[FRENCH] Le « mercenaire à la grande gueule » retrouve son titre solo et si parfois on peut regretter qu’une série soit lancée en plein milieu d’un crossover global, Daniel Way s’en donne à cœur joie avec Secret Invasion et les Skrulls. Deadpool est dans la place et là où la surprise est bonne c’est que Paco Medina, pourtant très différent de Steve Dillon (qui avait dessiné le prologue de cette série dans Wolverine Origins) complète assez bien le script de Way pour un résultat survitaminé.

Deadpool #1 [Marvel] Scénario de Daniel Way
Dessin de Paco Medina
Sortie américaine le 10 septembre 2008

Est-ce bien raisonnable de lancer une nouvelle série quand Marvel est occupé dans un crossover massif, qui court-circuite les autres intrigues ? J’avais un gros doute en prenant ce Deadpool #1 mais Daniel Way a su rapidement les dissiper en écrivant le personnage à la manière de ce qu’il avait déjà fait sur Wolverine Origins, c’est à dire comme s’il s’agissait de Will le Coyote. Du coup les Skrulls deviennent la menace que Deadpool affronte ce mois-ci mais le ton de Way se serait sans doute aussi bien accommodé d’une invasion atlantéenne ou de je ne sais trop quel autre ennemi. Deadpool s’attaque à ce qu’il a devant lui parce qu’il est fou et que les autres (tous les autres) ne font pas partie de sa logique. C’est aussi simple que ça. Du coup les Skrulls sont à l’amende d’une manière bien plus compréhensible que dans Secret Invasion: X-Men. Là pour le coup les problèmes qu’ils ont à faire face s’explique facilement: prises au fur et à mesure les actions de Deadpool n’ont pas de sens apparent… Quelques pages plus loin, par contre, c’est autre chose.

En fait Way écrit son Deadpool comme s’il s’agissait de Kaizer Soze (le génie criminel de Usual Suspects) ou du Joker de Nolan. Le mercenaire hystérique a toujours un coup d’avance sur ses opposants même si ce n’est pas toujours très flagrant au départ (sa façon de partir à l’assaut d’un vaisseau Skrull déguisé en mascotte d’un club de supporter, c’est quelque chose). Par contre il y a une différence de taille par rapport aux génies du Mal que nous venons de citer : Deadpool agît un peu à l’insu de son plein gré, en quelque sorte efficace malgré lui. Le personnage est assurément comique mais n’est pas pour autant un bouffon et peu ainsi fonctionner dans le contexte de l’univers Marvel.

Bonne pioche : le dessin de Paco Medina fonctionne tout à fait avec les choix de Way. Je n’avais pas craint ce que Dillon avait fait sur l’arc utilisant Deadpool dans Wolverine Origins mais il est certain que le style de Medina se prête plus aux délires « Deadpooliens » tout en offrant des points de repères cohérents avec les autres personnages. Par exemple ses Skrulls ne ressemblent pas à une version « bêtifiée » ou simplifiée mais bien à ceux qui opèrent un peu partout en ce moment. Le contraste avec les actions de Deadpool est renforcé mais sans pour autant que le mercenaire en rouge et noir ait des airs d’intrus dans sa propre série. Ce nouveau titre de Deadpool commence de manière assez prometteuse tout en se réservant un capital de surprise. Si Way et Medina tiennent le cap dans les mois qui viennent, on prendra plaisir à suivre les aventures de Wade Wilson.

[Xavier Fournier]