Il est le plus grand héros au monde… mais aussi la pire menace qui soit. Sentry n’existe pas sans le Void et inversement. Après avoir trouvé la mort dans le crossover Siege puis être revenu plus discrètement parmi les vivants dans les pages d’Uncanny Avengers et Doctor Strange, Bob n’aspire qu’à vivre une existence simple et normale. D’autant que Strange lui a trouvé une sorte de traitement pour éviter toute rechute. Mais pour Sentry, le meilleur des mondes ne le reste jamais longtemps. Jeff Lemire et Kim Jacinto relancent le Superman dysfonctionnel de Marvel, dans un face-à-face entre réalité et fiction.

Sentry #1Sentry #1 [Marvel Comics]
Scénario de Jeff Lemire
Dessins de Kim Jacinto
Parution aux USA le mercredi 27 juin 2018

Cela fait 18 ans que Sentry fait partie de l’univers Marvel, en passant par une introduction rétroactive qui fait de lui l’un des pères fondateurs de l’ère Marvel Age, au même titre qu’Iron Man ou les X-Men. Mais ce surhomme digne d’un krytonnien a un problème majeur : victime d’un dédoublement de personnalité il est lui-même son pire ennemi, le Void, une créature si puissante que les héros Marvel se sont plusieurs fois ligués pour tenter de le supprimer. D’abord en rendant Robert Reynolds (Sentry dans le civil) amnésique dans sa minisérie initiale et puis, sur la fin du crossover Siege, en se résignant à l’éliminer pour de bon. Maintenant que Reynolds est de retour, la problématique de Sentry/Void pourrait se poser à nouveau, de manière inexorable même. Mais Bob a un traitement miracle. Il n’est plus vraiment ni l’un ni l’autre. Il n’est qu’un piéton anodin, un type qui travaille dans un snack avec son ex-sidekick, seul à connaître son secret. Un humain bien normal, si ce n’est qu’une fois toutes les 24 heures il doit se connecter à une sorte de réalité artificielle où, en compagnie d’amis imaginaires, il peut se voir en héros luttant contre le Void. Jeff Lemire est fidèle à ses marottes et nous donne une sorte de Black Hammer inversé, où le protagoniste principal recherche l’ordinaire mais doit se connecter périodiquement à un monde de fantaisie super-héroïque. A ses débuts Sentry avait beaucoup fait penser au début de Miracleman/Marvelman et cette idée de réalité virtuelle tient aussi bien de la Zone Fantôme de Superman que des souvenirs imaginaires de Miracleman, voire un peu à la Supremacy de Supreme. Ce n’est que le début, mais on sent bien Lemire à l’aise avec ce personnage, lui traçant déjà une route qui ne sera évidemment pas de tout repos.

« What a world this is… What a wonderful, wonderful world. »

Kim Jacinto est un dessinateur assez intéressant, que l’on a déjà vu se glisser dans les pas d’un Olivier Coipel pour Unworthy Thor (par exemple) et qui nous donne ici un style plus anguleux mais bien différencié selon les deux mondes. Forcément plus punchy dans le Sentryverse, Jacinto se fait plus austère dans la tranche de vie réelle de Reynolds, lorgnant sur un certain ton indé. Lemire et lui trouvent ainsi d’emblée un angle bien à part, singulier, qui donne à la série Sentry sa personnalité. Reste que dans la réalité Sentry n’est pas le père fondateur du Marvel Age. En solo, il n’a guère existé que pour quelques miniséries et a tenu, sur la durée, parce qu’on le trouvait dans les rangs des Avengers ou des Dark Avengers. Cette série illimité et régulière est donc une première pour lui… et une occasion de tester à quel point le public s’intéresse vraiment à lui. En tout cas pour ce qui est du contenu, les auteurs semblent nous promettre une série où Reynolds/Sentry/Void ne saura jamais vraiment sur quel pied danser. En tout cas sa quête de normalité ne sera pas sans rebondissements.

[Xavier Fournier]