Devenu membre des Blackstars, Hal Jordan est en fait un agent double des Green Lanterns. En tout cas en théorie. Car au contact des autres Blackstars, Hal ressent toute la détermination et même une forme de noblesse chez ses nouveaux frères d’arme. Est-ce assez pour lui faire renoncer à l’anneau vert et même assassiner un ami terrien comme Adam Strange ? On se doute un peu de la réponse.

Green Lantern #6Green Lantern #6 [DC Comics]
Scénario de Rob Grant Morrison
Dessins de Liam Sharp
Parution aux USA le mercredi 3 avril 2019

La force et le problème d’Hal Jordan, c’est qu’il demeure « le plus grand des Green Lanterns », après avoir passé bien des épreuves et parfois même franchi la ligne en devenant Parallax et en massacrant une grande partie du Green Lantern Corps. Force et problème à la fois, car cela montre jusqu’où il peut aller mais aussi où il est déjà allé. Autant dire que passer deux épisodes dans les rangs des Blackstars, avec quelques dialogues militants de la part de ces nouvelles relations, c’est un peu mince pour installer un véritable dilemme moral (de ce côté-là, en se donnant du temps, la série Grayson y arrivait beaucoup mieux). Aussi quand Hal et Adam se lancent dans un duel et qu’un des deux personnages n’en sort pas vivant, on se doute de l’anguille sous roche et on progresse dans l’histoire sans véritablement se passionner pour le sort des héros. On sait. On se doute. Et même pire: on l’a déjà vu ailleurs, sous des formes proches. Maintenant, il faut bien voir que Grant Morrison est un auteur qui ne fait pas de « micro-management » de ses histoires. Un épisode, voire deux, c’est une « tranche » dans son run. On peut tenter de prendre certains épisodes isolés de son Batman ou de ses New X-Men sans réaliser, à la longue, quelle place ils occuperont dans un puzzle plus large. Morrison écrit son titre Green Lantern comme une histoire de flic. C’est un peu un héros à la « 24 », qui enquête sous couverture pour empêcher des terroristes de faire sauter une bombe. Sauf que celle-ci peut détruire l’univers. Pour l’instant, on reste éloigné de la spiritualité à laquelle Morrison nous avait habitué. Encore qu’avec la créature que Hal rencontre vers la fin, on se demande si l’auteur ne va pas partir dans quelque chose qui tient de son utilisation de Bat-Mite dans Batman R.I.P.

« Black is absolute. »

S’il faut chercher un intérêt immédiat dans l’épisode, sans préjuger des ambitions de Morrison sur le long terme, il faut plutôt se tourner vers un Liam Sharp énergique, qui lorgne aussi bien sur la science-fiction vintage (son Alanna pourrait aussi bien sortir de l’imagination de Frank Frazetta ou de Dave Stevens) que sur quelque chose de plus martial (le Controller Mu a quelque chose d’un personnage de Druillet). C’est cette détermination graphique qui habite des personnages tels que Mu ou Belzebeth et leur donne une certaine force malgré la situation assez attendue. C’est assurément Sharp le point d’intérêt de ce numéro…

[Xavier Fournier]