[FRENCH] Le deuxième épisode du feuilleton télévisé Walking Dead était diffusé hier aux USA. Après un premier chapitre intéressant, il s’agissait maintenant de voir si l’adaptation allait tenir le cap et ne pas se perdre dans un côté « soap ». Rien que le titre de cet épisode, Guts (soit « Tripes » en VF), annonçait déjà la couleur. Non, la série d’AMC ne vise décidément pas à frotter la ménagère de 50 ans dans le sens du poil…

Dès la scène d’ouverture, Walking Dead nous prouve à nouveau cette semaine que la série ne vise pas le cercle familial. Pas de petite fille zombie cette fois-ci mais l’ébauche d’une animalité chez le personnage joué par Sarah Wayne Callies qui brise un peu l’image de la mère-douleur. C’est aussi un signe que l’actrice est prête à aller au delà d’une imagerie de midinette pour servir au mieux le feuilleton. Dans la BD d’origine, bien sûr, ce genre d’élément était présent mais pas évoqué de manière si physique. Le feuilleton TV montre à nouveau qu’il joue sur un registre charnel différent de la BD. Ou plus exactement qu’en portant à l’écran les éléments de la BD ils prennent une résonance physique autre. C’est d’ailleurs sans doute un peu le fil rouge (très rouge) de ce deuxième épisode avec cette promesse de tripes. Certains, pour s’en tirer, vont devoir se salir (au sens littéral comme au figuré) et montrer ainsi à quel point ce qui était valable dans l’ancien monde ne l’est plus dans le nouveau…

Rick Grimes ayant cherché d’autres survivants, il a pris le chemin de la grande ville sans mesurer à quel point les zombies seraient plus nombreux en agglomération. Face à un véritable mur de morts-vivants, il a trouvé refuge dans un blindé et, enfin, trouvé le contact avec un autre groupe d’êtres humains. Par rapport au seul modèle qu’il avait croisé jusqu’ici (celui du bon père défendant son fils), le nouveau groupe est autrement plus instable et montre sans doute aux téléspectateurs à quel point la compagnie des vivants n’est pas forcément une meilleure chose que celle des zombies. Andrew Lincoln joue d’ailleurs très bien le glissement d’un Rick qui ne hait pas les zombies, respecte les dépouilles même quand les circonstances le pousse à les détruire… Mais dans le même temps n’hésite pas à sortir de ses gonds si un vivant fait obstacle. Tout cela donne un mélange bien connu des lecteurs du comic-book. Les incidents les plus anodins (par exemple ici la perte d’une clé) peuvent avoir des retombées insoupçonnées. Et les gens les plus conviviaux peuvent faire des choix qui, en quelques minutes, font d’eux des meurtriers (ou des pseudo-meurtriers mais la responsabilité reste la même).

« Guts » a beau avoir été diffusé sur AMC, c’est sans doute l’épisode le plus gore que j’ai vu dans un feuilleton télévisé. Personnellement j’ai adoré mais je ne suis pas certain qu’une frange de lecteurs du comic-book s’y retrouve forcément dans le sens où la série de Robert Kirkman et (actuellement) Charlie Adlard instaure forcément une certaine distance avec le réalisme photographique. On peut lire la BD sans forcément avoir la sensation de voir des litres d’hémoglobine se déverser. Et puis il y a aussi ceux qui râleront parce que l’assemblage de l’histoire n’est pas exactement le même que dans le comic-book. Personnellement ça m’a amusé (la production du show et la réalisation s’en tirent très bien en jouant sur le coté incongru de la chose) mais je ne suis pas sur que ce sera du gout de tout le monde de voir les choses si « matérialisées ». Je me demande aussi qui, en France, va diffuser le feuilleton… Faîte que ce ne soit pas TF1 ou une de ses chaînes filiales. On se souviendra de plans coupés dans Lost ou dans Heroes parce qu’un personnage avait un peu de sang sur le visage alors là, imaginez, des zombies éventrés… La censure ferait de ce feuilleton un véritable gruyère ! En attendant Walking Dead continue sa route comme une grosse cylindrée lancée sur une route déserte, laissant les autres séries du moment loin derrière.

[Xavier Fournier]