénario et dessins sont tous les deux à la peine. Car le Darkseid proposé n’en impose pas vraiment. A croire que c’est son cousin, Kevin Darkseid, qui débarque en portant un « hoodie ». Ce Darkseid là, niveau charisme, c’est le degré zéro. La comparaison est d’autant plus cruelle quand on compare au Darkseid vu ces derniers temps dans Mister Miracle. D’ailleurs, pour savoir comment ces deux versions de Darkseid peuvent cohabiter chronologiquement, débrouillez-vous, les auteurs s’en lavent les mains. De toute façon, Kevin Darkseid sort un discours à peine cohérent sur la raison d’exister des héros et le pourquoi/comment de ces mondes. Le truc façon « je sais ce que je dis, je sais ce que je fais, mais c’est tellement plus pratique de parler par ellipse pour entretenir le mystère ». Le dessin de Sejic a l’avantage de proposer une ambiance très différente ce que l’on connait d’habitude dans les titres Justice League. L’histoire, cependant, n’est absolument pas efficace. Elle a le goût du carton-pâte. Le scénario n’arrive pas à cerner les personnages et on doute que la série puisse vraiment aller loin. Assurément, ce n’est pas le pire comic-book produit. Mais au lieu de l’Odyssée promise, on est quand même pas loin du naufrage.

[Xavier Fournier]