La série TV sœur de Walking Dead revient après avoir effectué un break de mi-saison, au terme d’une première partie où le groupe s’est proprement désintégré. Nick Clark (Frank Dillane) proprement dégouté des manigances des vivants, est bien plus à l’aise dans une forme de solitude, parmi les morts errants. Ce « trekking » va cependant se révéler moins facile qu’il le pensait.

La deuxième partie de saison 2 de Fear The Walking Dead s’ouvre avec un épisode centré sur le seul Nick Clark. En effet, après que le groupe ait un peu traversé son équivalent mexicain de la ferme d’Hershel (le refuge apparent où finalement on a entassé des morts en pensant qu’ils étaient seulement malades), le résultat est un peu le même puisque les protagonistes se sont séparés en trois groupes. La différence, ici, c’est que les survivants n’ont pas été éloignés les uns des autres par des zombies mais bien par des décisions humaines. Tandis que le noyau du groupe, potentiellement le plus intéressant, avec Madison Clark (Kim Dickens) et Victor Strand (Colman Domingo) est supposé chercher à rejoindre le bateau, Travis (Cliff Curtis) a préféré rester avec le petit Kylo Ren ou ce qui en tient lieu dans la série, le jeune Chris (Lorenzo James Henrie, en mode « mais, papa, les gens ils font rien qu’à dire que si je tue ou si je menace c’est que je suis méchant, trop relou »). Nick, lui, sans qu’on sache trop comment et pourquoi, a senti que la destruction de la propriété venait des humains et a préféré quitter les siens. Comme après la fin de la saison 2 de Walking Dead ou passé la chute de la prison, les scénaristes ont choisi de ne pas révéler immédiatement le sort de ces trois factions et on commence donc par un épisode où le seul personnage connu est Nick. Encore qu’on ne le retrouve pas tout de suite en solo. Malgré ce que nous montraient les dernières minutes de l’épisode 7 (où il s’éloignait de l’endroit, déjà parmi les morts), Nick se retrouve avec Sofia (non pas la Sophia de Walking Dead), prologue assez bizarre puisque dans les épisodes précédents les deux personnages ne semblaient pas si proches que ça (au point d’ailleurs que certains spectateurs auront même de la peine à se souvenir de cette domestique, restée au troisième rang). Là, c’est accolades et adieux façon vieux potes avant que chacun prenne sa route. Le seul intérêt de la séquence est de montrer que finalement Nick prend la route dans un confort relatif, avec des vivres et de l’eau.

Fear The Walking Dead S02x08

ON THE ROAD AGAIN

Fear The Walking Dead souffre, par la force des choses, d’être comparée à Walking Dead tout court et d’en impliquer aucun des personnages. Alors que l’action de FTWD se déroule depuis quelques temps au Mexique, il est clair que ce n’est pas maintenant que l’on risque de croiser des gens d’Alexandria, les vols par avions n’étant plus de mise après l’Apocalypse zombie. Néanmoins, depuis que le groupe a débarqué et laissé derrière le bateau, on sent la volonté des auteurs de faire référence à des archétypes déjà éprouvé sur l’autre série ou dans les comic-books, c’est à dire des épreuves ou des formes similaires, appliquées à des personnages différents. J’évoquais plus haut « la chute de la maison Hershel », ici Nick livré à lui-même fait un choix de survivance différent de celui de Rick Grimes et sa clique mais sans doute plus proche de celui des Whisperers dans la BD. Ce n’est pas un as de la carabine ou du Katana, lui se contente de se recouvrir de sang (une technique éprouvée par Rick) et d’aller de l’avant. Très vite, cependant, les évènements vont lui donner raison : il est bien plus à l’aise entouré de zombies que lorsque le « vivant » s’en mêle, que ce soient des gens l’agressant à coup de batte (là aussi, forme connue), d’autres faisant un carton avec leurs armes, d’animaux sauvages ou même de survivre à la nature elle-même.

Fear The Walking Dead S02x08

NATURE BOY

Très vite, le parcours de Nick prend des allures de Man vs. Wild. C’est sans doute très frustrant pour ceux qui aimeraient en savoir le plus possible sur le sort des autres. Et c’est peut-être un peu « restreint » pour un épisode de reprise, mais l’exercice n’est pas inintéressant. L’ennui, c’est que Nick étant pratiquement seul pendant les 2/3 de l’épisode, on en passe par une série de flashbacks qui n’ont pas grand-chose à faire dans la formule Walking Dead. C’était à la saison 1 qu’il fallait construire les personnages et c’est un peu tard pour en rajouter, bien qu’on comprenne qu’il s’agisse de justifier la fascination de Nick pour les morts. On recroise ainsi son ex-girlfriend ou on évoque la mort du père (sans le montrer, alors que cela aurait été un ressort intéressant) de manière à nous faire comprendre que le jeune homme « porte ses morts » en lui et que l’idée que les morts ne sont pas vraiment morts à de quoi le séduire, même si ce n’est pas vraiment dit comme ça. Il y aussi un court passage assez ridicule où, en l’apercevant, un des adversaires armés échappe ses munitions au moment fatidique, faisant tout basculer au moment où cela arrange le scénario. Un peu comme si, après avoir raconté cette lutte pour la vie et contre la nature, les auteurs peinaient un peu à négocier le virage. Cependant ce joint maladroit s’estompe assez rapidement avec la réintroduction d’un nouveau contexte, plus urbain. Et la question devient alors de savoir quelle figure les scénaristes ont décidé d’importer. Tijuana est-elle un autre Terminus ? une Woodbury ? une Alexandria où une communauté digne de Negan ? En choisissant de ne pas terminer par un cliffhanger, ils laissent la chose en place, comme s’il s’agissait simplement d’un refuge. Mais on sait bien que, quelle que soit la version, dans le monde de Walking Dead, les refuges sont souvent de courte durée. C’est en tout assurément moins « les zombies vont à la plage » que le début de saison et, même si le personnage est étranger à la BD, on est plus dans le style général de Walking Dead.

[Xavier Fournier]