Trade Paper Box #2 Faker

4 juillet 2010 Non Par Comic Box

[FRENCH] Entre crises didentits et enjeux technologiques, cette semaine, TPB revient sur la dernire production Vertigo du tandem Carey / Jock ( Hellblazer ). Faker est une BD franche du collier. Directe, intransigeante. Dans la banalit, elle rend clatant le vide existentiel qui prvaut au sein dune bande dtudiants lambda sur un campus du Minnesota tout aussi classique. Dans lextraordinaire, le barr, elle dbusque les misres caches de tout ce petit monde bien nombriliste. Paradoxe accrocheur, Mike Carey (http://mikeandpeter.com/) ( X-Men : Legacy , Ultimate Fantastic Four ) rend chacun des protagonistes attachants. Le contrat de dpart, cest la rencontre dun monde relativement plat avec un univers de science exalte, presque surnaturelle. Chacun le sait, Everyone has something to hide , ce que ne manque pas dannoncer demble la couverture du volume. dite en franais par Panini en septembre 2009, cette mini-srie en six pisodes a t ralise entre 2007 et 2008.

So bye-bye, miss american pie

On boit sec et on oublie tout lUniversit de Saint-Cloud (USA, bien entendu). peine Nol pass, les tudiants reviennent peu peu de leurs vacances en famille, et prparent dj la prochaine grosse teuf prvue pour le soir mme. Le tout dmarre dans une ambiance digne des teen-movies nord-amricains, le ton trash des dialogues en plus.

Pourtant si loin de Katmandou

Mais cette soire nest pas vraiment satisfaisante au got de Jessica, Yvonne, Marky et Sack, quatre potes un brin paums qui dcident alors de pimenter le programme. Direction, le labo de la fac, un lieu bien plus piquant pour se lcher . Bientt, la beuverie tourne la crise de foie collective, accs de dlire compris Le lendemain, le cinquime larron de la bande, Nick, y retrouve ses colocataires encore vaseux de leurs excs. Alors quelle laccompagne en amphi, Jessica, la jolie allumeuse devenue experte en chantage sur hommes mrs et/ou maris, ralise que Nick nest pas reconnu par sa propre prof de fac. Et le rsultat nest dailleurs pas plus concluant auprs de son ancien employeur du vido-club Se pourrait-il que tout le monde ait oubli jusqu lexistence mme du trs lisse et sduisant Nick Philo ?

Un goteux jus de cerveau

Abord frontalement, sur pellicule notamment, le pitch pourrait donner lieu un film de srie B de facture assez moyenne. Mais par la distance vidente quapporte le dessin nerveux de Mark Jock Simpson (http://www.4twenty.co.uk/) ( The Losers , 2000 AD ) et par la force dun dcoupage punchy , tout ceci nourrit en ralit une BD assez envotante. Seul bmol narratif, on pourra cependant regretter le caractre abrupt de certaines transitions spatiales. Ct thmatiques, les amateurs de SF y verront sans doute le legs dinfluences littraires fortes. La place du souvenir immatriel et lenfouissement de chapitres pnibles, ces rflexions se trouvent ici confrontes des questions technologiques plus prosaques. Aux cts de ces personnages, on plonge donc avec soif dans un puits aux identits que personne na vraiment choisi de rouvrir. Le message port est nuanc et franchement mature. Et mme si la seconde moiti du rcit perd quelque peu en souffle, ce constat nenlve rien la nettet et lesprit de la conclusion. Sombre, mais rafrachissant en ce dbut dt.

[Nicolas Lambret]