Après trois numéros de préambules et de combats, les Fantastic Four prennent enfin le chemin du retour vers la Terre. Problème : la nature a horreur du vide. Pendant leur absence le Baxter Building est devenu la propriété d’un nouveau quatuor qui semble avoir éclipsé Reed Richards et les autres. Les citoyens de l’univers Marvel les auraient-ils déjà oubliés ? Les apparences sont parfois trompeuses.

Fantastic Four #4Fantastic Four #4 [Marvel Comics]
Scénario de Dan Slott
Dessins de Stefano Caselli & Nico Leon
Parution aux USA le mercredi 28 novembre 2018

Après avoir mise en déroute une entité cosmique, les Fantastic Four centraux se disent qu’il est grand temps de rentrer au bercail (encore que l’importance de la tâche qui était jusqu’ici la leur, qui les a tenus à l’écart, semble mise de côté un peu vite). Dan Slott, à l’écriture, en profite pour expédier certains personnages dans des directions différentes. Dans l’idée de revenir à la famille de base que sont les 4F, il faut en effet se demander quoi faire des jeunes de la Future Foundation. Dans la scène du « retour », Slott en profite aussi pour mettre en place quelques « dettes karmiques », entre l’énigme d’un membre honoraire qui pourtant jusqu’ici restait ignoré des lecteurs (mais c’est géré) et un autre personnage que l’on croyait tout aussi mystérieusement aux abonnés absents mais qui ne semble pas trop apprécier que l’on ait décidé pour lui. Slott jongle avec les contraintes de la continuité et les impératifs des autres titres des petits camarades. Quel était le Ghost Rider présent sur les lieux ? Que fait ici Wolverine alors que son propre retour n’est pas encore totalement officiel ? Slott traite tout cela avec humour et sans perdre de temps, dans un numéro assez dense. C’est qu’il faut aussi mettre en place les « imposteurs » que semblent être les Fantastix, nouveaux détenteurs du QG des FF, mais qui, dans la pratique, sont d’anciennes créations de Dan Slott, revenues sous de nouveaux noms de code. C’est curieux (mais intéressant dans le même temps) car dans un numéro où le scénariste élague et fait de la place, il introduit donc le concept de « Fantastic Four de substitution », qui semblent un peu être aux vrais FF ce que les Great Lake Avengers sont aux Avengers authentiques. Encore qu’ici la dose de pantalonnade soit moins accentuée, on serait peut-être même plus dans un cas de figure plus proche de ce qui s’est passé quand les Thunderbolts ont tenté de remplacer les Avengers dans le cœur du public pendant Heroes Reborn. Mais pour qui reconnaîtra Iceberg, 2D, Ms. Fantastix et Hope, il est ironique de les retrouver une nouvelle fois dans une position où ils sont manipulés. La fin, et la question du QG, débouche sur une situation à la fois nouvelle et naturelle pour les vraies vedettes de la série.

« Hey, everybody! No need to worry. We’re here… »

On peut vraiment regretter que pour installer le retour des Fantastic Four Marvel ait choisi de transformer le titre en auberge espagnole niveau dessinateur. L’arc aurait gagné à être mis en image par une seule personne, au moins sur ces quatre premiers numéros. Au lieu de cela, l’ambiance est un peu remise en jeu à chaque nouveau chapitre (imaginez les Ultimates si Millar avait travaillé avec un artiste différent à chaque nouveau fascicule). C’est ce qui fait la différence entre un arc certes agréable dans l’état mais qui, quand même, avec une meilleure continuité graphique, aurait tapé à un autre niveau. Et pourtant, une fois cela dit, il faut bien voir que malgré ces zig-zag graphiques, Fantastic Four #4 est un peu un contre-exemple, avec Stefano Caselli et Nico Leon arrivant à livrer des pages certes différentes mais qui cohabitent assez bien. Caselli, en particulier, arrive à donner forme aux Fantastix (et bien évidemment aux vrais Fantastic Four). Avec cependant ce petit écueil qui fait que, comme pour d’autres artistes avant, on a du mal à définir quel âge Franklin et Valeria sont supposés avoir désormais. Mais pour ce qui est du but global fixé, c’est à dire un sentiment de retour à la maison, il est remporté, en démontrant par la même occasion en quoi les Fantastic Four ne sont ni les Avengers ni les X-Men, fonctionnant selon une dynamique qui leur est propre.

[Xavier Fournier]