Steve Austin, « l’Homme qui valait 3 milliards », combat crime et terreur partout où il les rencontre. Les militaires de la division G.I. Joe, eux, s’attaquent aux forces de l’organisation terroriste Cobra. Dans l’univers des comics où les rencontres les plus improbables deviennent possibles (regardez certains crossovers passés de Dynamite), réunir dans un seul contexte l’homme bionique et les trouffions d’élite n’est pas ce qu’on a vu de plus illogique. Seulement voilà : ils ne sont pas du même côté.

G.I. Joe: A Real American Hero Vs. The Six Million Dollar Man #1G.I. Joe: A Real American Hero Vs. The Six Million Dollar Man #1 [IDW/Dynamite Comics]
Scénario de Ryan Ferrier
Dessins de S.L. Gallant
Parution aux USA le mercredi 27 février 2018

L’O.S.I., le service secret qui emploie Steve Austin, vient de le mettre à jour. C’est à dire que, selon la formule consacrée, il est encore mieux qu’il l’était avant. Meilleur, plus fort et plus rapide que les fans de l’antique série TV peuvent s’en souvenir. Rapidement il est donc envoyé en mission pour sauver un otage retenu en Sibérie. Mais les choses vont dégénérer. Austin ne s’attend pas à autre chose qu’une menace habituelle pour lui. Quelques gardes à désarmer et à assommer. En fait, il tombe droit dans les griffes de Cobra… qui n’attendait que cela pour le reprogrammer et en faire sa nouvelle arme. Steve Austin n’a plus qu’à crier « Hail Hyd… » oops sorry, mauvaise série. Mais c’est néanmoins l’idée générale. Forcément, qui travaille pour Cobra va finir par se retrouver face-à-face avec l’escouade G.I. Joe, qui doit donc se demander comment neutraliser un être invincible, au propre comme au figuré une machine de guerre. C’est écrit plus haut, confronter les mondes de l’Homme qui valait 3 milliards et de G.I. Joe n’a rien d’incongru, dans l’idée, tant il s’agit finalement de deux concepts traitant de contre-espionnage. La rencontre est, en un sens, moins difficile à avaler qu’un crossover Planet of Apes/Green Lantern. Par contre, dans l’approche choisie par Ryan Ferrier et S.L. Gallant, il ne s’agit pas à proprement parler d’une rencontre à mi-chemin. Steve Austin est plus avalé par le monde des G.I. Joe que l’inverse.

« His name is Colonel Steve Austin and he could dawn well kill us all. »

Compatibles dans l’idée, les deux univers ne sont pas réellement identiques dans leur représentation. C’est à dire qu’à défaut d’être totalement réalistes, les aventures de Steve Austin se sont toujours voulues crédibles, l’ajout d’un cyborg (à l’apparence ordinaire) étant le plus souvent la seule chose (en dehors d’un occasionnel Maskatron ou de Big Foot) qui sorte la chose d’une simple série policière. Avec les G.I. Joe, c’est un autre angle plus théâtral, les personnages ayant été conçus pour les jouets et les dessins animés, avec des costumes très colorés. Cela fonctionne dans la logique interne du récit. Mais quand vous réunissez les deux mondes, le contraste a des effets curieux. Dès la première scène où Austin est confronté à des agents de Cobra, forcément, on dirait qu’un groupe de cosplayers s’est égaré quelque part en Sibérie. Inversement, les choses seraient peut-être plus équilibrées si le crossover faisait un meilleur usage de l’univers étendu de The Six Million Dollar Man et de sa supporting cast. C’est à dire non seulement Oscar Goldman mais aussi les autres agents bioniques de l’O.S.I. (Jaime Sommers ou Barney Miller, pour ceux qui s’en souviennent). C’est à dire que malgré un postulat semi-logique, G.I. Joe: A Real American Hero Vs. The Six Million Dollar Man peine à trouver un ton qui lui soit propre. De ce fait, cela ne demeure qu’un objet de curiosité pour les fans d’une des deux licences. Mais soyons honnêtes, les attentes n’étaient guère plus hautes.

[Xavier Fournier]