En marge de Secret Empire, les mutants se sont réorganisés en un seul royaume, New Tian. Mais c’est loin d’être une utopie puisque la nouvelle nation est sous la domination d’Emma Frost… qui n’aime pas spécialement qu’on ne se plie pas à ses ordres. Du coup une partie des jeunes X-Men goûtent aux geôles de New Tian. Leurs coéquipiers peinent à les libérer… jusqu’à ce que l’intervention de Lorna Dane, alias Polaris, la fille de Magneto…

X-Men Blue #9X-Men Blue #9 [Marvel Comics]
Scénario de Cullen Bunn.
Dessins de Cory Smith & Thony Silas.
Parution aux USA le mercredi 16 Août 2017

Cullen Bunn hérite de deux éléments qui ne dépendent pas de lui mais dont il faut forcément tenir compte. D’abord, il y a quelque chose dans la gestion de la nation mutante issue de Secret Empire qui sonne faux, dans le sens où, d’une part, on doute que Captain America et Hydra laisseraient ainsi une forme d’autonomie à tant de personnages surhumains. Et quitte à le faire, sans doute que le nouveau régime américain confirait plutôt la chose à des alliés plus « stables ». Ensuite, il faut aussi jongler avec les retombées de Death of X/Inhumans vs. X-Men, c’est à dire la folie d’Emma Frost et aussi, par ailleurs le flou artistique qui entoure l’état d’Havok. Ces deux données sont comme un véritable handicap mais le scénario arrive à contourner la difficulté en faisant le forcing autour d’un autre personnage : l’arrivée de Polaris à la rescousse et plusieurs pages qui visent à la réinstaurer comme personnage notable. Bunn joue sur quelques petites touches subtiles, voire ironiques (comme quand Jimmy, le fils d’un Wolverine qui n’existe plus, est le premier à s’étonner que Magneto ait une fille… et que Jean en rajoute une couche). La synergie avec Lorna passe assez bien et on espère qu’elle aura un rôle bien régulier dans les numéros à venir. Le scénario est peut-être moins bien pensé en ce qui concerne Magneto, dont on sait qu’il ne tolère pas le fascisme. En temps normal il ne serait pas du genre à jouer les diplomates avec quelqu’un d’Hydra et, bien qu’il ait un jeu de tromperie, le comportement de « Magnus » ne semble pas être raccord… De même, on n’est pas forcément convaincu par l’alliance qui se dégage sur la dernière page. Mais ce n’est pas vraiment la chose importante, puisqu’on a l’impression que Bunn fait avec le crossover tant qu’il faut le faire… et prépare déjà l’après, avec une dynamique de groupe quelque peu réorganisée.

« Who the hell are you to tell me I’ve changed? »

Ce qui plombe la lecture de l’épisode, c’est le dessin (à moins que ce soit seulement l’encrage). Les traits sont statiques même quand la position d’un personnage ne l’est pas… et sur certaines pages les ombres sont minimales, abandonnées au coloriste. Ce qui fait que tout cela est un peu mou, même dans des moments chargés en action. Et encore, certaines pages sont carrément à l’abandon. Par exemple dans une scène vers la fin, à bord du Blackbird, dans plusieurs cases personne n’a jugé utile de dessiner… un semblant de bouche à Cyclops. A plus forte raison, pour le coup, les pages intérieures souffrent de la comparaison avec la couverture signée par un Art Adams en pleine forme. Comme toujours en cas de crossover, il faut se méfier des apparences et ne pas forcément tomber systématiquement sur l’artiste. Ce ne serait pas la première fois qu’on a laissé des délais déments à un dessinateur pour gérer un épisode. Mais clairement on est en droit d’attendre un autre résultat graphique d’une série X-Men. Il y a un fil directeur scénaristique qui fait le job mais si la série veut perdurer, elle sera obligée de se reprendre au niveau des dessins.

[Xavier Fournier]