Dans l’épisode précédent, on avait laissé Rick Grimes en quête d’alliés contre Negan et ses sauveurs. Mais cette semaine les premières scènes nous ramènent du côté du Royaume périmètre dans lequel, mine de rien, séjournent maintenant plusieurs personnages importants de la série. Est-ce que l’appel aux armes viendra de Daryl ? de Morgan ? de Carol ? Et pendant ce temps quelles relations Rick peut-il espérer nouer avec ses « nouveaux amis » ?

« Her name. What is it ? »

Ces dernières semaines, le visionnage de Walking Dead est une expérience frustrante. Non pas que les spectateurs n’aient jamais connus ce genre d’expérience (allez, tous en chœur, « Sophiaaaaaaaaa !!! ») mais en dehors du fait que la qualité des épisodes semble aléatoire (une fois c’est bien, une fois cela ne l’est pas), on en arrive à un système narratif qui peine à exploiter ses lignes de force. Et l’épisode de cette semaine, dixième chapitre de la septième saison, est particulièrement symptomatique de la chose, d’autant qu’il commence bien, mais de manière surprenante. On avait en effet laissé Rick, Michonne et les autres aux mains d’une nouvelle communauté (inédite sous cette forme dans les comics), en pleine « Terra Incognita ». Amis ? Ennemis ? Mais ce début d’épisode relève d’un syndrome bien connu de la série TV, à savoir l’ellipse. Le temps de se sentir un peu « volé », parce qu’on voulait « la suite »… et finalement le sentiment se transforme en bonne surprise, avec une entrée en matière où l’un des personnages perd l’arme qui le caractérise tandis qu’un autre, au contraire, en retrouve une (en tout cas une du même type) qu’il n’avait plus porté depuis longtemps. Et puis les choses s’enchainent assez vite et un plan s’échafaude, qui pourrait ramener le Royaume dans l’alliance proposée par Rick… si ce n’est que ce plan suppose un sacrifice surprenant. Sur le papier, tout est là, le scénario fait le job… Mais la réalisation de Jeffrey F. January, elle, fait tout simplement le service minimum (c’est évident au moment du zombie, si l’on prend la peine de comparer avec la manière carrément plus dynamique de filmer les arènes du Gouverneur il y a quelques saisons). A part un petit moment ou Daryl se prend la tête avec un autre protagoniste et une épreuve de Rick, les cadrages et les découpages semblent s’être donnés le mot pour respirer la monotonie.

« I want something now. »

Structurellement, il s’en passe dans cet épisode. Daryl retrouve ses marques dans cette autre communauté, par exemple. Et Carol revient, peut-être pas « au centre des choses », mais dans une position importante, sur le plan moral. Le public va gamberger un bon moment, au fil de l’épisode, en se demandant jusqu’où cette reprise l’amènera. Mais le découpage, on l’a dit, est morne. D’abord, il serait sans doute bien plus efficace de mieux intercaler, de façon plus nerveuse, ce qui se passe au Royaume et à l’intérieur de la Décharge. Ensuite, il y a clairement des moments où l’on nous raconte un peu ce qui arrange l’avancement de la série mais parfois avec des contradictions un peu trop marquées ou des « flous ». Par exemple le parcours de l’éternel pleurnichard Gabriel, quand bien même il y a une tentative d’explication vers la fin, reste difficile à cerner. Le pourquoi du comment ne fait pas réellement sens. Et puis dans les scènes liées à la Décharge, il y a aussi des manquements manifestes. Ce qui devrait être l’un des zombies les plus spectaculaires, les plus dangereux depuis des mois, est à son tour trahi par la réalisation, très factuelle. Du coup un personnage si baroque, dans des plans si minimalistes, tourne au grand guignol plus qu’à un vrai sentiment de danger. Rick se retrouverait confronté à un « simple » chien méchant que ce serait la même chose. Pas de plans, pas de position de la caméra…

« She was angry… »

En ce moment, dans Walking Dead on traverse un moment de retrouvailles. Pas seulement de retrouvailles entre personnages mais bien d’une redécouverte de soi-même, que ce soit Carol se remettant du traumatisme de la saison dernière ou bien les gens d’Alexandria étant obligés de se retrouver eux-mêmes, après la déculotté face à Negan. Et… ce n’est pas mal écrit. Selon les acteurs, c’est plus ou moins bien joué (décidément, Seth Gilliam/Gabriel c’est toujours pas ça, il pleurniche de la même manière quoi qu’il se passe) mais il y a une écriture… que la caméra filme ici sans se poser la question de « COMMENT filmer ». A part un choix de mettre la caméra en hauteur quand on arrive dans la Décharge, ce sont une multitude de champs, de contre-champs, de plans rapprochés qui manquent pour nous faire sentir l’intimité, la psychologie des personnages. La caméra filme de la même manière deux personnages en train de manger un crumble ou des otages à deux doigts d’être exécutés. Du coup, beaucoup de choses écrites sont banalisées par leur passage à l’image. Quand il s’agit d’épisodes où il faut repousser une horde de rôdeurs ou quand il y a des explosions, des coups de feu, les retournements suffisent à masquer ce défaut. Quand on est dans un épisode qui repose sur les relations entre les personnages, par contre, la réalisation a du mal à cacher à quel point elle patine. La tension s’évapore. Reste alors la question finale, le devenir de Carol, mais c’est là aussi un point tenu à bout de bras par le scénario, trahi par la caméra. Et le fait de finir sur un moment qui n’a rien de fort (par rapport à tout ce que l’épisode avait à offrir) n’arrange pas les choses. A croire qu’on a choisi d’endormir l’histoire (quand bien même les auteurs ne sont pas du même avis) en attendant le clash contre Negan. January est plus souvent chargé de la seconde équipe de tournage de la série (plus d’une quarantaine d’épisodes passés à ce poste à ce jour) et pas du « premier plan ». On peut penser ou tout au moins espérer que la production a jugé que cet épisode n’était pas stratégique… ou en tout cas moins stratégique que des choses à venir… et a décidé de le traiter en mode « affaires courantes » pour se concentrer sur le reste de la saison. C’est dommage, parce qu’il y avait du potentiel.

[Xavier Fournier]