Les Agents of S.H.I.E.L.D. reprennent du service mais pour une quatrième saison qui se distingue d’emblée par deux caractéristiques : un changement d’horaire qui détermine des choix artistiques légèrement plus sombres et la présence, l’omniprésence, même du Ghost Rider dès les premières minutes

Petit préambule personnel : les Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D., cela faisait un bail que j’avais laissé tomber, peu intéressé par les états d’âmes de Daisy Johnson (Chloe Bennet) liés à ses parents et le temps passé à traquer des Inhumans ou, plus largement, des enquêtes simplistes justifiant à peine le « freak of the week ». La curiosité, cette fois-ci, vient du fait de vouloir voir ce qu’ils font du Ghost Rider, véritable « sous-titre » de la quatrième saison. Et de ce côté-là, on est bien mieux servi que pour les intrigues passées de la série. Pas de demi-douzaines d’épisodes à traquer un nom ou une silhouette vue de loin, dès les premières secondes le Ghost Rider est là, la production cherchant visiblement à ramener des téléspectateurs au bercail via l’effet de curiosité. D’ailleurs globalement c’est assez bien pensé et même si, comme moi, on avait perdu la série TV de vue depuis longtemps, ce premier épisode est assez « friendly », ce qu’il y a à expliquer l’est assez rapidement et on vise à l’efficace.

Agents of S.H.I.E.L.D. S04E01

« It’s vengeance, chica ! »

En clair, le groupe dirigé autrefois par Coulson a volé en éclats, absorbé par un S.H.I.E.L.D. plus large qui a redistribué des rôles aux héros dans des services différents. Daisy/Quake, elle, a pris la poudre d’escampette et est passée en mode « vigilante » (allez savoir pourquoi, cette décision s’accompagne de l’idée de se mettre presque autant de maquillage que The Crow pour faire plus goth). Elle fait donc usage de ses pouvoirs dans les rues, ce qui n’est plus spécialement très bien vu par les autorités (et donc par le S.H.I.E.L.D. lui-même) depuis les événements de Captain America: Civil War. Les ordres de ses anciens amis sont même de lui tirer dessus à vue, donnant lieu au cliché connu « il faut que nous la pourchassions pour son bien car si ce sont les autres qui l’attrapent, ce sera pire ». L’avantage étant que ce cliché est éclipsé par une autre quête. Dès le pré-générique, Daisy a un aperçu du Ghost Rider et décide d’en apprendre plus à son sujet (tandis que les apparences jouent contre elle et que ses anciens alliés pensent qu’elle est l’auteur des meurtres commis par le Ghost Rider). Et ses recherches progressent vite. Le spectateur n’a pas besoin d’attendre des semaines pour découvrir la cachette du conducteur fantôme ou un éventail de ses pouvoirs.

Agents of S.H.I.E.L.D. S04E01« If you don’t tell me, you’ll have to tell HIM »

L’acteur Gabriel Luna incarne bien Robbie Reyes (et par extension le Ghost Rider, même si cette personnalité passe plus par le biais des effets spéciaux). On échappe ainsi à la binarité classique « je suis très gentil mais mon alter égo est vraiment très méchant ». Plusieurs scènes nous montrent que Reyes, même sous son aspect humain, n’est pas un ange et qu’il vaut mieux ne pas le chercher, même si son double est encore plus énervé. A ce stade, le personnage est tellement mis en évidence qu’il éclipse la majeure partie du casting habituel de la série et que l’on a d’emblée l’impression de regarder une mise-en-place pour un futur spin-off. Encore qu’il faille voir dans les semaines à venir si, passé l’effet de la découverte, le personnage sait rester attractif. Globalement la production a visiblement décidé de viser une tonalité plus sombre, généralement plus nocturne (ne serait-ce que pour mettre en évidence les effets pyrotechniques où la vraie/fausse arche d’alliance échappée d’Indiana Jones). On en n’est pas, cependant, dans une approche à la Netflix, qui reste un peu le Marvel Knights des séries TV de Marvel. Non pas que ce soit obligatoire non plus, mais à ce stade, les Agents of S.H.I.E.L.D. se cherchent encore, tout le jeu étant de viser un public différent, qui ne regarde pas la TV sur le même créneau horaire que les trois saisons précédentes. Et en même temps il parait difficile de couper les ponts avec certains fondamentaux.

« The Director broke up the band ! »

Typiquement, la représentation des combats parait plus nerveuse qu’auparavant. C’est en particulier évident au moment d’une scène d’entraînement de Melinda May (Ming-Na Wen). Et on rehausse la notion de superpouvoirs, entre une Quake plus versatile et un Coulson (Clark Gregg) qui trouve de nouveaux usages à sa prothèse. Un véritable petit Iron Man de substitution (même si au passage les capacités surhumaines qu’il semblait avoir depuis la saison 1, du fait de sa résurrection, semblent avoir disparues). Tout cela semble aller dans le sens d’un regain d’efforts pour attirer le public. Mais dans le même temps il y aussi le sentiment d’une redite. L’idée des agents absorbés dans un S.H.I.E.L.D. plus grand, trop bureaucrate et dans lequel ils ne se reconnaissent pas ressemble beaucoup au moment où la bande à Coulson avait été réintégrée dans le S.H.I.E.L.D version Robert Gonzales (Edward James Olmos) vers la fin de la saison 2, avec le même jeu entre ceux qui collaborent au nouveau régime et ceux qui grincent des dents, avant que les premiers ne révèlent que bon, ils font semblants mais qu’en fait ils sont toujours amis. Sur ce plan, c’est du déjà-vu. Un sentiment qui, peut-être, s’estompera quand nous aurons réellement vu le nouveau Directeur à l’œuvre. D’autres pistes, comme l’utilisation centrale de quelque chose qui ressemble vraiment à un LMD, pourrait aussi être un tremplin pour relancer la chose dans une autre direction, encore que ce genre de « doubles » peut-être casse-gueule à la longue.

Agents of S.H.I.E.L.D. S04E01

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. S04E01 est un bon redémarrage (sans jeu de mots), qui permet de se glisser dans la série même si on n’avait plus pris de nouvelles depuis des années ou si l’on y est revenu seulement pour voir ce que donne le nouveau Ghost Rider, qui joue aussi la même fonction que le Punisher dans la saison 2 de Daredevil. Par contre la série n’a pas fini de faire le ménage dans certains de ses aspects les plus nunuches et dans des figures de style qu’elle répète depuis quatre saisons maintenant sans forcément apporter de valeur ajoutée. Au bout du compte on a l’impression que les Agents du S.H.I.E.L.D. passent l’essentiel de leur temps à se méfier les uns des autres et à s’auto-pourchasser. Ce serait bien, maintenant, de construire dans une autre direction.

[Xavier Fournier]