[FRENCH] Comme une bonne BD, la famille est un refuge, un cadre de stabilité dans une vaste succession d’événements assez aléatoires. Quand un auteur de comics pur-jus, héritier par l’élégance de son style de John Buscema, Gil Kane ou Neal Adams, décide de s’intéresser au destin d’un lignage de super-héros, on se dit que le programme ne peut qu’être enthousiasmant. Et c’est peu dire que les lecteurs de feu « Titans » (Ed. Semic) se souviennent de l’arrivée du « Clan Destine » sous nos latitudes ((# 207-213, 215). En l’espace de 8 épisodes seulement, Alan Davis, génial co-créateur – avec Chris Claremont – et dessinateur d’« Excalibur », était ainsi parvenu à donner vie et densité à une équipe de super-héros liée par le sang depuis 800 ans. Parues pour la première fois chez Marvel US entre octobre 1994 et septembre 1995, les aventures des Destines sont drôles, pétillantes, mais aussi sacrément héroïques. Un régal.

We’re a happy family

Tout démarre avec la découverte de leurs superpouvoirs par deux jumeaux insouciants. Persuadés d’être des mutants, capable de voler pour l’un, de lancer des décharges d’énergie pour l’autre, ils vont bientôt réaliser que la réalité est toute autre. Ils sont les derniers descendants d’une longue lignée de surhommes disséminée à travers le monde, dont tous les membres sont unis par un même père, l’immortel Adam Destine.

Longtemps protégé par un anonymat choisi, le secret de cette « famille » est aujourd’hui remis en cause par la mort successive de plusieurs frères et sœurs. Avant même le retour d’un patriarche resté longtemps absent, ces Destines devront se retrouver et dépasser leurs différends pour survivre… accepteront-ils aussi de jouer le jeu en devenant une équipe assumée ?

Le talent d’un grand auteur

Entre les fougueux adolescents Rory et Pandora, le misanthrope Dominic, le « Woody Allen-ien » Newton, le solide Walter et Kay, voleuse de corps professionnelle, pour n’en citer que quelques uns… tous les personnages de cette vaste réunion de famille se révèlent attachants en peu de mots. Le Clan Destine, cette fratrie unie autour d’Adam, s’impose en une seule vraie mission comme une équipe que l’on a envie de suivre, portée par des relations interpersonnelles truculentes. Ces héros, du reste, sont bien loin de l’archétype mégalo souvent imposé par le genre. Quel dommage que cette première série n’ait pas donné lieu à des péripéties mensuelles sur le long terme dans le marvelverse ! On serait tenté d’adresser un carton jaune aux éditeurs de l’époque !

Clairement segmenté en deux phases, le scénario donne lieu dans un premier temps à des retrouvailles parsemées de mystère, autour d’une menace commune. Puis, à mesure que ce danger initial se trouve surmonté, à mesure aussi que les origines d’Adam sont dévoilées, la focale est beaucoup plus mise sur le rapport de chaque personnage à sa nouvelle condition de super-équipier. De nombreuses questions restent cependant sans réponses, ce qui ne manque pas d’étonner, mais doit surtout être entendu comme la conséquence du départ prématuré d’Alan Davis au terme du huitième épisode.

Pour le dessin, c’est net et sans bavure, on se trouve juste en présence du top niveau, parmi ce que le monde du comic-book peut proposer de plus réjouissant. Le trait d’Alan Davis est léger, romantique, mais aussi précis. Chaque scène est orchestrée par un maître du dessin aérien et anatomiquement juste.

En revanche, on ne peut que déplorer la colorisation d’époque, trop pâle, sinon franchement délavée, et qui fait perdre en lisibilité et finesse à des planches pourtant très riches. Alors, certains pourront y trouver un charme supplémentaire, ce qu’on ne serait pas loin de penser non plus, mais on flirte parfois avec l’overdose de rose. Pour se convaincre des dégâts, il suffit de regarder la qualité supérieure de la couverture proposée, mise en couleur bien plus récemment lors de la publication en langue anglaise de cet album.

Un Clan condamné aux mini-séries ?

Avec autant de bons personnages restés en suspens, il semblait plus que normal qu’Alan Davis revienne un jour à cette étrange création. Après un cross-over qui permit aux Destines de croiser les protégés de Charles Xavier (1996), l’auteur anglais put récemment retrouver ses « petits » en 2008, le temps d’une mini-série en cinq épisodes qui fit intervenir à la fois Excalibur, équipe dont on sait qu’elle a compté pour Davis, ainsi que les très cosmiques Inhumains.

Pour les fans du Clan, qui attendaient peut-être une série « on-going », c’était déjà une excellente nouvelle. Outre la publication des épisodes « non-Davis » #9 à 12 du premier volume (signés notamment Bryan Hitch pour les crayonnés), absents de ce premier tome, on attend à présent la publication, au format TPB, de ces nouveaux épisodes en français. L’étagère en frétille d’avance !

[Nicolas Lambret]

« ClanDestine – Réunion de Famille », par Alan Davis (scénario et dessin), Panini Comics, Coll. Best Of Marvel, août 2009, 190 p.