kickass1.jpg[FRENCH] Mark Millar et John Romita Jr sont sur un bâteau. Avec deux capitaines de cette trampe, on est en droit d’attendre une croisière magnifique. Mais si Kick Ass (le nouveau comic-book en « creator owned » du tandem) est agréable à regarder, le récit pêche en deux ou trois endroits et se prends par moments quelques effets de déjà vu. Il est difficile de dire en un seul numéro ce que donnera Kick Ass, mais ca ne parait pas être du niveau de Wanted.

Kick Ass #1 [Marvel/Icon]

Scénario de Mark Millar
Dessin de John Romita Jr

Sortie aux USA le 27 février 2008

Soyez les bienvenus dans un monde sans super-héros masqués où Mark Millar va bien vite nous présenter un ou deux personnages qui meurent d’envie d’en devenir. Au centre de l’histoire, un fan de comics qui veut devenir justicier de façon apparemment « réaliste », c’est à dire sans être mordu par une araignée radio-active ou sans vouloir venger la mort de ses parents. D’une certaine manière on pourrait penser que c’est le « pendant héroïque » du Wanted de Millar et Jones (où le protagoniste principal devenait super-criminel) mais dès l’apparente promesse de « normalité psychologique », le bat blesse. Désolé, un type « normal » ne s’habille pas en costume mi-carnaval/mi-SM pour roder la nuit sous prétexte qu’il a lu quelques comics. On serait plutôt dans le registre d’un transfert (le personnage introverti se forgeant une identité de justicier pour combler ses manques) et là du coup on tombe dans le registre du film Taxi Driver.

Ce qui manque (pour l’instant en tout cas) à Kick Ass comparé à Wanted, c’est que dans ce dernier le politiquement incorrect et la provo y allaient bon train. Entre les allusions à Christopher Reeves, Warner ou les monstres faits de merde ambulante, Millar avait su pousser le bouchon aussi loin qu’il convenait. Ce premier numéro, lui, fait très gentillet comme en témoigne un véritable moment de faillotage à l’égard d’Astonishing X-Men. Le fait d’aller faire du creator-owned (en théorie donc pour faire ce qu’on ne pourrait faire chez son employeur régulierà pour saupoudrer de compliments ce même employeur me parait un peu… timoré. Bref, si vous entrez dans Kick Ass #1 avec l’idée de comparer cela aux meilleurs boulots de Millar, vous resterez sur votre faim.

Pour le reste du récit, le scénariste résume assez bien le fait qu’il n’est pas facile de devenir super-héros (le candidat justicier traîne des semaines sans tomber sur la moindre aventure et sa première mission – remettre en place des tagueurs – n’est guère reluisante). On sait aussi, à travers différents passages se passant à des époques différentes, que le personnage va subir quelques mauvais traitements assez hard (en particulier la conclusion me rappelle la fin d’un épisode de la série HERO de DC). Peut-être n’est-ce là que le démarrage en douceur de la série, avant que les choses ayent de pire en pire pour le héros et qu’on trouve ce soupçon de souffre qui fait défaut. Je me garderais donc bien de juger d’ensemble la mini-série mais ce premier numéro se traîne un peu pour arriver à un cliffhanger qui lui, au moins, réveille un peu, mais de façon tardive.

On demande à en voir plus pour être convaincu. S’il y a lieu. Dans l’état, la série reste (au pire) à conseiller pour les dessins de JRjr et à prendre comme un « What If Peter Parker n’avait pas de super-pouvoir ? ». Oui, on s’en doutait, il en prendrait plein la figure. Le résultat n’a rien de déshonorant ou de fondamentalement mauvais. On espérait seulement un peu plus de surprises…

[Xavier Fournier]