Depuis qu’il a repris en main le destin des X-Men, Marc Guggenheim a tendu vers ce moment. Non seulement la reconstruction du couple Kitty Pryde/Colossus mais aussi la concrétisation du mariage. Mais les cérémonies, chez les mutants, sont souvent pleines de surprises. Celle-ci n’échappe pas à la tradition. Et l’auteur prends un risque : qu’une partie du public s’estime flouée, tandis qu’une autre y trouvera mieux son compte.

X-Men Gold #30X-Men Gold #30 [Marvel Comics]
Scénario de Marc Guggenheim
Dessins de David Marquez
Parution aux USA le mercredi 20 juin 2018

C’est le fil rouge d’X-Men Gold. Depuis le début de l’actuelle série Marc Guggenheim n’a de cesse de rapprocher à nouveau Kitty et Piotr, faisant sans doute le bonheur des nostalgiques des années 80 mais créant aussi comme un arrière-goût de déjà-vu. On a perdu le compte des fois où ces deux-là ont été ensemble, puis se sont séparés, puis à nouveau. Ce qui était au début une histoire sentimentale entre deux adolescents est devenu à la longue une relation dysfonctionnelle entre deux ex qui remettent le couvert à chaque fois, tout en sachant qu’ils ont toujours échoués. L’insistance avec laquelle Colossus semblait dire que tout cela prouvait qu’ils étaient destinés l’un à l’autre était presque un peu inquiétante. Mais Guggenheim avait un plan en tête, qui trouve ici sa conclusion logique. Il faut dire qu’à l’évidence il est très inspiré par les épisodes des 80’s, son choix de flashback l’a prouvé. Seulement les eighties chez les mutants, c’est la (première) mort de Jean Grey, Mariko qui annule le mariage où Maddie Pryor qui semble se transformer en Phoenix juste avant son mariage avec Cyclops. D’une manière générale chez les X-Men, la vie n’a rien d’un long fleuve tranquille. Ou plutôt pour résumer cet épisode pourrait-on se rabattre sur la maxime le malheur des uns fait le bonheur des autres. Disons que la cérémonie ne se termine vraiment pas comme cela paraissait prévu et que le nouveau couple, faute de place ici, en sera quitte pour trouver son équilibre dans la future série Mr. & Mrs. X.

« Godspeed, kids. Be good to each other. »

Tout comme l’épisode a un parfum doux-amer, la narration est en mi-teintes. C’est à dire qu’à côté de passages bien sentis (par exemple une rare discussion entre les deux Jean et Rachel/Prestige et bien entendu le moment où Colossus donne la bague à Kitty), il y en a d’autres bien trop naïfs (la scène avec Lockheed) ou carrément vides de pertinence (la vanne sur les Fantastic Four). Guggenheim et Marquez sont inspirés pour certaines pages et moins touchés par la grâce. Au bout du compte, ce qui fera la différence selon les lecteurs, c’est l’acceptation du gros twist de l’histoire et les rebondissements qui en découlent. Les auteurs s’emploient surtout à démontrer que ces personnages connaissent des doutes mais qu’il y en a aussi parmi eux pour saisir ces moments et tracer, de manière certaine, leur destinée. En tout cas jusqu’au jour où un autre auteur en décidera autrement. La réalisation du numéro tâtonne. Cela ne deviendra sans doute pas un classique. Mais les conséquences seront intéressantes à suivre.

[Xavier Fournier]