Tom King lève le camp et quitte la série Batman après 85 numéros qui auront marqué le personnage et ses alliées. Tous, d’ailleurs, ne sont pas forcément là pour voir le chapitre final. Mais après en avoir fait autant baver à Bruce Wayne, King doit quand même au héros et au public certaines scènes un peu plus positivés, qui sonnent un peu comme la morale de l’histoire. Laissant quand même une question planer. Est-ce que le run de King valait les 85 numéros qu’on lui a consacré ? hé bien…

Batman #85Batman #85 (DC Comics)
Scénario de Tom King
Dessin de Mikel Janin et Hugo Petrus
Parution aux USA le mercredi 18 décembre 2019

Comme Brian Michael Bendis, Tom King ne rechigne pas utiliser les ellipses, les « flash forwards » et les « flashbacks » pour déstabiliser son public. C’est ainsi qu’il aborde ce 85ème et dernier numéro de son run de Batman (avant une maxi-série), en n’ayant pas fini de raconter le combat final qu’il en est déjà à célébrer une sorte de happy end, un Bruce Wayne détendu et réconcilié avec lui-même, qui trouve même le moyen de trinquer avec un de ses vieux adversaires. Mais de cette acrobatie scénaristique sort comme un sentiment d’escamotage. On est content que certains personnages retrouvent l’espoir et une certaine joie de vivre (et a ne vaut pas que pour Batman. On note aussi que certains sont carrément impactés par les évènements et ne seront même pas là pour voir la suite (encore qu’on demande à voir si ce sera permanent). Mais malgré une conclusion à tiroirs, on a l’impression de se voir privé d’une fin véritable. Après des dizaines d’épisodes d’un Batman au bord de la crise de nerf, le virage est un peu sec. L’alchimie avec Selina fonctionne parfaitement mais on en vient à se dire qu’on aurait aimé que King s’en tienne à son plan original, que son run forme une centaine d’épisodes d’affilée et que, dans ceux qui manquent (et qui vont sans doute constituer les épisodes de Batman/Catwoman) on aurait pu trouver la vraie reconstruction du héros. Alors vous nous direz que puisque la maxi-série arrive, on devrait au final avoir quelque chose de cet ordre-là, certes. Oui mais voilà, pour ce qui est de ce Batman #85, King est obligé de refermer l’arc énorme avec cette conclusion qui, du coup, donne le sentiment d’être expédié. Et là pour le coup, c’est dommage. Même si ce n’est pas vraiment le dernier chapitre du Batman de King, on aimerait une impression de finalité. Et elle n’est pas là.

« This isn’t about me. We’re supposed to talk about you. »

Pour ce qui est dessin, Mikel Janin et Hugo Petrus se relaient pour dessiner ce numéro épais. Et l’on sait que le côté « mélangeons des artistes différents dans un numéro important » peut se révéler un exercice périlleux. Pourtant, force est de constater que dans le cas présent on a une bonne doublette, un tandem équilibré qui sait alterner les scènes de causeries avec des moments plus tendus niveau action. Ils savent instaurer des ambiances sombres ou touchantes quand c’est nécessaire. On n’en reste pas moins frappé par le côté désorganisé du scénario, qui donne l’impression que l’auteur a déjà la tête ailleurs. Si on ne peut pas réellement dire que Tom King ait loupé sa sortie (elle n’est pas déshonorante, juste pas à la hauteur des attentes), il manque ce petit truc qui aurait pu réellement transformer l’essai. Il y a eu des moments forts dans ce run. Mais Batman #85, bien que pétri de bonnes intentions, n’en fait pas partie. Il y aussi la question de la fin d’un arc intitulé City of Bane alors que le dénommé Bane, finalement, joue un peu les figurants furtifs dans cet ultime épisode. Peut-être, cependant, que cela se sentira moins lors d’une lecture en fascicule.

[Xavier Fournier]