Avant-Premire VO: Review Wonder Woman #4

14 août 2016 Non Par Xavier Fournier

Wonder Woman Year One continue son cours : Il y a un homme sur l’le des Amazones. Et ces dernires, ayant rompu depuis des sicles avec le monde des mortels, sont un peu comme une poule qui aurait trouv un uf, tentent de dchiffrer les moindres symboles dont il est porteur. Et elles vont devoir se choisir une nouvelle championne pour renouer le lien. Greg Rucka et Nicola Scott font feu de tout bois, revenant aux bases avec beaucoup d’humanit.

Wonder Woman #4 [DC Comics]
Scnario de Greg Rucka
Dessins de Nicola Scott
Parution aux USA le mercredi 10 aot 2016

A la fin du chapitre prcdent, Steve Trevor et son quipage s’crasaient sur l’le des Amazones. Et tandis qu’il est convalescent et que, de plus, il ne parle pas leur langue, les femmes tiennent un conseil de guerre en se passant, de main en main, des lambeaux d’uniformes et des armes feu, qu’elles n’ont jamais vues. Elles doivent donc dchiffrer ce qu’est devenu le monde des hommes en leur absence, tout en reconnaissant qu’on n’arrive pas chez elles par hasard et que, quelque part, la volont des dieux se manifeste, mme si elles ne la comprennent pas encore. Raconter les origines de Wonder Woman est un exercice auquel DC Comics se livre de manire rpte ces derniers temps. Aprs que dautres auteurs aient produit Legend of Wonder Woman puis l’album Wonder Woman Earth 1, Greg Rucka et Nicola Scott se lanent dans Wonder Woman Year One, racont en alternance, un pisode sur deux, avec une intrigue moderne illustre par Liam Sharp. Sans doute aussi qu’il y a plus d’espace, plus de latitude par rapport d’autres gants de DC, sachant que les origines de Batman et Superman on les connait en long et en large, dans pratiquement toutes les variations possibles. De fait, l’approche de Greg Rucka ne fait pas double emploi avec les deux autres projets rcents, on pourrait mme dire qu’elle intervient comme un contre-champ. Par exemple dans Terre 1, Grant Morrison et Yanick Paquette montraient certes la socit des amazones comme un endroit part, coup des hommes, mais on insistait aussi sur le fait que c’tait au monde des hommes de se faire elle. Ici, les choses sont pratiquement inverses. L’homme est une crature mystrieuse pour les Amazones, presque un ovni, et elles doivent tenter de le dcoder avec le peu d’lments dont elles disposent. Elles ne parlent pas d’une seule voix, discutent, se disputent mais leur raction nous en dit beaucoup sur leur culture. Et au passage, mine de rien, Rucka jecte les 52 pisodes qui ont prcd son run. Car on aura beau tourner la chose dans tous les sens : si ces amazones-l n’ont pas eu de contact avec les hommes au moins depuis l’invention des armes feu, le concept initi par Brian Azzarello de guerrires castratrices tuant des marins pour se reproduire avant d’abandonner les garons en esclavage n’est plus de mise. De la mme manire que la mre de Wonder Woman est redevenue brune (un dtail, oui, mais aussi un symbole) la faveur de Rebirth, Rucka tire le rideau sur ces apports « hors norme » et revient ce qui constitue rellement le personnage et sa philosophie.

« Fact: the gods are in motion, sisters. »

Rucka et Scott jouent aussi avec les attentes, avec les passages imposs, les dits et les non-dits. Ils se permettent ainsi une ellipse un moment cl de l’histoire, ce qui permet d’une certaine manire d’envoyer un message complice aux lecteurs : « pas besoin de te montrer la suite, on sait tous ce qui se passe aprs  ». Une autre quipe crative aurait sans doute prfr partir sur une splash page nous montrant l’vidence (et personne n’aurait trouv a curieux d’ailleurs). Mais en jouant avec ce rythme, en ne montrant pas l’acte, les deux auteurs insistent d’une certaine manire sur ce qui motive la prouesse : la seule dtermination de Diana. C’est d’autant plus fort, d’autant plus vident, qu’il n’est plus besoin de « montrer ». La dessinatrice Nicola Scott donne ici sans doute le meilleur boulot de sa carrire, avec un souci de reprsenter, de dtailler aussi bien les draps que les textures, de ne pas utiliser la mme silhouette pour deux amazones. Par contre elle n’est pas aide par les couleurs de Romulo Fajardo Jr., qui a une srieuse tendance utiliser une palette restreinte. Si bien que tout ce qui est vert, par exemple, est exactement de la mme teinte, que l’on parle du voile de la conseillre Castalia, de la vgtation o d’un sac de l’arme US. Tout est coloris comme s’il n’y avait pas de lumire d’ambiance et comme si les objets ou les corps avaient une couleur absolue quelle que soit la prsence du soleil ou pas. C’est dommage, parce que pour le coup quand on fait abstraction de ces couleurs pour ne regarder que les traits et l’encrage, c’est bien plus fort (et peut-tre, d’ailleurs, que cela supporterait trs bien une dition N&B). Mme si on pourrait souhaiter de meilleurs couleurs, Wonder Woman Year One fonctionne sous de bons auspices. Legend of Wonder Woman devait rinventer la chose pour un public un peu plus jeune. Wonder Woman Earth One se posait un peu la question (et avec un mrite certain dans la rponse apporte) « qu’est-ce que cela donnerait si on inventait Wonder Woman dans le monde moderne ». Rucka et Scott sont, eux, dans une dmarche de consolidation. Pas besoin d’aller inventer midi 14 heures quand tous les lments sont l. Et de fait un lment du « mythe » de Diana qui n’avait pas t « visible » depuis des lustres dans la srie et rcupr et incorpor. C’est plus que du folklore anecdotique. C’est, l aussi, un symbole. C’est Wonder Woman, la vraie, pas une « version », pas une imitation (« not a dream, not an imaginary story ! » comme dirait l’autre). C’est le « modle » qu’il faut respecter sous peine, dans le cas contraire, de virer hors sujet. Mais Rucka et Scott, au contraire, matrisent la chose merveille et donnent WW, sa mre et ses surs une ration bien dose d’humanit et majest. Wonder Woman Year One, c’est l’amazone qu’on aimerait avoir l’cran d’ici un an.

[Xavier Fournier]