captainamericachosen1.jpg[FRENCH] Quand les romanciers s’amusent à écrire des comics, il y a rarement de juste milieu. Ca passe ou ça casse. Avec David Morrell, l’auteur de Rambo, qui se lance dans une mini-série impliquant Captain America dans la présence américaine en Afghanistan, on pouvait craindre le pire. Curieusement, sans préjuger de la suite, ce premier épisode est une bonne surprise.

Captain America: The Chosen #1 (nov.2007)
Scénario de David Morrell
Dessins de Mitch Breitweiser
Sortie américaine prévue: 5 septembre 2007

Dans la catégorie « romanciers s’essayant aux comics » Timothy Zahn sur Star-Lord, Jody Picoult sur Wonder Woman ou encore Tamora Pierce sur White Tiger se sont cassés les dents sur un malentendu basique. On n’écrit pas un comic-book seulement histoire d’en avoir fait un, pour se faire plaisir comme si on n’avait décroché un rôle de guest-star dans le feuilleton Batman des années 60. Après, une fois passé l’effet d’annonce et les flonflons, il s’agit de raconter une histoire, avec un contexte et des personnages sérieusement campés. Seulement voilà, quand quelqu’un s’y essaye sans prendre les choses au sérieux, cela se voit. Cela se lit comme un comic « goofy », un truc qui aurait tous les inconvénients d’un comic book des 70’s sans en avoir les avantages.

Arrive maintenant David Morrel, dont le Rambo est associé à une certaine imagerie politique. Le plus souvent, cela part d’un malentendu. On associe à Rambo l’intégralité des films produits sur son dos. Alors que lorsqu’on prend « First Blood », le roman et le film originel, il ne s’agit pas d’un bon gros américain allant chasser des ennemis communistes ou arabes. Le premier Rambo, au contraire, c’est un ancien du Viet-Nam qui revient dans l’Amérique profonde se coltiner les habitants « rednecks » d’une bourgade où « on n’aime pas les étrangers ». Donc il n’était pas évident à l’avance que le Captain America de Morrel serait partisan dans un sens ou l’autre. Seulement voilà Morrel qui surrenchérit et rajoute l’Afghanistan dans le pitch. Du coup, on tremble. On repense aux dernières tentatives de Marvel pour politiser Cap dans le contexte réel et, essentiellement, au précédent mensuel qui paraissait (avant la reprise par Brubaker) sous l’égide de Marvel Knights.

Rassemblez tous ces préjugés dans un contenant, agitez le tout et vous obtenez quelque chose qui ne prétend sans doute pas être le comic book du siècle mais qui se laisse lire bien plus agréablement qu’on l’aurait cru. L’idée, c’est qu’on ne voit pratiquement pas Captain America. L’histoire se centre sur un soldat américain, James Newman, en poste en Afghanistan, qui est convaincu que Captain America vient de lui sauver la vie. Sauf que personne d’autre que lui ne l’a vu. La force du truc c’est que The Chosen parait chez Marvel Knights et n’est pas limité par la continuité.

Il y a donc un moment où on se demande même si Captain America est censé exister dans ce monde tellement les compagnons d’armes de Newman doutent de ce qu’il a vu. Newman est seul avec ses certitudes jusqu’à la fin et, vu que la série est bien titrée « Captain America » ce n’est pas ruiner le suspens que de dire que Cap apparait… Mais dans une attitude plutôt bizarre qui fait qu’on se demande ce qui se passe… et ce qui va se passer. Cette idée d’utiliser Cap comme une sorte de légende urbaine est une trouvaille. Elle donne le ton à tout l’épisode.

Niveau dessin, Mitch Breitweiser n’est pas un débutant pour ce qui est de représenter le Moyen-Orient. Quelques années en arrière il avait dessiné Phantom Jack, série d’abord prévue chez Marvel puis parue chez Image au terme de tribulations qui ne sont pas l’objet du jour. Phantom Jack racontait les aventures d’un homme invisible dans le conflit Irakien. Aujourd’hui Breitweiser représente l’armée américaine déployée sur un autre terrain d’opération mais la comparaison des deux séries permet de mesurer le chemin considérable qu’il a parcouru.

Maintenant il est difficile de savoir ce que donnera le reste de la mini-série. Selon les explications à prévoir dans le prochain épisode, on pourrait tenir la direction (j’allais écrire « tenir le cap ») ou bien partir en vrille (on le verra d’ici un mois). Le premier essai est intéressant mais demande à être confirmé par ce qui suivra.

[Xavier Fournier]