Avant-Premire VO: Review Captain America: Sam Wilson #12

19 août 2016 Non Par Xavier Fournier

Captain America est littralement pris entre deux feux, entre les conservateurs adeptes d’un tat policier (les Americops) et les activistes qui ne pensent qu’ en dcoudre (comme Rage). Sam Wilson essaie de pas ragir la pression, conscient que les deux chemins possibles mnent la catastrophe. Mais peut-on rsister une chute lorsqu’elle s’impose ?

Captain America: Sam Wilson #12 [Marvel Comics]
Scnario de Nick Spencer
Dessins de Daniel Acuna
Parution aux USA le mercredi 17 aot 2016

Arriv sur un site o Rage et les Americops se cherchent mutuellement, Sam Wilson cherche la voie de la raison mais a bien du mal, entre ceux qui n’entendent que la colre et d’autres, comme le nouveau Falcon, qui dbordent de bons sentiments et veulent bien faire, sans se rendre compte qu’ils risquent de jeter de l’huile sur le feu… Rcemment je lisais dans une interview (je crois que c’est pour la promo d’Occupy Avengers) que quelqu’un allait crer une srie o les super-hros s’occuper des vrais problmes des gens. Ce qui m’a paru un contresens norme puisque la plupart des sries de super-hros s’occupent dj des vrais problmes des gens, mais sous le ton de la parabole. La Fontaine utilisait des animaux pour voquer des sentiments trs humains comme l’avarice, la peur, la paresse… Les super-hros, dans la majeure partie des cas (car, avouons que certains auteurs s’garent quand mme parfois), racontent bien autre chose qu’un talage de superpouvoirs. On sait que les X-Men ont t construits autour des notions d’acceptation, de raction au racisme et d’autres choses du genre. Et Captain America n’a pas attendu 2016 pour s’occuper de dire des choses sur le monde dans lequel nous vivons. Mais, s’il tait encore ncessaire d’en convaincre certain, le run de Nick Spencer est assurment un bon exemple. L’auteur est d’une pertinence inoue sur des ressorts sociaux qui voquent aussi bien la course la prsidentielle aux USA que les meutes raciales, les dbordements de la police amricaine et ce genre de choses. Mais il le dit dans le registre de la parabole et donc avec un certain degr (comprhensible) de caricature. Captain America: Sam Wilson #12, pourtant, est une bonne occasion de voir tout le crdit que Spencer donne son hros. Wilson sait que le chemin qu’il utilisera, quoi qu’il choisisse de faire, sera une pente glissante qui mne la catastrophe, conscient que les rseaux sociaux et les spin doctors tourneront la chose dans le sens qui les arrange. Alors le hros tente de rsister contre vents et mares, de se donner le temps de rflexion. Encore que rflchir quand on est dj sur la pente glissante n’est gure une option.

« What seems to be the problem, officers ? »

Que le (super) hros essaie de faire pour le mieux, ce n’est pas vraiment une nouveaut mais Spencer contourne le clich du « tapons-nous dessus, on discutera ensuite et on se rendra compte qu’on est ami (ventuellement parce que nos mamans ont le mme prnom) ». Ici, Spencer et Acuna instaurent un contre-champ en la personne du USAgent, un personnage politiquement l’oppos de Sam (et gnralement de la plupart des hros de l’univers Marvel depuis son invention par Mark Gruenwald). Acuna nous prsente un USAgent imposant, Spencer lui donne une mentalit toujours aussi droitire mais pas unidimensionnelle. Au contraire, USAgent est, pour le coup, le type qui rsiste, comme Wilson, dans le camp en face, qui ne veut pas de la pente glissante, qui a des ides mais n’est pas prt faire n’importe quoi, n’importe comment. Bien sr en bout de ligne le clash est inexorable. Mais ces deux figures de guerriers qui rsistent au combat donnent l’ensemble un parfum de fatalit. Aprs Free Spirit, D-Man, la Serpent Society, Diamondback ou Americop, Spencer continue de donner beaucoup d’envergure des personnages crs par Gruenwald, sans doute plus qu’ils n’en ont eu depuis 20 ans. Et tout a pas seulement au service des apparences ou de la continuit mais dune parabole pertinente. D’ailleurs du coup le tie-in Civil War II fonctionne l’envers, le lien avec le crossover n’tant pas l’avantage de ce dernier. Tandis que les Avengers et les Inhumans se crpent le chignon au sujet d’Ulysses (assurment une autre parabole, bien que plus floue), Sam Wilson s’occupe des problmes du prsent, lui. Et donc du rel.

[Xavier Fournier]