Les X-Men continuent leur reconstruction même s’ils n’en ont pas toujours l’air. En apparence Cyclops et Wolverine savent que les jours des derniers mutants sont comptés et la perspective n’est pas heureuse. Dans l’arrière-boutique il s’agit au contraire de reconnecter le monde des mutants avec celui des humains, qu’il s’agisse de guest-stars de l’univers Marvel ou de « simples » civils qui ne sont pas super-héros mais ont participé à la richesse de la texture des X-Men ces dernières décennies.

Uncanny X-Men #14Uncanny X-Men #14 [Marvel Comics]
Scénario de Matthew Rosenberg
Dessins de Salvador Larroca
Parution aux USA le mercredi 20 mars 2019

Revenu d’entre les morts, Cyclops a fait un véritable bilan de sa vie antérieure et ne s’est guère trouvé à la hauteur. C’est ce choc, ce traumatisme, qui est désormais le moteur du personnage (il serait d’ailleurs intéressant de voir si Wolverine a lui aussi fait un bilan de conscience après sa mort et son retour). Depuis le début de l’arc, on a bien compris que la reprise en main des X-Men, leur salut non seulement physique mais spirituel, passe par le fait que leur leader historique retrouve le feu sacré. Mais il serait sans doute trompeur de penser qu’en gros il suffit de refaire de Cyclops un « gentil » pour que tout s’arrange. Ce n’est pas seulement Scott Summers qui s’est égaré mais aussi les séries X-Men, au moins un temps, quand elles ont commencé à ne plus parler QUE de mutants en spandex qui se battent, en oubliant les gens normaux. Un peu comme un Spider-Man qui oublierait d’être Parker et d’aller croiser des gens au travail. Or, dans la mythologie des X-Men, il y a des gens qui ont participés aux choses. Parfois vaguement, comme des figurants, mais quand même. C’est ainsi que l’usage renouvelé du bar de Harry trouve un sens au-delà du décor. Les derniers X-Men se sont réfugiés chez l’un de leurs potes humains. Et de manière plus évidente dans ce numéro, ils se tournent vers une humaine qui a participé à leurs aventures, même si les relations ont parfois été rocailleuses. On ne peut pas dire qu’elle symbolise le passant de la rue mais enfin sa présence montre que les X-Men ont fini de se regarder le nombril et se souviennent que les humains ne sont pas « simplement » des constructeurs de sentinelles. Ces mentions « humaines » sont mineures mais elles démontrent à quel point Cyclops a tourné le dos à l’intégrisme et au communautarisme pour revenir à quelque chose qui a un peu le parfum de l’ère Claremont dans les années 80. De manière plus évidente, les X-Men marquent aussi dans cet épisode une victoire encore plus positive puisque, sans se contenter de pourchasser leurs ennemis, ils font littéralement le bien et sauvent des innocents (encore qu’il ne faudrait pas que l’endroit établi devienne une sorte de nouvelle Genosha dans l’avenir). Rosenberg continue donc sa remise en ordre des X-Men en terminant là encore avec une ouverture sur le reste de l’univers Marvel. Si ce genre de caméo est déjà un peu plus attendue, elle permettra vraiment, dans l’épisode prochain, de voir comment Scott Summers se place par rapport aux autres super-héros Marvel. Reste aussi une question ouverte : s’il s’agit de faire le ménage alors que les jours des X-Men semblent comptés, pourquoi prendre des prisonniers aussi pervers que Dark Beast ? Que pensent-ils qu’ils vont devenir une fois les X-Men disparus ?

« To small victories… »

Le dessinateur Salvador Larroca continue de travailler dans la noirceur. Cela fonctionne plutôt bien lorsqu’il s’agit de poursuites dans un entrepôt, quand il faut se battre ou encore explorer les lugubres couloirs des Morlocks. Mais malheureusement tout est au même niveau, dans la même ambiance. Et quand les X-Men vont dans un autre pays pour remporter une victoire décisive (le genre de victoire qu’ils n’ont plus vu depuis des lustres), plutôt que de refléter au moins un peu d’optimisme le temps de quelques cases, tout reste à la même hauteur. Parfois on dirait du Szymon Kudranski sur Spawn. Et si ce n’est certes pas une insulte de ressembler au style de Kudranski, on attend sans doute autre chose d’un Larroca qui illustre un retour à la lumière des X-Men. Tout au moins on comprendrait qu’il soit parti très « noir » dans les premiers épisodes de l’arc (parce qu’il faut bien avouer que ce n’est pas Excalibur et qu’on ne rigole pas chez les X-Men, après plusieurs deuils) mais son travail devrait refléter les hauts et les bas de l’ambiance. Là, tout est un peu trop sur le même ton. On regrettera aussi (mais c’est un mal courant ces derniers temps) que la couverture mette la charrue avant les bœufs et nous « spoile » le retour dans l’équipe de deux X-Men qui, à peine entrevus dans l’épisode précédent, sont absents de ce numéro et encore loin, dans les faits, de revenir dans le groupe. Malgré ces réserves l’arc continue sur la force du scénario, avec des personnages qui ont la plupart du temps la « voix » qui convient.

[Xavier Fournier]