Thunderbolt, à l’origine, était l’un des héros des défunts comics Charlton et l’une des inspirations derrière les Watchmen fait son retour, cette fois chez Dynamite. Le paradoxe, c’est que son « clone », Ozymandias, est sans doute bien mieux connu que lui. Kieron Gillen décide de ramener l’original mais tout en puisant dans la sphère des Watchmen. D’où une sorte de pirouette afin que le personnage adapte son point-de-vue. Mais la pirouette n’est-elle pas trop tardive ?

Peter Cannon: Thunderbolt #1Peter Cannon: Thunderbolt #1 [Dynamite]
Scénario de Kieron Gillen
Dessins de Caspar Wijngaard
Parution aux USA le mercredi 30 janvier 2019

Peter Cannon: Thunderbolt faisait à l’origine partie du même cheptel de super-héros que Blue Beetle, Captain Atom, Question ou le Peacemaker. A savoir : les super-héros lancés dès les années 60 chez Charlton et qui ont été pour la plupart rachetés par la suite par DC Comics. Mais si Thunderbolt a quelques fois fait des apparitions chez DC (on l’aperçoit, entre autres, dans Crisis mais aussi dans une courte série à son nom), des différences de contrat ont fait que le personnage est revenu à son créateur et à ses héritiers, DC ne faisant que « louer » l’usage du héros. Quelque part en cours de route, Alan Moore & Dave Gibbons ont été chargés de réinventer les héros Charlton dans un projet qui, de fil en aiguille, est devenu plus tard les Watchmen. Ce qui aurait dû être Thunderbolt étant au passage rebaptisé Ozymandias, le grand responsable des évènements, qui se sert d’une fausse invasion extra-terrestre pour manipuler la Terre entière et forcer la fin de la Guerre Froide. Ce préambule est nécessaire pour bien comprendre plusieurs choses. D’une, même si DC a pu utiliser Thunderbolt à l’occasion, le personnage ne lui appartient pas. C’est une licence à part (ce qui explique qu’on le retrouve maintenant chez Dynamite). De deux, le succès de la BD Watchmen (et du film) ont fait qu’Ozymandias est connu même du grand public là où Thunderbolt reste « pratiqué » par quelques happy fews. Et ce n’est pas franchement comme si le héros comptait vraiment plusieurs épisodes géniaux. Le grand fait de sa carrière est d’avoir servi de modèle à un personnage plus marquant. Kieron Gillen a fait cette analyse et écrit donc une nouvelle série où tout (ou presque) évoque Watchmen. Voici un Thunderbolt moderne, blasé par ses semblables, pour qui plus rien ne représente un défi et qui semble même pas du tout convaincu qu’il faille sauver la Terre quand ses super-collègues viennent lui apprendre que le monde est menacé par… une invasion extra-terrestre. Mieux: bien vite Thunderbolt se rend compte que cette histoire d’invasion n’est qu’une supercherie et qu’il lui faut combattre le vrai cerveau de l’affaire. Autrement dit c’est Thunderbolt plongé dans une problématique à la Watchmen mais dans un camp totalement opposé.

« Oh, Supreme Justice. Once more, you misunderstand me. »

Le dessinateur Caspar Wijngaard donne à ce Thunderbolt contemporain une ambiance nette et acidulée, qui évoque un peu d’autres projets écrits par le même scénariste (il y a comme un écho de « Divine » là-dedans). Ce ton graphique correspond bien à la personnalité plutôt retenue de Peter Cannon, même confronté à l’Apocalypse. Il y a de l’idée est c’est sans doute le projet le plus ambitieux concernant Cannon depuis… Watchmen (si on doit compter Ozymandias comme un reflet du héros). D’ailleurs le titre de l’épisode (« Watch ») est d’une subtilité assez discutable. Malheureusement l’ambition ne fait pas tout. D’une part, privé des autres héros Charlton (qui eux continuent d’appartenir à DC Comics), Gillen les remplace par quelques vagues équivalents comme avait pu le faire Moore mais sans grand panache. Les nouveaux persos font plus « chair à canon » qu’autre chose. Et puis surtout l’idée, quand bien même bonne, arrive un peu tard. En termes de déconstruction ou de suites thématiques de Watchmen, Multiversity ou, d’une autre manière, Doomsday Clock sont passés par là. Mais surtout Peter Cannon: Thunderbolt arrive presque trois mois après le début de Prodigy, la série du Millarworld qui projète un héros parfait contre une invasion extra-terrestre, un peu comme un pseudo-Ozymandias qui résisterait à la conspiration évoquée dans Watchmen. Et pour le coup Prodigy semble le faire bien mieux à ce stade. Bref, le Thunderbolt de Dynamite est potentiellement intéressant mais déjà dépassé par la concurrence.

[Xavier Fournier]