Pour le 80ème anniversaire de Marvel, l’éditeur a ressorti l’anthologie Marvel Comics Presents avec pour but déclarer d’observer l’univers Marvel dans un peu tous les endroits possibles et toutes les époques que les auteurs peuvent imaginer. Au menu de la semaine, Wolverine, Mister Fantastic et Gorilla Man explorent aussi bien le passé de la magie que celui de la science…

Marvel Comics Presents #2 [Marvel Comics]
Scénario de Charles Soule, Mark Waid, David & Maria Lapham
Dessins de Paulo Siqueira, Djibril Morissette-Phan, David Lapham
Parution aux USA le mercredi 27 février 2019

Véritable fil rouge de la revue, Wolverine retrouve Charles Soule pour une histoire qu’on pourrait croire empruntée à Hellboy : un démon a été réveillé dans les années 40 et la malédiction fait qu’il reviendra tous les dix ans. Ça tombe bien puisqu’avec son healing factor et sa manière de ne pas vieillir (ou si peux), Wolverine est le type parfait pour lui tenir tête (et de numéro en numéro nous ramener graduellement vers l’époque actuelle). Avec un méchant assez monolithique, Soule joue surtout sur les mots et sur l’idée de « vérité » dans le monde, d’affreux massacres étant passés sous silence. C’est donc surtout Paulo Siqueira qui apporte du tonus à l’ensemble, en canalisant un peu des accents graphiques à la Gil Kane pour ce qui est du démon. Siqueira donne de la force à une histoire qui serait un poil académique dans le cas contraire. Mais la tonalité très précise de cette incarnation de Marvel Comics Presents est ainsi respectée. Il s’agit de commenter l’Histoire telle qu’elle a progressé en parallèle des apparitions des héros Marvel et pour le coup Mark Waid et Djibril Morissette-Phan s’y emploient de manière encore plus directe en liant les réactions au lancement de Spoutnik et une sorte de préquelle des origines des Fantastic Four. Bien entendu c’est un exercice un peu à part (pour que l’histoire fonctionne il faudrait que Ben Grimm ou Reed Richards aient plus de 90 ans aujourd’hui) mais là aussi la modernité du trait de Djibril Morissette-Phan fait que ce qui pourrait n’être qu’un flashback trouve une certaine pêche.

« I’ve chased enough legends to know that they’re often a little light on facts. »

La tâche est plus compliquée pour David & Maria Lapham puisque leur épisode repose sur un personnage moins majeur, à savoir Gorilla-Man (quand bien même c’est un personnage secondaire dans le comic-book des Avengers ces temps-ci). Les Lapham connectent Ken Hale à la mythologie du Wakanda et le font passer à travers une sorte de rite de passage. On est en plein dans cette idée d’exploiter le passé et la géographie de l’univers Marvel, un peu dans la « raison d’être » de cette anthologique. Mais là, pour le coup, les Lapham vont un peu à la facilité. Faire du Gorilla-Man un mythe voisin de Black Panther (pour mieux lui faire rencontrer ses propres prédécesseurs) a quelque chose d’une uniformisation. D’une main les Lapham amènent plein de choses à Ken Hale mais de l’autre ces éléments sont déjà utilisés ailleurs, un peu de la même manière. Ce qui fait que le héros y perd un peu en singularité. Globalement ce zapping des héros Marvel est assez bien vu et permet de voir des choses et des ambiances assez différentes d’un segment à l’autre. Peut-être que le petit reproche que l’on puisse faire c’est le côté assez « léger » de l’opposition. Le démon affronté par Wolverine n’a guère de personnalité à ce stade, Doom n’est qu’aperçu dans le segment de Mister Fantastic et Gorilla-Man rend surtout visite à ses « ancêtres ». Revisiter l’histoire de l’univers Marvel, cela pourrait se faire aussi en regardant du côté de quelques bad guys qui ont un parcours riche…

[Xavier Fournier]