La famille Shazam est toujours égarée dans les Magiclands (et dans les retards de parution). De quoi perdre le fil dans une histoire qui n’est pas linéaire mais réserve cependant quelques scènes fortes. C’est bien dommage car les idées sont là mais la mise en place reste laborieuse.

Shazam! #7Shazam! #7 (DC Comics)
Scénario de Geoff Johns
Dessin de Dale Eaglesham & Scott Kolins
Parution aux USA le mercredi 25 septembre 2019

Ces derniers mois, la série Shazam! est devenue un objet de plaisanterie parmi les fans. Ce n’est pas seulement une ou deux fois que ce numéro a été décalé. Il était à l’origine prévu en mai dernier. Tout cela peut sembler extérieur au contenu de l’histoire. Il y a quelques précédents célèbres sur des retards de parution, comme en son temps Camelot 3000. Le problème c’est qu’un camelot 3000 restait une série linéaire. On prenait quelques mois d’attente de plus que prévu mais on savait qu’au bout du compte on avait les dessins de Brian Bolland qui nous attendait ma bonne dame (et « on n’avait qu’une orange à Noël », pour parfaire le côté ancien combattant). Le truc c’est qu’ici Geoff Johns a fait le pari de lancer une demi-douzaine de héros qui ne sont pas encore entièrement définis à travers des réalités elles-mêmes touffues, chargées en personnages secondaires. Et comme la pièce montée n’était visiblement pas assez chargée, le scénariste a décidé d’offrir à Billy et Mary une sorte d’aller-retour vers la Terre, qui vient encore plus casser le rythme… d’une série elle-même plantée par les délais. Si bien qu’on prend chaque nouveau numéro de Shazam en se disant « bon alors on en était où déjà ? », qu’il faut se remettre dans le bain de l’histoire. Bon, on peut prévoir le coup et relire l’épisode précédent avant de se lancer dans celui-ci. Mais quand bien même on perd le fil. Il y a des décrochages d’ambiance. Certaines scènes sont excellentes (celle avec les parents adoptifs de Billy par exemple) mais on ne peut s’empêcher de penser que Johns aurait été plus inspiré de traiter la vie civile des héros avant ou après les avoir envoyés dans les Magiclands, comme deux arcs différents. Là, les composants sont bons, pris séparément, mais balancés dans le désordre. Un peu comme si dans une soirée le DJ passait d’un moment de pogo à un slow et inversement sans faire attention. Il y a plein de choses sympas (en particulier la promesse de la dernière case est étonnante et inattendue) mais ça gigote dans tous les sens. La couverture (qui n’a rien à voir avec le contenu) est comme un témoignage du chaos ambiant.

« Do you realize what this means, honey? »

Parmi les « plus » du numéro, il y a le dessinateur Dale Eaglesham, qu’on devine être un responsable du délai de la série (puisque ce n’est pas lui qui termine l’épisode) mais qui ne bâcle certainement pas ses pages. La scène d’ouverture, avec ses références au Magicien d’Oz et à Alice au Pays des Merveilles a de la personnalité, tout comme le passage sur Terre est efficace ou le moment avec les tigres est plein de plans, de cadrages, qui ne sont pas courant avec les comics. En fait si tout le numéro était comme ça, on pourrait même se dire que la série se reprend. Et ce n’est pas pour s’en prendre à Scott Kolins, dessinateur fiable, qui termine l’épisode. Non, aucun des deux artistes n’est responsable du fait que l’autre a un style différent. Prises de manière autonome, leurs pages fonctionnent. Rassemblées dans un numéro, on a un décrochage d’ambiance qui vient encore alourdir la lecture. On n’imagine pas Doomsday Clock avec des pages de Gary Frank et puis tiens une fin de numéro par Kolins. Tout cela donne à Shazam! un air d’auberge espagnole. Les personnages sont sympathiques, oui, et les situations aussi (bien que l’intrigue avec Sivana peine à inspirer un réel sens de menace). Mais on espère vraiment que le titre va retrouver un fil directeur. Peut-être la prochaine fois… quand elle viendra.

[Xavier Fournier]