Avec Wonder Man, Marvel Studios prend un virage inattendu en s’éloignant des récits épiques et cosmiques pour proposer une série profondément ancrée dans une réalité bien plus terre-à-terre : celle d’Hollywood. Un contre-pied qui tient plus du « buddy movie » que d’une aventure de super-héros. Ça passe ou ça casse !
L’histoire suit Simon Williams (Yahya Abdul-Mateen II), acteur en devenir, balloté entre auditions humiliantes, rôles alimentaires et une industrie plus préoccupée par l’image que par le talent. Sa vie bascule lorsqu’il croise la route de Trevor Slattery (Ben Kingsley), l’ancien « faux mandarin » qui cherche également à revenir sur le devant de la scène hollywoodienne. Mais Simon cache un lourd secret et va devoir écouter son nouveau mentor pour obtenir le rôle de sa vie : le rôle principal dans le remake de Wonder Man.
Là où Wonder Man se distingue, c’est dans son refus de faire de l’origine story et l’émergence de capacités extraordinaires. Simon tente de concilier son ego d’acteur, ses idéaux naïfs et un monde du spectacle cynique. Plus qu’un récit de super-héros, la série se présente comme une chronique ironique de l’ascension (ou de la chute) d’un homme en quête de reconnaissance. Le casting est sans conteste l’un des grands points forts de la série. Yahya Abdul-Mateen II, incarnant Simon Williams, livre une performance nuancée, oscillant constamment entre autodérision, vulnérabilité et ambition dévorante. Il parvient à rendre crédible un personnage parfois détestable, souvent touchant, et toujours humain. Son jeu repose sur une grande finesse émotionnelle, notamment dans les scènes où le vernis du sarcasme laisse place au doute et à la peur de l’échec. L’acteur n’est pas étranger à l’univers des super-héros car on avait pu apprécier sa prestation dans la série Watchmen sur HBO et son rôle de Black Manta dans les deux films Aquaman.
Face à lui, le second personnage principal, Trevor Slattery est un véritable contrepoint moral et narratif. Son interprète Ben Kingsley brille par son intensité et son charisme, tout en reprenant le ton décalé de son personnage d’acteur shakespearien à la ramasse, vu dans Iron Man 3 et Shang-Chi. Leur dynamique est au cœur de la série : l’un représente le fantasme hollywoodien, l’autre la lucidité, voire le désenchantement. Les “extraordinaires” de ces deux personnages ne résident pas seulement dans leurs pouvoirs ou leurs fonctions dans le récit, mais dans leur écriture et l’alchimie évidente entre les interprètes. Chaque échange devient un terrain de jeu subtil où se mêlent humour, tension et critique sociale.
Avec Wonder Man, Marvel prend un risque réel en adoptant un ton résolument décalé, parfois absurde, souvent satirique. La série déconstruit les codes du genre super-héroïque en les confrontant à ceux de l’industrie du divertissement. Ici, les super-héros ne sont pas des symboles mythologiques, mais des produits, des marques, voire des opportunités marketing. Cette approche peut dérouter les fans habitués aux grandes sagas interconnectées du MCU. Pourtant, c’est précisément cette liberté de ton qui fait la force de la série. Wonder Man s’impose comme une exploration satirique du milieu hollywoodien, dénonçant ses hypocrisies, son obsession de la réussite et sa capacité à broyer les individus. Marvel y observe son propre reflet, non sans une certaine auto-critique bienvenue. Les super-pouvoirs sont peu présent et pour une raison qui est bien expliqué dans un épisode flashback… proche d’une triste réalité. Nous avons eu la chance de découvrir le mois dernier, une scène délirante avec l’acteur Josh Gad dans son propre rôle, se moquant de lui-même et de sa célébrité, nous a fait mourir de rire. Ce n’est qu’au second visionnage, il y a quelques jours, que cette scène nous a rappelé les tragiques événements du réveillon. À voir comment Marvel Studios va traiter cet événement dans la version finale.
Avec Wonder Man, Destin Daniel Cretton, le showrunner, confirme sa place singulière au sein de l’écurie Marvel Studios. Déjà remarqué pour sa mise en scène sensible et spectaculaire de Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings, le réalisateur poursuit son exploration d’un MCU plus humain, plus décalé et moins prisonnier des schémas classiques du genre. Son approche, toujours centrée sur les personnages et leurs failles, trouve dans Wonder Man un terrain de jeu idéal, à la croisée de la satire hollywoodienne et du récit de super-héros. Ce n’est donc pas un hasard si Cretton choisit de ramener Trevor Slattery dans la série, personnage qu’il avait ramené dans Shang-Chi, pour le plus grand plaisir (ou le plus grand désarroi aux choix) des spectateurs. Slattery incarne parfaitement ce regard ironique sur la fabrication des mythes et des faux-semblants. En le réintégrant à Wonder Man, Cretton prolonge les thèmes qu’il affectionne : la performance, l’illusion et la frontière floue entre identité réelle et rôle joué. Ce projet s’inscrit d’ailleurs dans une trajectoire ambitieuse pour le cinéaste, qui vient de boucler le tournage de Spider-Man : Brand New Day. Un film très attendu, qui laisse présager une nouvelle évolution du personnage de Peter Parker sous un prisme plus intime et renouvelé. Entre Wonder Man et ce futur Spider-Man, Destin Daniel Cretton apparaît plus que jamais comme l’un des auteurs capables d’insuffler au MCU une vraie personnalité et une audace narrative bienvenue… même s’il avait échoué à développer Avengers: Kang Dynasty.
Enfin, Wonder Man se démarque par son accessibilité. Peu reliée aux événements majeurs du MCU, la série peut être regardée indépendamment, sans connaissances préalables approfondies. Le personnage le plus ancré dans le MCU est Trevor Slattery. Son histoire nous est expliqué et on sait comment et pourquoi il est devenu le Mandarin (même si son arrivée dans le monde de Shang-Chi est peu expliqué). On croise d’autres visages connus du MCU comme l’agent Cleary, aperçu dans Spider-Man : No Way Home. Étrangement, on y retrouve aussi l’acteur Zlatko Buric (dans un rôle de réalisateur déluré) qu’on a eu l’occasion de voir cet été dans Superman de James Gunn. Attention, à ne pas confondre les univers ! Cette autonomie narrative est un véritable atout, permettant à un public plus large d’entrer dans l’univers sans se sentir exclu par des références obscures ou une continuité trop lourde.
C’est une série à voir, non seulement pour son originalité, mais aussi pour sa capacité à surprendre. Wonder Man prouve que Marvel peut encore se réinventer, proposer des récits plus intimistes, plus ironiques, et parfois plus intelligents. Pas besoin d’être un fan hardcore pour apprécier le spectacle : il suffit d’aimer les histoires bien écrites, les personnages complexes et les regards critiques sur une industrie qui fascine autant qu’elle dérange. À binger d’un seul coup grâce aux 8 épisodes disponibles dès le 27 janvier 2026 !
[Pierre Bisson]
Wonder Man – Une série de 8 épisodes développée par Destin Daniel Cretton pour Marvel Studios. Disponible le 27 janvier 2026 sur Disney + – Avec Yahya Abdul-Mateen II, Ben Kingsley, Zlatko Buric, Demetrius Grosse, Arian Moayed et Josh Gad.
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