Reed (Stephen Moyer) et Polaris (Emma Dumont) enfin libérés, les Strucker se retrouvent réunis prêts à reprendre leur fuite. D’autant que l’ex-procureur qui jugeait des mutants n’est pas franchement le bienvenu dans l’Underground. The Gifted tient ses promesses pour ce qui est de montrer des êtres à superpouvoirs qui n’ont pas peur de les utiliser. Mais le danger qui plane sur la série est plutôt une « formule » un peu trop présente et un grand nombre de personnages qu’on ne se donne pas la peine de présenter au public.

Fight the power !

Jace poursuit sans relâche les mutants (et ceux qui les protègent) depuis le début de la série. Avec ce cinquième épisode, les scénaristes décident de nous montrer le pourquoi/comment de cette haine. A savoir que les mutants sont à l’origine d’une catastrophe familiale le concernant. On pourrait dire que cela ressemble à l’origine du Punisher avec des mutants à la place des gangsters. C’est basique mais efficace, d’autant que si l’on retombe sur un cas classique du type qui en veut à toute une communauté pour les actions d’un seul (un mutant isolé qu’il aurait été intéressant d’identifier comme Magneto, mais ce n’est pas le cas), l’épisode lui donnera une raison plus directe d’en vouloir au Mutant Underground. De fait, ce qui cloche avec Gifted, ce n’est pas qu’on nous explique qui il est… mais bien qu’on n’ait pas pensé à le faire avec d’autres personnages en théorie plus marquant. Si les Strucker, Eclipse et Lorna tiennent le haut du pavé, suivis de près par Thunderbird, le reste des mutants apparaît à l’écran sans qu’on prenne la peine d’expliquer grand-chose à leur sujet. La description des capacités de Sage se limitent à trois phrases dispersées sur cinq épisodes. On se demande ce que le public peut en comprendre… Même chose pour Shatter (Jermaine Rivers), peut-être le mutant le plus visuellement marquant de la série… mais réduit à un rôle de figurant. Et si d’autres sont mieux servis, on parle plus de leur pouvoir que de leur personnalité. Ce qui est finalement ici la lacune, les enjeux ne sont pas assez personnels.

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Tout un monde d’évasion

Depuis le début de la série, les Strucker et la bande de mutants ont rarement pu compter tous leurs membres dans une seule pièce, ce qui a fait que les quatre premiers épisodes étaient surtout un jeu de cache-cache permanent, à base « oh, untel est en difficulté, lançons-nous dans une quête pour le sauver », ce qui marche d’autant plus facilement une fois que vous avez une « téléporteurse » dans l’équipe. On pouvait penser que les quatre premiers épisodes formaient une sorte d’origin story, justifiant la présence des Strucker chez les mutants mais ce cinquième épisode entretient la même recette. A savoir que tout le monde n’est pas encore rentré au bercail et qu’il faut donc aller sauver Lorna et Eclipse, tous les deux poursuivis par Sentinel Services. La série est efficace car les pouvoirs ont été généralement bien pensés/choisis. Il suffit d’un effet de palette graphique (vert pour Lorna, rose pour Dreamer, texturé pour Lauren) pour que cela passe à l’écran sans exploser le budget des effets. Ceux qui regardent le show pour y voir des super-héros sont sans doute moins « floués » qu’en regardant Agents of S.H.I.E.L.D. Pas de spandex au programme mais des personnages qui font usage de leur puissance parfois de manière intéressante. De ce côté-là les auteurs s’intéressent particulièrement à Lorna, en trouvant beaucoup d’applications à son pouvoir (par exemple l’utilisation d’un bout de prothèse la semaine dernière et le rétroviseur cette fois). Même si Emma Dumont emmène le personnage dans un registre un peu gothique, différent de ce qu’on connait dans les comics, à certains égards le scénario reste proche de la base. Polaris fait partie des héros mais on voit bien, régulièrement (encore que si la maquilleuse pouvait calmer un peu sur le fard blanc qui lui donne des airs de Fille du Joker). Même un type comme Eclipse n’est pas trop tranquille quand il la voit prendre trop d’initiatives. Eclipse, justement, on a pu voir la semaine dernière son propre côté borderline, ses dettes morales envers la pègre. Mais pour une partie du reste du casting, on a parfois la lancinante question « mais enfin qui sont ces gens ? ».

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Contes d’effets

Gifted est un show bien produit. C’est à dire qu’il utilise avec intelligence les moyens mis à sa disposition. En cinq épisodes la production a d’ailleurs fait preuve d’un certain talent pour utiliser des friches industrielles et des routes désertes plutôt qu’aller coller un combat en pleine ville, ce qui supposerait des autorisations et un plus gros budget location (c’est sans doute la raison pour laquelle la tragédie montrée au début de l’épisode utilise la ville « hors-champ »). Les personnages font preuve d’une certaine capacité d’initiative si bien qu’on a parfois le réflexe d’attendre le cliché, l’erreur de cohérence, là où leurs pouvoirs sont généralement bien utilisés (la fuite de Lorna et Eclipse, par exemple). On peut regretter par contre que la technologie robot utilisée dès le premier épisode soit largement passée à la trappe et se limite à des drones (eux aussi éliminés hors champ, sans doute pour les mêmes raisons de budget). Ce n’est pas du « super-héros décomplexé » tel que nous le propose la chaine CW avec Flash ou Supergirl. Mais la promesse tacite de voir des mutants en action est tenue. La série fonctionne sur des terrains ou Mutant X ou Heroes s’étaient un peu égarés.

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Who is who ?

Par contre ce qui fait défaut c’est qu’on en revient à une « formule », au détriment des caractères et personnalités. Il manque ces moments de « communion » qu’on peut trouver dans certains épisodes de Sense8. Dans la série de Netflix on sait qui est (par exemple) Wolgang, quelles sont ses réactions, ses attentes. Dans Gifted, Blink (ou d’autres) sont des gimmicks efficaces par leurs pouvoirs mais sans se distinguer les uns des autres. On a aussi la sensation que la série n’arrive pas à choisir qui sont ses héros principaux, entre le noyau familial des Strucker (qui restent une sorte d’ilot non intégré au reste) et l’Underground. La question serait vite réglée si les deux pôles fusionnaient réellement, mais ils se fréquentent sans réellement sympathiser… On se passionnerait sans doute beaucoup plus pour ces personnages si on avait l’occasion de vraiment faire leur connaissance et s’ils faisaient mine de se découvrir les uns les autres.

[Xavier Fournier]