Avant-Première VO: Review Astro City #41

24 février 2017 Non Par Xavier Fournier

C’est le 100ème numéro d’Astro City (tous volumes confondus) et pour l’occasion Kurt Busiek et Brent Anderson lèvent le voile sur l’origine de cette ville protégée par des archétypes de super-héros. Et surtout, ils nous présentent celui qui, d’une certaine manière, fut le premier d’entre eux. Un nom mentionné de manière oblique dans la série depuis de nombreuses années… qui fut donc l’Astro-Naut et que lui doit Astro City ?

Astro City #41 [Vertigo]
Scénario de Kurt Busiek
Dessins de Brent Anderson
Parution aux USA le 22 février 2017

Grosse semaine (sur le plan symbolique) pour le scénariste Kurt Busiek. Alors que d’un côté ses Thunderbolts fêtent leur vingtième anniversaire chez Marvel, Astro City, si l’on met bout à bout tous les épisodes parus dans divers volumes, passe le cap du 100ème numéro (les 20 bougies, dans ce cas précis, ont été soufflées courant 2015). Pour marquer le coup, ce qui est officiellement le #41 du volume en cours est donc un épisode plus épais que d’habitude, qui contient ce qu’on pourrait qualifier de « première pierre d’Astro City ». Depuis le début du concept, Busiek et Anderson ont en effet placés quelques petites mentions d’un héros, l’Astro-Naut, dont le sacrifice avait défini la ville pour les décennies suivantes. Mais on ne l’avait jamais réellement vu et les auteurs n’avaient pas poussé la chose. L’influence (et dans le même temps l’absence) de l’Astro-Naut faisait un peu penser au principe de Jet Boy dans Wild Cards, l’anthologie chapeautée par George R. R. Martin, un personnage fondateur qui justifiait les choses sans forcément occuper une place très active. Avec cet Astro-City #41/100, le voici donc, ce mystérieux Astro-Naut. Nul doute que certains résumeront l’épisode à une sorte de juste milieu entre Rocketeer et Flash Gordon. Mais c’est un clin d’œil appuyé à un ensemble de choses issues de strips et de pulps, à commencer par Adventures of Smilin’ Jack (l’Astro-Naut, a ses débuts, est un sosie saisissant de cet aviateur moustachu) pour aller vers Captain Future ou encore Space Detective (un comic-book des années 50). L’Astro-Naut fait aussi penser à des protagonistes du réel, à mi-chemin entre Chuck Yeager et Howard Hughes, des gens qui font avancer non seulement la technologie mais aussi la civilisation.

« The sky’s only the starting line. »

Jouer au jeu des analogues fait partie de l’exercice de lecture d’Astro City mais il ne faudrait pas oublier, encore et toujours, la ville et son point de vue caractéristique. Ici, on la découvre à une époque où elle n’était pas encore elle-même, où sa population n’avait pas encore appris à lever les yeux vers le ciel pour admirer ou s’étonner. La proto-Astro-City apparait aussi différente parce qu’à l’évidence Brent Anderson a dû faire quelques choix graphiques, qui font que par endroits on croirait presque qu’il s’est fait aider, alors que son trait semble se faire plus dur, plus incisif. Mais une nouvelle fois la recette prend (encore que les scènes de bataille aérienne soient parfois un peu laborieuses). D’autant que Busiek nous raconte un rapport différent de la ville et de ses héros, une sorte de passage de l’émerveillement à une perte de foi. Non pas la banalisation du regard porté par les citoyens (ce qui, bien souvent, fait le sel de la série) mais bien un moment où la population n’a plus cru en son défenseur. Et où celui-ci, il faut bien le dire, a porté un regard lucide sur l’humanité. Dans ce héros de science-fiction que ses contemporains n’admirent plus, qui trinque en se souvenant de sa princesse extra-terrestre perdue, il y a un peu de l’émotion du Starlight de Millar et Parlov, avec une conclusion (peut-être) plus amère mais aussi une morale, une parabole, délivrée. On sort de la Dépression (économique et sociale) en regardant vers le haut nos héros, en apprenant à les reconnaître et à les admirer. La force de l’inertie fait que cela ne dure qu’un temps, qu’on en arrive à détourner le regard et que la meilleure manière pour justifier cette perte de foi est encore de déclarer que nos héros n’en sont pas dignes. Mais l’espoir, finalement, c’est ce qui pousse les gens d’Astro City à relever encore la tête et à continuer d’admirer. L’espoir, dans ce numéro, il a l’allure d’une sorte d’échappé de Mad Men, la clope au bec, avec de faux airs misanthropes, qui fait de son mieux pour aller de l’avant. Cette fin ouverte fait qu’Astro City est construite à la fois sur une certaine notion d’héroïsme, d’espoir et aussi d’émerveillement sur ce qui reste à découvrir. Les crossovers à rallonge des big two vous usent ? Vous ne reconnaissez plus vos héros ? (Re)découvrez Astro City et recommencez à regarder vers le haut en espérant voir passer la fusée de l’Astro-Naut ou ses semblables.

[Xavier Fournier]