Cette semaine, nous allons poursuivre notre exploration de l’univers super-héroïque de l‘éditeur Skywald avec un personnage inconnu de presque tous et qui pourtant est une première mondiale. Comme nous l’avons vu dans notre chronique consacrée à The Hell-Rider (cf. French Collection #321), le super-vilain baptisé The Claw a kidnappé la chanteuse Julie Storm afin de récupérer les millions de dollars de drogue qu’il avait dissimulée dans ses bottes de scène. Mais Julie a donné ses bottes à une jeune chanteuse nommée Marian Michaels pour lui porter bonheur. Nous retrouvons cette dernière à Las Vegas alors qu’elle s’habille pour monter sur scène.

French Collection #324

Elle relit une dernière fois la lettre de menace qu’elle a reçu et qui lui intime l‘ordre de laisser les bottes données par Julie Storm dans sa loge avant son spectacle. Croyant avoir affaire à une histoire d’admirateur fétichiste elle décide de les porter pour son numéro de chant. Mais alors qu’elle réintègre sa loge après une ovation pour son premier grand récital, elle a la mauvaise surprise de se voir saisir par The Claw et ses hommes de mains venus récupérer les bottes. Comprenant qu’elle a à faire à autre chose qu’une histoire de fétichiste elle semble coopérer avant d’essayer visiblement de s’enfuir en plongeant sa loge dans l’obscurité. Mais quand The Claw et ses hommes de mains défoncent la porte par laquelle elle s’est enfuit il se retrouve face à la présence aveuglante de The Butterfly !

Une fois leur vue revenue, ils se rendent compte que Marian Michaels et The Butterfly ont disparus. Mais ils trouvent les bottes au milieu de la pièce et s’enfuient avec. Ils ne se doutent pas que The Butterfly [Marian Michaels] les suit en vol grâce à son costume. Pour économiser son jet dorsal, elle se colle au toit de la voiture avec ses ventouses digitales. La bande prend un hélicoptère qu’elle rattrape en vol et après un âpre combat réussit à récupérer ses bottes. Durant le vol, The Butterfly [Marian Michaels] fait une remarque sur ses origines mais sans nous en apprendre quoi que ce soit et pendant le combat ses propos laissent penser à ses adversaires que Marian Michaels et The Butterfly ne sont qu’une seule et même personne. Mais en même temps, lorsque son jet est en panne sèche et qu’elle fait du stop elle prend bien garde de remettre ses vêtements civils qu’elle a dissimulé dans une poche de ses ailes.

French Collection #324

Pendant ce temps à Las Vegas les membres de The Wild Bunch essaye de voir leur vieille amie Marian sans succès. Son imprésario leur révèle qu’elle a disparu et qu’elle est peut être chez son avocat Brick Reese qui n’est d’autre que l’un des anciens membres de la bande avant qu’il ne parte pour le Vietnam et ne deviennent The Hell-Rider. Ils décident de la retrouver là-bas mais la croise en chemin sur la route après son atterrissage forcé. Après cette première brève apparition qui s’insère dans une continuité narrative qui coure sur toutes les pages de Hell Rider #1 (1971 Series), The Butterfly [Marian Michaels] aura le droit à un épisode rien que pour elle dans le numéro suivant du magazine.

Il commence de nouveau avec un numéro de chant de Marian Michaels à Washington. Mais alors que Marian se pose énormément de question tout en chantant, elle aperçoit un homme en train de la viser. Mais lorsque le coup de feu part, c’est un spectateur à côté du sénateur Clayton Thompson qui est touché. Les gardes du corps évacuent Marian qui une fois dans sa loge se change en The Butterfly. Mais lorsqu’elle se retrouve sur la scène de l’action, l’assassin est abattu par Tony Morris qui protège le sénateur évitant ainsi à The Butterfly [Marian Michaels] de se montrer. Mais l’assassin est visiblement très particulier et possède une sorte d’implant bionique sur le haut du crâne. Et sans que Morris ne s’en aperçoive, une sorte de missile sort de la ceinture de l’assassin et file vers l’extérieur. Mais The Butterfly [Marian Michaels] toujours caché en coulisse n’a rien perdu de la scène et décide de suivre l’étrange objet. Au théâtre, Morris et le sénateur constatent que Morgenstern, l’homme qui a été blessé est mort. Sous le coup de l’émotion, le sénateur fait un infarctus.

French Collection #324

Pendant ce temps, à l’insu de tous The Butterfly [Marian Michaels] a suivi le missile téléguidé dans le repaire de l’Order of the Crimson Cross (les frères de la croix cramoisie en français) ! Le missile a été récupéré par une femme visiblement haut-placée dans l’organisation. Mais un des hommes de l’organisation la repère et elle traverse la verrière avec son agresseur. Après avoir neutralisé les deux hommes de mains, elle s’attaque à leur chef mais cette dernière neutralise The Butterfly [Marian Michaels] au moyen d’une dague empoisonnée !

Pendant ce temps, le sénateur se remet à l’hôpital de ce qui n’est visiblement qu’une crise de tension tandis que Morris se demande si tout compte fait ce n’est pas lui qui était visé, ce qui signifierait que « l’ennemi » à découvert son jeu. Pour vérifier ses soupçons, il a glissé un microémetteur dans le médicament du sénateur. A l’intérieur de l’entrepôt, The Order of the Crimson Cross se rassemble et The Grand Master leur dévoile son nouveau plan pour débarrasser les Etats-Unis de ce qu’ils considèrent comme la « peste noire ». Ils vont laver le cerveau de The Butterfly [Marian Michaels] afin qu’elle parte prêcher la haine des blancs auprès « des siens » afin de causer une guerre civile qui aboutira à l’extermination de tous les « nègre » du pays.

The Butterfly [Marian Michaels] a profité de ce long discours ou elle a cru reconnaitre la voix du Grand Master pour se libérer de ses liens et déclenche son costume qui aveugle toute l’assistance de l’Order of the Crimson Cross. Mais le grand chef a réussi à s’évader et elle se lance à sa poursuite. Cette fois-ci, c’est elle qui grille la politesse à Tony Morris qui arrive après qu’elle est plaquée sa proie au sol. Morris lui explique qu’il est à la poursuite de l’Order of the Crimson Cross depuis plus d’un an et qu’il est en réalité un agent spécial du F.B.I.. The Butterfly [Marian Michaels] lui réplique que son boulot est terminé car les membres de la bande sont aveugles dans l’entrepôt et que The Grand Master est visiblement mort.

French Collection #324Morris lui révèle alors qu’il se doute bien qui est sous le masque. Et comme il l’enlève ils découvrent le visage du sénateur Clayton Thompson qui a cette fois succombé à son deuxième infarctus. C’est grâce au microémetteur qu’il lui avait fait avaler à son insu que Morris a réussi à retrouver la bande. Et c’est pourquoi il avait semblé à The Butterfly [Marian Michaels] reconnaître la voix Grand Master ! Après ces deux petits numéros de Hell Rider #1 (1971 Series) le magazine s’arrêtera ainsi que la ligne de super-héros de Skywald Publications.

Nous ne découvrirons donc pas les origines de The Butterfly [Marian Michaels] comme une ou deux remarques le laissait entendre. Nous pouvons cependant déduire de son costume, des modifications de The Agent-K et de tous les gadgets de The Order of the Crimson Cross que les personnages de Skywald Publications évoluent dans une sorte d’anticipation de leur époque mais qui n’est pas accessible à tout le monde. Le sénateur Thompson sous son déguisement The Grand Master clamera d’ailleurs que cette technologie place The Order of the Crimson Cross au-dessus du Ku Klux Kan dont ils ne sont après tout qu’une copie sans doute destiné à ne pas attirer d’ennuis à l’éditeur.

Comme nous l’avons souligné dans notre introduction, The Butterfly [Marian Michaels] a l’insigne honneur d’être la première superhéroïne noire de l’histoire des comics. Le personnage ainsi que tous ceux de la série Hell Rider (1971 Series) ont été créés par Gary Friedrich mais c’est selon ses dires Rich Buckler qui écrira l’ébauche du deuxième épisode en plus de le dessiner. Mais il aura la surprise de découvrir à la parution que ses dessins ont été retouchés par Bill Everett à la demande des éditeurs de Skywald Publications (sans doute Sol Brodsky) car le design des personnages leur apparaissait comme trop « négroïde ». Furieux, Buckler quittera la maison d’édition. De toute façon, il s’agissait de la dernière apparition du personnage chez Skywald Publications car la ligne sera arrêtée même si la couverture Hell Rider #3 (1971 Series) figure au dos de certaines publications de Skywald Publications et qu’une illustration inédite de The Butterfly [Marian Michaels] par Rich Buckler a ressurgit ultérieurement.

Le personnage ne sera plus jamais revu si ce n’est dans World’s Worst Comics Awards #1, un comic parodique de Kitchen Sink Press ou elle est nominée pour le pire costume féminin de l’histoire, ce qu’elle ne mérite pas à mon avis. En France, les deux épisodes de The Butterfly [Marian Michaels] ont été publiés dans Psycho n° 6 et Cauchemar n° 8 par Les Editions de Poche.

[Jean-Michel Ferragatti]