Rogue et Gambit sont de retour sur Terre. Et après la précipitation de leur mariage et de leur départ en lune de miel, ces deux-là décident de prendre le temps de se poser. Emménager dans un nouvel appartement et en profiter pour que la soirée de crémaillère serve à recevoir les proches qu’on n’a pas pu inviter faute de fiançailles. Mais quelques guests pas prévus vont s’inviter à la fête. Et il ne manquerait plus que certains cadeaux cachent un piège.

Mr. & Mrs. X #6Mr. & Mrs. X #6 [Marvel Comics]
Scénario de Kelly Thompson
Dessins de David Lopez
Parution aux USA le mercredi 12 décembre 2018

Mr. & Mrs. X est une série mutante qui ne fait pas de vague, dans laquelle ne se cache aucun « event » mais qui continue son chemin avec un ton détendu, en retrouvant une bonne partie de ce qui faisait de Rogue et Gambit des personnages ultrapopulaires des années 90 (il faut bien dire que, depuis, ils s’étaient un peu perdus dans la masse des X-Men). Même si le préambule de ce sixième épisode (une simple crémaillère) et le fait qu’il y ait un guest-artist (David Lopez, aussi talentueux soit-il) pourrait laisser penser à un épisode dispensable de « respiration » après une saga intersidérale, la série continue de prouver tout ce qu’elle peut apporter. Kelly Thompson a l’intelligence de comprendre que Rogue et Gambit sont des personnages (bien évidemment) mais aussi des « moments ». Ils sont bien meilleurs si on les consomme dans leur jus. A savoir une ambiance dérivée des années 90 en se gardant quand même un droit d’inventaire. Ce n’est pas tant le côté « cyborg/ninja » qu’il convient d’invoquer mais bien le côté trépidant de certaines grandes sagas de l’époque. On ne donne pas dans le « Dark n’Gritty » mais plutôt dans l’esprit qui habitait les aventures à Savage Land ou dans le Mojoworld. Le prix à payer pour ce côté enjoué, c’est aussi une certaine dose de non-sens (le type qui vient les prévenir d’une attaque mais perd d’abord du temps à sonner à la porte et à discuter le bout de gras, par exemple). Le tout dénué d’attaches trop contraignantes. La scénariste ne s’interdit pas de faire appel à des guest-stars (on l’a vu dans les épisodes précédents avec Deadpool, la Garde Imperiale ou même Cerise) mais elle reste focalisée sur l’essence des personnages. Ici, les X-Men sont de la partie mais même si vous ne suivez pas l’équipe mutante, même si vous êtes en retard d’un reboot semestriel de l’académie Xavier, des personnages comme Storm ou Beast sont fidèles à leur nature et donc aisément compréhensible. On en a un bon exemple plus tard, quand Rogue a une discussion avec une « ancienne relation » qui lui met littéralement la tête à l’envers. Le personnage correspond à son essence. Lui, comme Storm et les autres, échappent à la chronologie du moment, utilisent leur version indémodable. Et David Lopez, bien que pas toujours aidé par la colo, va aussi sur cet angle (il suffit de voir sa représentation « classique » de l’interlocuteur de Rogue. Le seul petit moment nous égare est une scène où apparaît Jean-Luc Lebeau, le père adoptif de Gambit et où, de manière surprenante, le père en question est un sosie de… Corsair (Christopher Summers).

« What are these crocodiles a metaphor for, anyway?! Sins of the past?! A doomed future?! Sexual frustration?! »

Kelly Thompson a raison d’éloigner les deux tourtereaux de l’académie en leur donnant un vrai appartement en ville, situation qui débouche sur une vraie vie de couple au quotidien. Cela ne veut pas dire qu’on voit Gambit et Rogue faire leurs courses ou balayer dans le salon. Mais il leur faut apprendre les règles du jeu social, jeu pour lequel un voleur international et une ex-fugueuse n’ont pas spécialement été éduqués. Ce portrait d’un couple qui doit apprendre à être un couple, à organiser une fête ou simplement raccompagner les gens à la porte, c’est quelque chose qu’on ne pouvait pas faire à l’académie mutante. Thompson dépeint un couple qui, à défaut d’être réaliste, y gagne en crédibilité et en émotion. Cette représentation décontractée du couple, c’est tout ce qui a manqué jusqu’ici, dans les décennies précédentes, à d’autres mariages célèbres de Marvel (et en particulier mutants) comme Cyclops/Phoenix, Storm/Black Panther… Sans se perdre dans des dédales intimistes, Mr. & Mrs. X est – en tout cas à ce stade – un titre fun, pas du tout « anxiogène » et pas non plus prétentieux, qui propose une alternative à ceux qui se perdent un peu dans les relances de la licence « X ».

[Xavier Fournier]