Elle est de retour ! America Vasquez, l’une des super-héroïnes les plus puissantes au monde, entourée de ses amis et collègues, selon les cas des dieux du tonnerre ou des super-héros patriotiques. Mais attendez… dans quel univers sommes-nous ? Joe Casey et Dustin Nguyen font un pied-de-nez magistral à Marvel en réutilisant l’une des créations du scénariste mais désormais libéré de toute contrainte. Serait-ce là un nouvel Invincible ?

All-America Comix #1All-America Comix #1 [Image Comics]
Scénario de Joe Casey
Dessin de Dustin Nguyen
Parution aux USA le mercredi 1er juillet 2020

Il y presque dix ans, dans la minisérie Vengeance, Joe Casey créait chez Marvel la super-héroïne (Miss) America Chavez. Il y a quelques années l’éditeur lançait l’héroïne dans une courte série qui n’a pas tenu ses promesses tandis que dans le même temps Casey annonçait, lui, préparer une série sur… America VASQUEZ, personnage apparemment similaire mais produit en « creator-owned » chez Image. La série de Marvel est venue et repartie dans l’indifférence générale et on n’avait pas vu la couleur d’America Vasquez, avec toutes les raisons de se dire que Marvel avait envoyé ses avocats bloquer la série d’Image. Quatre ans plus tard, Marvel est sur le point de relancer America Chavez dans une autre série… et voilà que Joe Casey réapparait avec son autre héroïne. Et on va le dire tout de suite, l’auteur ne se cache de rien et assume tout : dans la scène d’ouverture America VASQUEZ, sa nouvelle héroïne, se bat contre un double fantomatique d’elle-même, qu’elle renvoi finalement dans son univers d’origine. Et le tout est commenté par un monologue sous forme de post twitter, signé TheRealAmerica. « Je suis sûre qu’il y a quelque chose de symbolique là-dedans » cogite America Vasquez. Tu m’étonnes qu’il y ait quelque chose de symbolique. All-America Comix c’est ni plus ni moins que Joe Casey trouvant le moyen de continuer l’héroïne qu’il a créé (mais dont il n’a pas les droits) au nez et à la barbe de Marvel. « Seuls les noms ont été changés pour protéger les innocents » (comme disait l’autre) et encore à peine (il y a aussi un ancien collègue des Young Avengers qui se réincarne lui aussi sous un autre alias, tout comme une floppée d’Avengers à peine déguisés). Il y a un droit à la parodie qui existe aux USA (c’est ce qui nous a valu certains épisodes mémorables sur ce plan-là de l’Authority de Mark Millar et Frank Quitely ou encore le Squadron Supreme…) mais à ce point-là cela force l’admiration. C’est soit totalement inconscient soit incroyablement gonflé (et on penche pour la seconde solution). Surtout, en générant rapidement autant de « clones » tirés de l’univers Marvel, Casey récolte aussi sec des personnages dont il peut faire ce qu’il veut. A un certain niveau la texture de fond est similaire (dans la tonalité, pas dans la continuité) à l’Invincible de Robert Kirkman ou au Savage Dragon d’Erik Larsen. Du coup en un seul épisode America Vasquez fait preuve d’un punch qu’America CHAVEZ a totalement perdu ces dernières années (sans préjuger de sa nouvelle série sur le point de sortir).

« Back… where I came from…? B-But… it’s such a horrible place… »

Même sans ce côté méta-commentaire (l’autre America, le fantôme de Chavez, se lamente de venir d’un endroit horrible), America VASQUEZ a des valeurs propres, une personnalité bien taillée qui en fait, en quelque sorte, l’émule d’une Power Girl. Le dessin énergique de Dustin Nguyen n’y est certainement pas étranger. Ka-Boom ! Dit America en décochant un de ses super-punchs, avec le mouvement qui convient. Mais surtout avant la fin de ce première épisode l’héroïne traverse une expérience qui lui donne un sens, une mission. C’est peut-être le problème principal de son « reflet Marvel » : America Chavez est un personnage très sympathique et intéressant mais qui n’a pas réellement de raison d’agir/de fonctionner. A la manière de Millar et Quitely faisant, sans le dire, du Justice League avec Jupiter’s Legacy, All-America Comix est une manière de montre que l’on peut faire du « Marvel sans Marvel ». Mieux (ou pire, selon où l’on se place) la démonstration établie qu’en donnant du sens, de la gouaille, à un personnage « dérivé », c’est bien l’autre, quand bien même authentique, qui a la fadeur d’une imitation. Très curieux de voir jusqu’où Casey et Nguyen vont pousser la chose…

[Xavier Fournier]