Trade Paper Box #54: Hellblazer: Retour aux Sources

23 octobre 2011 Non Par Comic Box

[FRENCH] Cr en 1985 par Alan Moore (The Saga of the Swamp Thing #37), puis dvelopp par Jamie Delano et John Ridgway (ds 1988), le personnage de John Constantine aurait de quoi effrayer pas mal de lecteurs potentiels. Ses thmatiques lovecraftiennes, peut-tre ? Probablement moins, en tout cas, que sa longue continuit de plus de 200 numros qui aurait de quoi rebuter le jouvenceau frachement tomb sur son impermable beige. Et si, justement, on vous donnait la possibilit de sauter dans ce train en marche, loccasion dune histoire pense comme un relaunch . Car, avec le run dAndy Diggle (2007-2008), le novice peut sappuyer sur des rfrences brillamment amenes et expliques, sans que le rcit nen soit alourdi pour les fanas de longue date. Principalement regroups sous le nom de Joyride dans leur version originale, ces pisodes constituent un vritable retour aux bases pour locculte enquteur brleur de blondes

Hell wasnt built in a day

John Constantine ne dmarre pas ce TPB au mieux de sa forme. Ligot dans la Tamise, menac par un rat de la gchette nomm Webb, il va nanmoins russir se tirer du mauvais pas et parviendra mme rcuprer sa demeure de Ravenscar la barbe de Pearly Grey. Mais l nest pas le plat de rsistance car le seul combat que Constantine livre vritablement, cest celui qui doit lui permettre de surmonter ses dmons intrieurs. Et l encore, attendez-vous du lourd question trangets Ailleurs, dans le quartier de Hunger Hill, un pre cherche retrouver les crapules qui ont renvers la poussette de sa fille alors quils roulaient dans une voiture vole. Bientt, lhomme sera contact par une trange communaut philanthropique tablie Lychgate, dans le Sud-Est de lAngleterre. Ces gens disent pouvoir panser ses plaies

Retour de flamme

Grce la plume trs habile du britannique Andy Diggle ( 2000AD , Thunderbolts , The Losers ), cet album repose sur deux phases bien copieuses. Les premires pages, centres sur le personnage errant de Constantine, lui permettent de rinvestir son impermable avec une force, un charisme et un dtachement que lintress pensait avoir perdu pour toujours. Boum, le dcor est pos, avec lancien asile de Ravenscar (devenu un Htel-Casino entre-temps) pour antre de la bte . Il est vrai que laffrontement avec Nergal, qui avait arrach le bras et la vie de la petite Astra na jamais compltement t dpass. Ce story-arc marque donc un nouveau dpart : Un souffle de vent nettoie mon me. Et tout coup, je redcouvre qui jtais avant toute cette merde avant Newcastle. Un effront. Dou dune totale confiance en soi. Et dune arrogance aveugle, stupide Et ce sentiment de contrler pleinement sa vie, son destin. Indestructible. Javais oubli cette sensation. Et vous savez quoi ? Cest bon dtre de retour.

Finement, le propos glisse ensuite vers une mission de taille pour linspecteur, lorsque sentremlent les sorts de dlinquants-losers de quartier, de fous dsireux de se substituer aux autorits judiciaires ou encore de leurs tristes manipulateurs. Parce que la cit de Hunger Hill sombre un peu plus chaque jour, chacun a des comptes rgler, armes lappui, quitte mme recourir aux pires shamans celtiques rengats pour y retrouver ses billes. On plonge littralement dans les abmes dune humanit prte au pire pour tromper lennui, semer le chaos ou se faire vengeance.

La mal et la violence sont omniprsents, et sont les deux mamelles pendouillantes dune socit dont les repres ont saut. Pig dans la cage aux mes , tout le monde cherche la sortie et Constantine est dans les parages pour orienter les damns. Linspecteur balafr est reprsent comme un pnitent heureux dvoluer, avec le plus grand cynisme, entre les enfers et la lie de notre sicle. Mais plus largement, derrire le destin dun quartier dsuvr, Andy Diggle nous propose une vue superbe sur labjecte coulisse. La misre servant, bien sr, de lit toutes les ambitions. En fin de volume, Son Excellence Lord Burnham ne dit-il pas : Croyez-moi, Hunger Hill nest que le commencement ?

Mais une bonne histoire ne pourrait tre totalement enivrante sans un dessin au diapason. A ce niveau, lensemble est soutenu, disons-le, par un Leonardo Manco ( War Machine ) de grand talent. Son trait prcis, lgamment paissi et crad par lencrage, contribue largement lenvoutement. Le rsultat, entre artish , indie et grand public , renvoie une esthtique proche de celle dun illustrateur comme Pushead.

De lart de vaincre un dmon (cinmatographique)

Avec larrive des mois sombres , quil est bon de dvorer, la nuit venue, une bonne BD btie sur lintrospection, le paranormal et mme loccultisme. Construite pour emporter dans son tourment le lecteur profane, la trame de ce Retour aux Sources pourrait contenter le plus exigeant des scnaristes hollywoodiens. Avec un personnage au potentiel norme ce TPB en est, sil le fallait, la preuve , comment a-t-il t possible daccoucher du dsastre incarn par le tendre Keanu Reeves lcran ? (2005) Encore un mystre de plus pour John Constantine, sans doute ! Quoi quil en soit, ne passez pas ct de ce superbe album, accessible et intelligent.

[Nicolas Lambret]

John Constantine Hellblazer : Retour aux Sources , par Andy Diggle (scnario), Leonardo Manco et Danijel Zezelj (dessin), Editions Panini, Coll. Vertigo, fvrier 2011, 300 p.