Kraven, bien décide à en finir avec Spider-Man, a décidé de se lancer dans une grande chasse à travers New York. Quoi de neuf sous le soleil puisque ce n’est jamais que le mode de fonctionnement de Kraven depuis sa première apparition. Mais détrompez-vous. Ce n’est pas la routine. S’appuyant sur la symbolique d’un arc majeur lié au personnage, Nick Spencer et Humberto Ramos promettent une saga qui fait mal. En tout cas c’est l’ambition déployée dans ce premier chapitre officiel de « Hunted ».

Amazing Spider-Man #17Amazing Spider-Man #17 [Marvel Comics]
Scénario de Nick Spencer
Dessins de Humberto Ramos
Parution aux USA le mercredi 13 mars 2019

Kraven a fait le tri dans sa famille et, à la manière d’un Jango Fett n’a gardé près de lui qu’un seul fils qui lui semblait digne. Mais ce n’est pas tout : ce mini-clan Kraven a orchestré dans l’ombre la capture de la plupart des personnages liés aux animaux parmi les alliés et les ennemis de Spider-Man. De fait, il ne reste plus guère que Peter Parker dans la nature, qui découvre l’ampleur du plan mais dans le même temps semble avoir un aperçu très funeste du futur. Est-il sur le point de perdre quelqu’un qui lui est très cher ? Les fans de comics se souviennent de cette vanne lancée par Batman à Superman lors d’Infinite Crisis : « la dernière fois où tu as compté, c’est quand tu étais mort! ». La chose est vraie aussi avec Kraven, qui a connu son chant du cygne dans le Last Hunt de J.M. De Matteis et Mike Zeck. Mais dans les comics peu de personnages restent morts indéfiniment. Et par la force des choses Kraven a fait comme les autres, il a fini par être ressuscité à son tour, par revenir et faire, depuis, des attaques qui par comparaison palissaient face à la saga de sa mort. Nick Spencer commence très fort cet arc en ne cherchant pas à cacher « l’éléphant dans la pièce ». Au contraire le scénariste fait directement référence aux épisodes de De Matteis/Zeck. A travers Kraven lui-même, Spencer exprime ses critiques par rapport au fait d’avoir ramené le personnage pour en faire si peu. Et c’est au point où l’épisode en vient à imiter le lettrage de Last Hunt pour illustrer ce point et placer la barre assez haut en termes d’ambition (restera donc aux épisodes à venir à tenir les promesses).

« Kraven means you no harm. »

Pour ce qui est des dessins, c’est peu de dire qu’on connait le travail d’Humberto Ramos sur Spider-Man, alors qu’il a travaillé sur ce héros à travers différentes séries depuis plus de deux décennies. Mais si Ramos est un artiste de comics il est aussi un fan, quelqu’un qui a suivi Amazing Spider-Man dans ses jeunes années. Si bien que le dessinateur joue totalement le jeu, en particulier sur une scène de prologue où, sans chercher à se faire passer pour Mike Zeck, il surfe sur certaines ambiantes communes pour illustrer de manière parfaite le propos de Spencer et le rapport avec Last Hunt. Ramos reste maître du jeu et passé ce flash-back revient à un travail qui lui est personnel mais il y a comme un passage de bâton entre les deux sagas qui assez bien vu. D’une certaine manière, si vous n’avez pas lu/vu Kraven depuis sa mort dans Last Hunt, cette aventure nouvelle vous donne à peu près tout ce dont vous avez besoin (mis à part les conditions de sa résurrection qui, on l’aura compris, n’intéressent pas vraiment les deux auteurs). S’agit-il d’en finir à nouveau avec Kraven en lui rendant une dernière fois les honneurs ? Est-ce qu’au contraire on veut préparer une nouvelle tragédie dans la vie de Peter, donc Kraven serait le responsable ? Difficile à dire avec certitude mais la tension est là, d’autant mieux servie par le style très noir de Ramos. Nick Spencer a ses fans et ses anti-fans, parfois des gens qui n’ont pas été convaincus par sa reprise d’Amazing (même si les ventes restent très bonnes). Mais Hunted est vraiment un exercice à part, avec une autre tonalité, et un bon point de départ pour ceux qui n’auraient pas lu la série depuis un moment. Cependant Spencer et Ramos ont vraiment intérêt à nous préparer des conséquences ravageuses, à la hauteur de cette déclaration d’intention assez tonique.

[Xavier Fournier]