Thor était le grand absent de Captain America: Civil War l’année dernière. Trop puissant ou trop occupé, le roi du marteau préférait retourner à Asgard. Pour son grand retour, il a le droit à un troisième film. Même s’il partage l’affiche avec Hulk, c’est bien lui le héros. Humour décalé, action à gogo et ambiance musicale du « tonnerre », un Thor qui s’inspire beaucoup du modèle des Gardiens de la Galaxie. Et ce n’est pas pour nous déplaire…

« IL » EST DE RETOUR

À la fin de Avengers : L’ère d’Ultron, Thor (Chris Hemsworth) partait enquêter sur les Pierres de l’Infini. Durant ce laps de temps, on a pu le croiser via des blogs vidéo avec son nouvel ami Dave (https://www.youtube.com/watch?v=JFLKIxvudq4) ou encore quelques secondes à la fin de Doctor Strange. On retrouve un Thor plus « moderne ». C’est-à-dire qu’il blague, qu’il comprend mieux la culture moderne. Il n’hésite pas à faire le pitre même face à Surtur ! Restant un guerrier émérite, le fils d’Odin comprend vite qu’une chose étrange se trame à Asgard. Son père semble différent.

Et pour cause, depuis Thor : Le Monde des Ténèbres, Loki (Tom Hiddleston), le demi-frère maléfique de Thor, a pris la place d’Odin (Anthony Hopkins) sur le trône du royaume. Heureusement, Thor est là pour sauver la situation… enfin presque ! Car cette révélation a des conséquences inattendues qui va réveiller une menace encore plus grande que Loki : Hela (Cate Blanchett), la déesse des enfers. Perdant son précieux marteau Mjolnir, Thor se retrouve sur la planète Sakaar où il va croiser son vieux copain Hulk. Le géant vert est ravi de sa nouvelle situation et n’est pas très enclin à aider son camarade des Avengers. Le duo de super-héros sera-t-il à la la hauteur pour sauver Asgard et sa population ?

 

LA MORT LUI VA SI BIEN

Cate Blanchett incarne donc Hela, la déesse de la mort. Avec un succès grandissant, les productions de Marvel Studios ont suscité l’intérêt chez des acteurs reconnus. Antony Hopkins, Robert Redford ou encore Michael Douglas se sont laissés séduire et ont incarné des héros ou des vilains dans le MCU. Mais le choix de Cate Blanchett reste audacieux pour un film qui se veut moins sombre et moins sérieux tel que Thor : Ragnarok. L’actrice incarne parfaitement la dualité du personnage : un être surpuissant en quête de revanche, pour une raison très personnelle. Sans trop en révéler, les origines du personnage sont légèrement différentes de celles des comics.

Cette modification apporte une connexion plus proche entre Hela et ses adversaires (Thor, Loki et dans une moindre mesure, Odin). Certaines mimiques du rôle finissent par lasser comme, par exemple, le coup de « Je me recoiffe en formant un casque, ça veut donc dire que ça va bastonner »… Le plaisir de l’actrice se ressent à l’écran. Loin des rôles austères dont elle est habituée, Cate Blanchett se lâche et c’est communicatif. Visuellement, le personnage est un double de sa version papier. À l’image, elle est sublimée par les choix artistiques du réalisateur. Un transition toute trouvée pour parler de…

UN ŒIL NEUF

La famille Marvel accueille un nouveau réalisateur Taika Waititi. Si ce nom ne vous dit rien, son visage n’est pas inconnu aux fans de comics. Il interprétait Tom, le meilleur ami d’Hal Jordan, dans le film Green Lantern. Waititi n’a pas une grande expérience à la réalisation. Il a notamment dirigé quelques épisodes de séries télé et des courts-métrages, rien de comparable à une super-production telle que Ragnarok. Pourquoi Marvel a donc choisi cet outsider ? Pour son côté décalé et inventif. Et ça paie. Certains plans sont épiques et semblent sortir de romans graphiques. OK, comme la plupart des productions Marvel, les décors ne sont pas des plus imaginatifs. Ne vous attendez pas à être ébloui par les palais d’Asgard ou curieux de découvrir la planète Sakaar. D’Asgard, on ne voit guère plus que ce qu’on a déjà vu dans les deux premiers Thor (à croire qu’il n’y avait pas de budget pour de nouveaux décors…) et le monde du Grand Maître (incarné par Jeff Goldblum) ne montre qu’une arène de combat et une déchèterie.

Le rythme du long-métrage est aussi proche des autres films Marvel. Action, scène plus calme, action… mais surtout de l’humour à gogo ! Le scénario de Stephany Folsom, Craig Kyle et Christopher Yost est bourré de références culturelles, comme peut l’être les Gardiens. Les acteurs s’amusent à jouer sur les clichés de leurs personnages. Thor : Ragnarok se veut plus déconnecté qu’un Civil War du reste du MCU. Malgré tout, des passages ne parleront pas à tout le monde si on n’a pas vu les précédents films Marvel où apparaissent Thor et Hulk. Par exemple, les personnages font clairement référence à des moments de L’ère d’Ultron (la relation Banner/Black Widow) et même à Avengers (notez la réaction de Loki quand il revoit Hulk). Ça n’empêche pas la compréhension, mais comme ces clins d’oeil sont utilisés plusieurs fois, ça peut être gênant. À l’instar de James Gunn, Waititi insère des musiques rétro (comme « Immigrant Song » de Led Zeppelin) pour dédramatiser le côté pompeux habituel de Thor. Marvel l’a donc déjà fait, mais bon, c’est dans les vieux pots… vous connaissez le dicton.

HÉROS ET ASSOCIÉS

Le dieu du tonnerre n’est pas le seul héros dans Ragnarok. Les spectateurs revoit Hulk, également laissé de côté depuis le deuxième volet Avengers. Les héros évoluant dans une chronologie proche de la notre, ça fait donc deux ans que le géant vert s’est exilé sur Sakaar… S’il n’a pas atterri là volontairement, il n’en est pas moins content. Aimé de tous pour ces prouesses de gladiateur dans l’arène du Grand Maître, Hulk a évolué. Fini la brute épaisse qui ne faisait qu’hurler dans les premiers films, il sait maintenant parler (même si c’est un langage d’enfant de 6 ans). Il en devient donc un personnage plus intéressant. La dualité avec son alter ego humain est aussi mise en avant et Mark Ruffalo livre une prestation complexe. Il transpire la peur et la paranoïa, comme si le croquemitaine allait venir le manger. Mais il n’y a pas que Hulk. L’autre protagoniste qui se détache de la masse, c’est Valkyrie (Tessa Thompson). On pourrait être étonné du choix de l’actrice quand on connait l’héroïne des comics. Mais le terme Valkyrie est ici plus « générique ». Elle fait bien partie du groupe de guerrière en charge de la protection d’Asgard.

En exil sur Sakaar, Valkyrie est une alcoolique, pariant, buvant et capturant des criminels pour survivre. Encore une fois, le côté looser est là pour apporter la touche d’humour. Et ça marche. Les autres stars défilent avec des moments plus ou moins marquants. Tom Hiddleston incarne un Loki que l’on connaît sur le bout des doigts, Idris Elba a un plus de chose à jouer mais son passage reste assez limité. Même le réalisateur s’est prêté au jeu et incarne Korg, un guerrier de pierre trop gentil. Bourré de cameos, il faut bien ouvrir l’oeil pour ne pas les rater. Et que dire de Chris Hemsworth ? L’acteur qui incarne pour la cinquième fois Thor profite des modifications apportées (physiques et psychologiques) pour donner un peu de nuances au héros. Si auparavant Thor était pataud et balourd, il est devenu un peu plus conscient de sa maladresse. Il donne l’impression de l’avoir corrigée et balance quelques piques à ses camarades. Un élément plutôt malin, surtout avec le rôle de « grand enfant » rempli par Hulk dans Ragnarok.

Qui aurait cru que la troisième fois serait la bonne ? Sans être à la hauteur d’un Gardiens de la Galaxie (on ne peut s’empêcher de les comparer), Thor a appris de ces erreurs passées. Un vilain plus charismatique que ne l’était Malekith, des scènes d’action grandioses… un cocktail de film pop-corn parfait !! Les avis seront partagés, à l’image des réactions à l’issue d’Iron Man 3, si on adhère ou pas au côté décalé apporté à l’univers habituellement shakespearien de Thor. 

[Pierre Bisson]

Thor : Ragnarok, sortie le 25 octobre 2017 – Marvel Studios – Réalisé par Taiki Waititi, avec Chris Hemsworth, Tom Hiddelston, Mark Ruffalo et Cate Blanchett.