Après un premier aperçu il y a quelques semaines, l’inexorable retour du leader naturel des X-Men pointe le bout de son nez dans Uncanny X-Men Annual #1, où il faut à la fois expliquer et justifier. Quelle version de l’homme à la visière est en train de revenir ? L’ultra-militant, pratiquement terroriste, de ces dernières années ou bien un profil plus sage, disons un « canal historique » ? Ed Brisson et Carlos Gomez se chargent du retour. Mais quel retour ?

Uncanny X-Men Annual #1Uncanny X-Men Annual #1 [Marvel Comics]
Scénario d’Ed Brisson
Dessins de Carlos Gomez
Parution aux USA le mercredi 23 janvier 2019

Dès la fin de « Death of X » il était évident que les choses ne dureraient pas. Il y avait tellement de portes de sorties possibles que le retour de Cyclops était une évidence. La fin d’Extermination a officialisé la chose avec un Scott Summers adulte bien vivant, mystérieusement recueilli par le jeune Cable. Vivant mais pas encore réunis avec les X-Men. Cet annual est donc un épisode charnière qui a pour but d’organiser la chose, à plus forte raison alors que dans la série régulière Uncanny X-Men les choses semblent à la fois patiner sur place et sombrer dans le chaos. L’élan venu avec le retour de Jean Grey et ses X-Men Red semble loin. Le retour de Cyclops a donc le potentiel de ranimer les choses en donnant au titre (et par conséquent à l’équipe) une direction. Sorti de là, il faut bien voir cet Annual comme un « mal nécessaire ». C’est le contre-coup des univers partagés. Il faut parfois en passer par des épisodes de réparation qui n’ont pas une grande valeur par eux-mêmes. C’était déjà le cas l’an dernier avec la minisérie sur la résurrection de Jean Grey. Cette fois, au moins, Marvel a jugé bon de limiter les choses à un annual. Comprenons-nous bien sur le terme « mal nécessaire », cela ne veut pas dire que tout est mauvais là-dedans. Brisson et Gomez nous réservent plusieurs scènes plutôt sympathiques et font un travail très honorable, bien que sans grand panache, pour mettre en scène la résurrection. Brisson s’appuie sur Phoenix Resurrection pour nous rappeler que depuis Death of X Scott a déjà été ramené une fois, quand bien même brièvement, de manière à désacraliser le trépas du personnage (à supposer qu’il existait quelques fanatiques de Death of X ?). Il installe aussi un retour en arrière bien antérieur, montrant que quelqu’un, dans les coulisses, s’est préparé depuis des années à ramener Cyclops.

« I’m going to find the X-Men… »

Cela reste un Deus Ex Machina mais, en installant, une atmosphère rétro les deux auteurs redonnent une forme de légitimité. Cyclops n’est pas seulement un énième personnage qui échappe à la mort. Il est sauvé par son passé et redevient, d’une certaine manière, le garant de l’historique des X-Men. Mais, bien sûr, depuis la dernière partie du run de Morrison, le gars Cyclops était graduellement devenu de plus en plus un militant radical, plus tellement un bon samaritain désintéressé mais un type seulement intéressé par le sauvetage des mutants (et plus vraiment des humains). Tout le jeu de l’Annual est donc de déterminer non pas que Cyclops est vivant (ça non seulement on l’avait vu venir mais on le sait depuis Extermination) mais dans quel état d’esprit il est, s’il s’agit d’un leader rigide ou au contraire d’un retour vers un vrai héroïsme. Dans un contexte où Marvel n’hésite pas parfois à nous coller trois dessinateurs sur un projet, il est presque étonnant que Carlos Gomez soit le seul artiste à bord, d’autant plus que l’histoire se déroule sur plusieurs tranches temporelles et qu’elle se prêtait donc à une « découpe » de styles. Mais Gomez sait tirer parti de l’affaire. Encrage et colorisation sont aussi de la partie pour habiter les flashbacks. Pour ce qui est de la finalité de l’Annual, c’est vraiment dans les deux dernières pages qu’elle apparait le plus. Uncanny X-Men Annual est un mal nécessaire, oui, mais pour déboucher sur une situation positive. A charge de la série principale de savoir exploiter cette situation dans les semaines à venir et de réunir des X-Men désormais habités par de bien meilleures intentions.

[Xavier Fournier]