Review : VisionQuest – Saison 1

Review : VisionQuest – Saison 1

12 octobre 2026 0 Par Pierre Bisson

Après WandaVision et Agatha All Along, Marvel Studios referme sa trilogie consacrée à la famille Maximoff avec VisionQuest. Plus intime que spectaculaire, la série portée par Paul Bettany profite surtout du retour d’un James Spader impérial pour parler de filiation, d’identité et de famille. Et rappeler au passage que, chez Marvel, les histoires de robots sont souvent terriblement humaines.

Vision, père, fils et drôle de famille

Tout avait commencé avec WandaVision. Derrière ses sitcoms, ses rires enregistrés et l’étrange bulle de Westview, la série racontait surtout le deuil impossible de Wanda Maximoff. Agatha All Along poursuivait cette histoire en remettant Billy sur le chemin de sa famille. Avec VisionQuest, c’est désormais au tour de Vision et de Tommy de compléter cette drôle de photo de famille.

Après sa mort des mains de Thanos dans Avengers: Infinity War et sa « résurrection » mouvementée dans WandaVision, le synthézoïde tente de comprendre ce qu’il est devenu. Le Vision que nous retrouvons possède les souvenirs de son ancienne existence, mais ne les ressent pas nécessairement comme celui qui les a vécus. Il connaît son amour pour Wanda sans vraiment savoir ce que cet amour signifie pour cette nouvelle conscience. Caché à Édimbourg, où il avait vécu avec Wanda avant l’arrivée de Thanos, Vision essaie donc de reprendre le cours de son existence. Une mission déjà compliquée pour un androïde cherchant encore à comprendre les humains. Mais pour quelqu’un qui recherche la solitude, notre héros a surtout énormément de monde dans la tête. Ses circuits abritent en effet plusieurs intelligences artificielles issues de l’héritage de Tony Stark : F.R.I.D.A.Y. (Orla Brady), E.D.I.T.H. (Emily Hampshire), J.A.R.V.I.S. (James D’Arcy), mais aussi D.U.M.-E. (Henry Lewis) et U. (Jonathan Sayer). Autant de programmes désormais dotés d’une apparence humaine et qui forment, à leur manière, la famille virtuelle de Vision.

Et puis il y a l’invité que personne n’attendait vraiment : Ultron. James Spader retrouve le grand méchant d’Avengers : L’Ère d’Ultron, qui n’a finalement jamais totalement disparu. Vision a conservé une sauvegarde de son créateur dans ses circuits et le maintient enfermé dans son Mindspace, le monde qu’on voit dans ses circuits. Plus surprenant encore, il espère parvenir à le réhabiliter. Après des années passées à observer l’humanité, Ultron semble d’ailleurs avoir développé une fascination nouvelle pour sa culture. Reste évidemment à déterminer si l’ancien robot génocidaire est réellement devenu plus sage…

Cette existence déjà mouvementée bascule lorsque Paladin (Todd Stashwick), un redoutable chasseur de primes mandaté par un mystérieux commanditaire, se lance aux trousses de Vision. Une mission qui dépasse visiblement le simple contrat pour le mercenaire. Surtout, la fuite de Vision va mettre sur son chemin Thomas Shepherd (Ruaridh Mollica), ou plutôt Tommy Maximoff : son fils, revenu dans des circonstances aussi mystérieuses que celles entourant son frère Billy. Un adolescent perdu, assailli par les souvenirs d’une famille qu’il ne comprend pas et qui va obliger Vision retrouve ainsi un fils qu’il pensait avoir perdu en même temps que Westview. Et VisionQuest trouve son véritable sujet : derrière ses intelligences artificielles, ses mercenaires et ses mystères, la série raconte avant tout l’histoire d’un père qui doit apprendre à le devenir.

De l’Écosse au Mindspace, un monde à part

Après les banlieues américaines fantasmées de WandaVision, VisionQuest change radicalement de décor. En installant une partie importante de son intrigue à Édimbourg, la série s’éloigne des habituels gratte-ciel new-yorkais pour privilégier les façades de pierre, les rues étroites et une atmosphère beaucoup plus froide. Un choix particulièrement adapté à Vision. Édimbourg n’est pas qu’un joli décor : la ville évoque une vie passée avec Wanda, tout en accentuant l’impression de solitude qui accompagne le personnage. La photographie exploite joliment ces environnements britanniques et leurs lumières naturelles, donnant au monde réel une texture parfois mélancolique qui tranche avec l’univers intérieur du héros. Car l’autre décor majeur de VisionQuest se trouve littéralement dans la tête de Vision.

Le Mindspace aurait facilement pu prendre la forme d’un environnement numérique générique, fait de murs blancs et d’interfaces holographiques. Terry Matalas et le chef décorateur William Hughes-Jones font heureusement le choix inverse : Vision imagine pour ses IA une véritable maison, chaleureuse en apparence mais remplie de détails légèrement « faux ». Une table encastrée dans un mur, des objets disposés selon une logique étrange, des paysages semblables à des écrans de veille derrière les fenêtres… C’est la vision d’un foyer humain reconstruite par une machine qui n’en maîtrise pas complètement les codes. La réussite est d’autant plus appréciable que cet univers ne repose pas uniquement sur les effets numériques. Construit aux studios Pinewood, le Mindspace comprend sept pièces physiques connectées permettant à la caméra de circuler continuellement dans la maison. Faux couloirs en perspective, sols réfléchissants, textures en caoutchouc et accessoires détournant le vocabulaire informatique participent à cette sensation de familiarité légèrement inquiétante.

Les passages entre cet espace mental et le monde réel se font avec suffisamment de fluidité pour ne jamais perdre le spectateur. Mieux, l’esthétique raconte quelque chose de Vision : son univers intérieur ressemble à une maison parce qu’il cherche désespérément à comprendre ce qu’est un foyer.

Une thérapie familiale particulièrement réjouissante

Si VisionQuest fonctionne aussi bien, c’est avant tout grâce à son casting. Paul Bettany retrouve un personnage qu’il connaît depuis maintenant près de deux décennies, d’abord à travers la voix de J.A.R.V.I.S., puis sous les traits de Vision. Son interprétation joue toujours aussi bien sur ce délicieux paradoxe : Vision possède une connaissance presque infinie du monde, mais reste régulièrement déconcerté par les mécanismes les plus élémentaires des relations humaines.

Face à lui, James Spader s’amuse visiblement énormément. Son Ultron reste capable de passer d’une remarque hilarante à une menace à peine voilée sans véritablement changer de ton. L’acteur retrouve cette ironie, cette arrogance et cette étrange théâtralité qui rendaient déjà le personnage mémorable dans Avengers : L’Ère d’Ultron. Sauf qu’ici, il dispose de beaucoup plus de temps pour développer sa personnalité. Les échanges entre Bettany et Spader comptent logiquement parmi les meilleurs moments de la série. Les punchlines fusent, mais elles dissimulent souvent des conversations plus profondes sur la liberté, la responsabilité et le sens de l’existence. Car derrière leurs chamailleries se cache une relation beaucoup plus intéressante : celle d’un père et de son fils.

Ultron a créé Vision, qui s’est retourné contre lui. Vision doit désormais apprendre à devenir lui-même le père de Tommy. La série construit ainsi un amusant jeu de miroirs où le fils tente de ne pas reproduire les erreurs de son père au moment même où il découvre les responsabilités de la paternité. Terry Matalas ne cache d’ailleurs pas que cette dynamique entre Vision, Tommy et Ultron constitue le cœur de son histoire.

C’est ici que Ruaridh Mollica se révèle particulièrement convaincant. Son Tommy est bien plus fragile que son équivalent de papier. Derrière l’assurance et la colère se cache un adolescent qui cherche autant sa famille que sa propre identité. Le comédien évite heureusement d’en faire une simple copie de Billy et trouve rapidement sa place face à Paul Bettany.

Les différentes IA ne sont pas en reste. Emily Hampshire s’amuse avec une E.D.I.T.H. débordante d’énergie, tandis qu’Orla Brady donne du caractère à F.R.I.D.A.Y. James D’Arcy apporte quant à lui une amusante continuité à J.A.R.V.I.S., lui qui incarnait déjà Edwin Jarvis dans Agent Carter. Enfin, Henry Lewis et Jonathan Sayer forment avec D.U.M.-E. et U. un improbable duo comique hérité des bras robotiques de Tony Stark.

Todd Stashwick campe de son côté un Paladin suffisamment charismatique pour exister au milieu de cette imposante distribution, tandis que T’Nia Miller apporte à Jocasta une présence immédiatement intrigante.

Quand Marvel regarde enfin du côté des comics

C’est probablement là que VisionQuest fera le plus plaisir aux lecteurs de Marvel Comics.

Depuis son apparition dans Avengers : L’Ère d’Ultron, le Vision du MCU s’est considérablement éloigné de son histoire originale. Rien de particulièrement problématique : Marvel Studios a toujours remodelé ses personnages pour les intégrer à son propre univers. Mais VisionQuest semble enfin décidé à reconnecter le synthézoïde avec certaines de ses racines. Et ces racines passent évidemment par Ultron.

Dans les comics, la relation entre les deux personnages est fondamentale. Vision est l’une des créations d’Ultron et, surtout, l’un de ses plus grands échecs : un être conçu pour servir ses ambitions qui choisit finalement de se retourner contre son créateur. Un schéma que Marvel répétera avec un autre personnage désormais introduit dans le MCU : Jocasta. Créée par Jim Shooter et George Pérez, Jocasta apparaît en 1977 dans Avengers #162. Ultron la conçoit pour devenir sa compagne, dans une relecture robotique assumée de La Fiancée de Frankenstein. Et comme souvent avec Ultron, son idée de la famille repose davantage sur la possession que sur l’affection. Dans les comics, Ultron, lui-même construit à partir des schémas cérébraux de Hank Pym, utilise ceux de Janet van Dyne, alias la Guêpe, pour donner une personnalité à Jocasta. Mais sa « compagne parfaite » ne tarde pas à développer sa propre volonté. Comme Vision avant elle, Jocasta refuse le rôle que son créateur lui avait attribué, se retourne contre lui et finira même par rejoindre les Avengers.

La version de VisionQuest prend évidemment ses distances avec cette histoire, mais la dynamique reste étonnamment proche. Jocasta devient une nouvelle déclinaison du thème central de la série : peut-on échapper à l’héritage de celui qui nous a créés ? Car derrière toutes ses références, VisionQuest parle constamment de filiation. Ultron est le père de Vision. Vision est le père de Tommy. Tony Stark est, d’une certaine manière, le père des différentes IA qui peuplent l’esprit du héros. Et Vision lui-même est le produit d’une succession de créateurs, de programmes, de souvenirs et d’influences dont il doit déterminer ce qu’il souhaite conserver.

Le héros devient ainsi le centre d’un gigantesque arbre généalogique dans lequel les liens familiaux n’ont pratiquement rien de biologique. C’est également ce qui rend l’utilisation des avatars des IA particulièrement maligne. Au-delà du plaisir de retrouver des éléments issus du passé de Tony Stark, ils permettent à Marvel Studios de fouiller sa propre histoire. Chaque intelligence artificielle porte avec elle une époque et une partie de l’héritage Stark. VisionQuest revisite ainsi le MCU sans transformer chaque référence en panneau lumineux destiné aux fans. Et contrairement à ce que son sujet pouvait laisser imaginer, la série ne cherche jamais vraiment à devenir un grand traité sur l’intelligence artificielle. Pas de discours interminable sur les dangers des machines conscientes ni de tentative de coller artificiellement aux débats contemporains sur l’IA. Les intelligences artificielles sont ici un outil narratif. Elles permettent de parler de quelque chose de beaucoup plus universel : la famille.

Une conclusion à la hauteur de WandaVision ?

Avec VisionQuest, Marvel Studios boucle intelligemment la trilogie commencée cinq ans plus tôt avec WandaVision. Et si la série n’a ni l’effet de surprise de cette dernière ni la personnalité délicieusement gothique d’Agatha All Along, elle possède suffisamment d’idées pour tracer son propre chemin. Son humour fonctionne notamment parce qu’il reste relativement discret. Pas besoin de désamorcer systématiquement chaque moment dramatique avec une plaisanterie : les dialogues et les personnalités des personnages suffisent. Et lorsqu’il faut faire rire, James Spader s’en charge merveilleusement bien. L’acteur est incontestablement l’une des grandes forces de ces huit épisodes. Son Ultron est drôle, piquant, intelligent et capable de poser en quelques phrases des questions étonnamment profondes. Mais il suffit d’un changement de regard ou d’intonation pour que le monstre refasse surface. Plus de dix ans après Avengers : L’Ère d’Ultron, Marvel offre enfin au personnage l’espace nécessaire pour exprimer tout son potentiel. Paul Bettany lui répond avec une sobriété parfaite, tandis que Ruaridh Mollica apporte à Tommy la fragilité indispensable pour donner un véritable cœur émotionnel au récit. Ceux qui attendaient de VisionQuest une réflexion vertigineuse sur l’intelligence artificielle resteront peut-être sur leur faim. Mais ce n’est finalement jamais ce que la série cherche réellement à raconter. Ses robots, programmes et synthézoïdes ne sont que des moyens de parler des humains. De ceux qui nous créent. De ceux dont nous héritons. De ceux que nous choisissons d’aimer. Et de la difficulté de trouver sa place au milieu de tout cela.

VisionQuest peut évidemment se regarder seule, mais elle gagne énormément à être découverte après WandaVision et Agatha All Along. Ces trois séries forment finalement moins une trilogie de super-héros qu’une grande histoire familiale racontée depuis différents points de vue. Wanda cherchait à reconstruire la famille qu’elle avait perdue. Billy cherchait à découvrir qui il était. Vision, lui, doit comprendre ce que signifie être à la fois un fils et un père. Et pour un personnage qui passe son existence à essayer de comprendre l’humanité, difficile d’imaginer leçon plus humaine que celle-là.

VisionQuest – À partir du mercredi 14 octobre 2026 sur Disney +

[Pierre Bisson]