[FRENCH] Ce troisième acte pour les « Fugitifs » devrait en toute logique achever de les placer sur la carte des incontournables de Marvel puisqu’après Brian K. Vaughan puis Josh Whedon les personnages sont repris par la doublette Terry Moore & Humberto Ramos. Et d’emblée, le tandem trouve une certaine osmose qui, tout en respectant ce qui s’est fait avant, fait preuve d’un ton personnel. Seul petit bémol de ce numéro #1, il n’est pas très « pédagogique » pour les nouveaux lecteurs qui auraient attendu ce volume pour découvrir l’équipe. Reste que le résultat global est excellent.

Runaways Vol.3 #1 [Marvel] Scénario de Terry Moore
Dessin de Humberto Ramos
Sortie américaine le 27 août 2008

Bienvenus dans une nouvelle incarnation de la série Runaways ! Une incarnation tellement raccord avec la série précédente qu’elle manque même un peu d’explications pour qui aurait sauté le dernier épisode de Whedon. Si vous avez manqué un arc, rien ne vous explique qui est Klara ni d’où elle vient. Xavin ou Victor ne sont guère mieux présentés. Bref, si vous connaissez déjà les fugitifs vous ne serez pas gêné le moins du monde, les retrouvailles se déroulent dans la douceur et sans nécessité de chercher la cohérence entre les Runaways de Whedon et ceux de Moore. Par contre, si vous pensiez faire découvrir ces personnages à des amis, en profitant de ce redémarrage, la tâche risque d’être plus ardue. Je ne jette pas spécialement la pierre à Moore, qui a su se placer parfaitement dans la continuité des épisodes qui l’ont précédé. Mais quelqu’un à Marvel a cru bond d’en faire un numéro 1 et ce n’est guère « reader friendly » pour d’éventuels nouveaux lecteurs qui seraient attirés par les noms de Terry Moore ou d’Humberto Ramos. Passé cet avertissement, l’épisode est très agréable à lire et au demeurant cet arc démarre mieux que la prestation de Whedon sur le titre…

La première chose qui saute aux yeux, forcément, c’est le trait d’Humberto Ramos. Il s’approprie d’emblée les personnages, les réinvente tout en ne les rendant pas méconnaissables. Les couleurs de Christina Strain sont aussi efficaces pour instaurer un ton différent dans la série. Souvent les Runaways ont été illustrés de manière à lorgner vers le manga mais il est arrivé que l’impression donnée tienne plus d’une sorte de copie de style plutôt que d’une identité affirmée. Ramos et Strain règlent la chose en quelques cases, dans une ambiance graphique assez bien vue. L’intervention de Terry Moore, au demeurant, début de façon plus discrète. Les aliens qui sont aux trousses des héros, par exemple, auraient aussi bien leur place dans un arc écrit par Vaughan ou Whedon. Tout comme l’occupation de la nouvelle base des Runaways.

Mais au bout de quelques pages la valeur ajoutée de Moore devient tangible. Ce n’est pas tout à fait le même Terry Moore que celui de Strangers In Paradise (je ne suis pas certains que les lecteurs de SiP adoptent automatiquement ces épisodes des Runaways) mais il a une personnalité qui se matérialise particulièrement dans les dialogues ou dans de véritables tranches de vie des personnages, comme le délire sur le nouveau look hollywoodien de Xavin ou encore des phrases bien senties comme la description de la télévision comme « un équivalent de You Tube pour vieilles personnes ». Moore écrit à la perfection le « parler » de ces adolescents. Dessins et dialogues collaborent étroitement pour donner un résultat qui a une grande cohésion et qui ne traine pas: en un épisode le groupe a un nouveau QG, se cherche un travail, affronte des démons, fait la rencontre d’un animateur qui n’a pas l’air net du tout et enfin est confronté à ses nouveaux adversaires. C’est dense et c’est fun. Si vous avez aimé les deux précédents volumes de la série, vous devriez apprécier puisque bien qu’il y ait évolution, elle se fait dans la logique des choses. A voir si les prochains numéros seront du même tonneau mais si c’est le cas on espère que Moore & Ramos resteront longtemps sur la série.

[Xavier Fournier]