spectacularspider1small.jpg[FRENCH] Avec Spectacular Spider-Man #1, l’Homme-Araignée entrait dans le club alors très fermé des super-héros pouvant mener quatre titres de front. A l’époque, il n’y avait guère que Superman ou Batman. Et pour lancer le tout, Spidey affrontait son double maléfique: Tarentula, qui était un peu aux années 70 ce que Venom fut aux 90’s dans l’univers de Spider-Man…

On considèrere souvent Spectacular Spider-Man comme la deuxième série consacrée au Tisseur-de-Toile. Et elle l’est, en un sens. Mais oublier un peu vite qu’à l’époque en plus du titre « historique » (Amazing Spider-Man) on retrouvait par ailleurs Spidey dans Marvel Team-Up (la série où Peter Parker faisait équipe à chaque fois avec un héros différent). Et il y avait en prime Marvel Tales, la série qui réimprimait les premiers numéros d’Amazing pour la génération de lecteurs qui aurait pris le train en marche. Ca n’a l’air de rien mais à cette époque les titres de reprints avaient une toute autre vocation que dans les années récentes.

spectacularspider1big.jpgIl n’y avait pratiquement pas de marché pour les recueils. Les TPB se limitait à quelques deals de DC et Marvel avec des éditeurs littéraires qui se bornaient à réimprimer les quatre ou cinq épisodes classiques des héros les plus emblématiques. Les comics étant alors diffusés seulement en kiosque, il n’y avait pas (ou pratiquement pas) de comic shops proposant des numéros anciens. Et en 1976, vous ne pouviez pas surfer sur le web dans l’espérance de trouver votre bonheur sur un site d’enchères.

Aux USA, seuls les plus endurcis arrivaient à se procurer de rares fanzines et parcouraient les listes d’échanges publiées par d’autres fans. Tout ça pour dire que Marvel Tales n’était pas la cinquième roue du carrosse. En tout cas pas autant qu’on peut le penser aujourd’hui d’une serie de « reprints ». N’empêche, Spectacular Spider-Man #1 restait un événement. C’était la première fois qu’un personnage Marvel se retrouvait avec deux mensuels en « solo ». Mais quatre séries simultanées, ça fait cher (s’ils avaient su, les pauvres lecteurs de 1976, ce qui les attendaient dans les années suivantes, avec l’expansion délirante du meanstream, ils seraient sans doute tombé dans les pommes).

C’est loin d’être aussi terrible qu’une vingtaine de titre X-Men ou une dizaine d’Avengers paraissant dans un seul mois mais quand même, Marvel semble avoir un peu peur de la réaction de certains. Dans les pages rédactionnelles (en face d’une publicité animée par un O.J. Simpson pas encore veuf), l’éditeur (et scénariste du numéro) Gerry Conway tente de faire avaler la pilule en expliquant que Marvel Team-Up et Marvel Tales ne comptent pas vraiment en un sens. Il ne va pas jusqu’à dire qu’il ne faut pas les acheter mais il les range dans la même catégorie que quand Captain America apparait dans les Vengeurs ou quand Hulk fait de même au sein des Défenseurs. Ce ne sont pas des séries « solo » stricto senso. Il explique qu’il y a tellement de possibilités dans la vie de Spider-Man qu’un seul titre ne suffisait plus.

On notera que la couverture de Spectacular #1 est assez représentative de la manière dont Marvel (comme DC d’ailleurs) représentait les manifs estudiantines à cette époque. Les grèves universitaires étaient le plus souvent vues comme des éruptions de colère sans grand sens, avec des protestataires qui eux-même sont incapables de se mettre d’accord sur l’objet du débat. Sur cette couverture typique donc nous avons des manifestants portant des pancartes « unite! » (« unis! ») et « fight! » (« combat! ») côte à côte. Ils auraient aussi bien pu écrire « pour » et « contre »… Mais le plus comique dans cette couverture, c’est l’expression horrifiée de Mary-Jane Watson. Regardez bien et suivez son regard: ce qu’elle regarde en criant c’est… le ventre du héros !

Amazing et Spectacular (dessiné par Sal Buscema) se partageront deux facettes de la vie du héros. Celle qui nous intéresse aujourd’hui sera plus axée sur sa « vie civile », c’est à dire sur les événements qui se passent dans le campus que fréquente Peter Parker. Au passage sur la première page, on découvre un de ces non-sens qui émaillent régulièrement les vieux épisodes. Pour bien nous montrer que la série sera axé vers le campus, l’action s’ouvre sur le discours d’un vice-président de l’université. Spider-Man est là, accroché au mur opposé, en train de prendre des photos pour le Daily Bugle. Où est le non-sens ? Et bien il faudra m’expliquer pourquoi Parker ressent le besoin de se déguiser en Spider-Man pour monter sur le mur d’en face (qui est loin de la tribune) alors qu’étant étudiant, il aurait pu se glisser dans la foule clairsemée qui se trouve devant le vice-président. Qui plus est, autant je veux bien que J. Jonah Jameson ne soit pas trop regardant sur la qualité des clichés quand il s’agit de vues montrant des personnages costumés en plein combat, autant j’ai de la peine à admettre que le Bugle soit prêt à payer pour une vue « en plongée » et lointaine d’un discours officiel. Quand au besoin de de déguiser en Spider-Man, on peut quand même penser qu’il se fera paradoxalement plus repérer que s’il avait photographié en tant que « simple » Parker…

Mais sans doute le spider-sens de notre héros était-il à l’oeuvre, lui soufflant à l’oreille qu’il aurait besoin de sa spider-tenue ce jour-là. Car le vice-président de l’université est rapidement attaqué par Tarantula, ennemi régulier de Spider-Man. Là, une petite disgression s’impose sur le rôle et le charisme de Tarantula à l’époque. Tarantula, c’était un peu « l’ennemi-contraire » de Spidey, de la même manière que Flash a le Reverse-Flash, que Captain Marvel (Shazam) a Black Adam et ainsi de site. La tenue de Tarantula renvoit un peu à celle de Spider-Man. Non seulement tous les deux ont une araignée comme « totem » mais en plus c’est un peu comme si leur code couleur avait été inversé.

Tarantula a une cagoule bleu et un costume à dominante rouge. Bien sûr, Tarantula n’a pas la force brute de Venom ni même celle de Spider-Man mais sa valeur ajoutée est qu’il est un assassin et n’a pas de code moral. Seulement il faut bien voir qu’il n’a jamais été pris au sérieux par les scénaristes. Tarantula, c’est une sorte de Wolverine/Venom a qui on aurait collé… la personnalité de Batroc. L’accent sud-américain se substitue à celui, français, de Batroc, mais sinon c’est le même type de personnage bondissant partout sans arriver à faire grand-chose. Encore que là l’exemple est mal choisi puisque dans cette première escarmouche il arrive à mettre KO Spider-Man au point de lui casser une côte. Spidey est à terre, Tarantula a l’avantage… et il s’enfuit en grand seigneur plutôt que d’achever sa proie car, dit-il, il préfère le laisser vivre de manière à ce qu’ils puissent encore combattre. Ce qui mine de rien souligne le fait que Tarantula, plus ou moins consciemment, exclue toute chance d’en finir une fois pour toute avec Spider-Man. Il ne le battra jamais vraiment parce que lorsqu’il a le dessus (comme ici), il s’enfuit. La journée est à son comble quand Spider-Man se traîne jusqu’à l’endroit où il avait laissé son appareil photo… qui est tombé et s’est cassé. Dammed, Spidey ne vendra pas ses photos au Bugle…

Sa malchance ne dure qu’un temps car après s’être fait soigné par sa voisine Glory Grant et avoir croisé le chemin de Mary-Jane, Peter croise dans la rue la limousine qui a permis à Tarantula de s’enfuir. Là encore on fera un effort d’imagination en mettant sur le compte du sens d’araignée le fait que Peter, en voyant une voiture de série, sâche automatiquement que c’est la même mais bon… Cette fois Tarantula est sur la piste du maire, qu’il compte tuer. Spider-Man le suit, l’affronte et cette fois-ci a le dessus. Alors que Spidey, Tarantula et le maire viennent de passer à travers une fenêtre, le criminel trouve le moyen d’échapper à la chute en plantant ses pointes empoisonnées dans le mur, de façon perpendiculaire (un exploit, quand même, car l’inertie de la chute devrait normalement continuer de l’entraîner vers le bas). Spider-Man et le maire sonf saufs (certains que Tarantula reviendra) et ainsi s’achève le premier numéro d’une série qui allait durer jusque dans les années 90…

[Xavier Fournier]