Billy Batson et ses frères et sœurs se sont dispersés dans différents royaumes de la Magie. Et certains n’arrivent plus à accéder au pouvoir de Shazam, alors qu’on leur réserve des sorts funestes. Mais un tigre bien connu des fans de cette mythologie est en train d’entrer le jeu. Tout comme un certain Black Adam. Si Geoff Johns en profite pour nous montrer un peu plus les personnalités de Pedro et Eugene, l’histoire se révèle sans doute un peu trop sinueuse.

Shazam! #5Shazam! #5 [DC Comics]
Scénario de Geoff Johns
Dessin de Marco Santucci, Dale Eaglesham, Scott Kolins et Max Raynor
Parution aux USA le mercredi 8 mai 2019

Un peu à l’image de ce qui se passe dans X-Force, Geoff Johns a choisi de séparer les membres de la Shazam Family pour mieux les éloigner de Billy et les mettre sous le spotlight. C’est tout juste si, depuis leur introduction et leur transformation, Eugene et Pedro ont connu un dialogue cohérent. Johns éloigne donc tout ce petit monde et, tandis que Billy et Mary restent piégés dans le royaume des enfants, on a donc droit à des problématiques nouvelles dans deux autres mondes. A l’évidence, Gamelands doit beaucoup à la fois à Tron et à Ready Player One, sans grande valeur ajoutée à ce stade (on peut se demander comment, vu que les Royaumes sont coupés du monde normal, l’un d’entre eux peut autant être basé sur les jeux vidéo). Le seul intérêt est de mieux définir Eugene et Pedro, respectivement le petit nerveux et le lent à la détente de la bande (Pedro a quelque chose du Lead des Metal Men, tel que réinventé par le même scénariste). Le coup de projo sur ces deux-là est bienvenu, mais on reste dans de l’archétype à ce stade. Pour les deux derniers héros, Freddy et Darla, la situation est toute autre car l’histoire semble plus s’intéresser au monde des animaux qu’aux deux héros humains qui y séjournent. En fait, on sent Geoff Johns plus intéressé par la mise en place de Mister Tawky Tawny. La chose curieuse car le scénariste a l’air d’avoir déjà zappé qu’il a déjà mis en place par deux fois (d’abord dans Flashpoint puis dans les « New52 » une autre version moderne du tigre, plus proche du Tigre de Combat des Maîtres de l’Univers. Rajoutez à cela qu’il y a au moins autant de royaumes magiques que l’on n’a pas encore vu (dont celui des Monstres) et on l’impression que l’exploration de ces contrées va occuper encore des mois. Si la volonté de muscler un peu le monde de Shazam est totalement louable, la méthode laisse à désirer car on a l’impression que parfois c’est servi à la fois un peu à la louche et sans subtilité. Autant les Funlands peuvent passer pour une réalité viable sur le long terme, que les héros pourraient revisiter à nouveau, autant les Gamelands tiennent du cliché, tandis que le verdict est encore réservé pour les Wildlands. Quelque part, il n’y a pas que les personnages qui s’égarent dans ces mondes. L’histoire aussi, sans être particulièrement mauvaise, s’enlise et on perd le fil…

« I forgot we had a responsibility »

Pas moins de quatre artistes se partagent le dessin des pages intérieures (même si, bizarrement, ils ne sont que deux à être crédités sur la couverture) et cela ne fait certainement rien pour que la série trouve un ton stable. Certes, l’équipe créative peut jouer sur les différences de royaumes, confier telle page à tel artiste selon le monde dans lequel cela se passe. Mais il n’en demeure pas moins une impression de fébrilité. On n’est pas dans l’équivalent de quelque chose comme Multiversity, où les différentes entre les mondes étaient bien gérées. On sent bien qu’il y a là dessous des questions de délais. Même pris de manière indépendante, chaque segment ne semble pas aussi bien réalisé que ce à quoi les artistes nous ont habitués sur d’autres projets. On est assez loin de la maîtrise de Gary Frank lors de l’origine moderne de Shazam dans les pages de Justice League. Et c’est bien dommage car, s’ajoutant aux problèmes de rythme déjà notés sur le scénario, la série Shazam! nous donne l’impression ne pas vivre pleinement son potentiel. Il y aurait matière, pourtant. Et trouver un dessinateur régulier serait déjà un bon début pour remonter la pente.

[Xavier Fournier]