[FRENCH] Première chronique d’une deuxième phase de notre rubrique. Bien que n’explorant pas encore le Silver Age français, elle nous permet d’entrer dans une période intermédiaire qui va nous amener en douceur du Golden au Silver Age en France. Le personnage de Tomahawk est très populaire aux États-Unis et a été pendant longtemps  emblématique des changements survenus au sein de DC comics. Sa première apparition remonte en juin 1947 dans les pages de Star Spangled Comics #69. Il succède au sommaire à Liberty Belle (super-héroïne qui jouera d’ailleurs un rôle ultérieur dans la vie du personnage).

Plusieurs années après le genre super-héros s’épuise un peu et afin de démarquer un peu le titre Tomahawk apparaît en couverture pour la première fois dans le #96 de septembre 1949. Il y restera jusqu’au #121 (octobre 1951). Il quittera enfin ce magazine, comme toutes les autres séries, au #131 (août 1952). Le titre prend alors le nom de Star Spangled War Stories et se consacre au genre de guerre. Heureusement pour le personnage il était apparut par ailleurs dans World’s Finest Comics, qui publiait entre autres des aventures des deux vedettes de DC Comics Superman et Batman, pendant 3 numéros (du 33 au 35). Il rejoindra logiquement le sommaire de ce titre pendant cinq numéros du #65 (juillet – août 1953) jusqu’au #101 (mai 1959), à l’exception du #89 (juillet – août 1957). Le genre super-héros traversant une période de fort déclin, DC Comics décide alors de lancer des titres de séries d’un autre genre en utilisant des personnages secondaires qui étaient déjà apparus en back-up story. C’est ainsi que la série Tomahawk paraît en septembre – octobre 1950. Le magazine remportera un franc succès et sera publié jusqu’en mai – juin 1972. Pendant cette longue période la sensibilité des histoires changera. Ainsi au départ Tomahawk est un trappeur, similaire à David Crockett.

Tom Hawk est un jeune homme lorsqu’il part avec un groupe de pionniers en direction des montagnes Allegheny. Pendant le voyage il est attaqué par une bande d’indien. Alors qu’ils essayent de le capturer, ils sont eux-mêmes chargé par un élan. Black Thunder, l’un des indiens, chute pendant la confuse qui s’en suit et Hawk lui sauve la vie en s’interposant sans armes entre lui et l’élan. Pour le remercier, Black Thunder l’accueille dans la tribu et lui apprend tous les techniques indiennes de combat et de survie dans la nature. Il passe plusieurs années avec les indiens qui lui donnent le nom de Tomahawk du fait de son habilité à cette arme de lancer. Il est par exemple capable de désarmer deux hommes avec un seul lancé.

Tomahawk restera toujours très proche des populations indiennes. Il parle plusieurs langues indiennes (dont le Mohawk, le Oneida et l’Iroquois) et fera régulièrement office d’intermédiaire, sa réputation de loyauté lui valant d’être respecté par toutes les tribus indiennes qui acceptent toujours sa parole. En plus de ses qualités physiques et de ses talents de ranger, Tomahawk possède des talents de détective incontestable. Il possède des connaissances dans l’art du maquillage, qui lui permettent de personnifier quelqu’un, même auprès de personnes familières de son modèle.

Un jour, Tomahawk se retrouva enfermé avec le jeune Dan Hunter dans une cabane par des bandits déguisés en indiens. Ces derniers ont tués le père de Dan et mettent le feu à la cabane pour les supprimer. Tomahawk et Dan réussissent à sortir de la cabane et à arrêter les bandits. Tomahawk prend alors le jeune orphelin sous son aile pour lui apprendre la vie de ranger. L’épisode se passer vers 1770 et leurs aventures suivantes se dérouleront pendant la guerre d’indépendance des États-Unis où ils joueront un grand rôle. Pendant cette période, leurs ennemis jurés seront Lord Shilling (un espion britannique passé maître dans le déguisement) et sa sœur.

Les histoires commenceront à prendre une tournure fantastique dès le #46 de février 1957, comme beaucoup d’autres titres de DC Comics. Après les récits de guerre, ceux mettant en scène du fantastique deviennent en effet à la mode. Ultérieurement, alors que les comics mettant en scène des équipes de personnages fleuriront (comme les Challengers of the Unknown où les Sea Devils), Tomahawk se verra adjoindre un groupe de Ranger (dont Dan Hunter plus âgé ferra également parti) dans le #83 (novembre – décembre 1962). L’équipe continuera à combattre des indiens minuscules, des extraterrestres, des dinosaures et même un émule de King Kong ou une créature de Frankenstein.


Immédiatement après ce changement le #81 sera marqué par l’arrivéeeeeee de Miss-Liberty, un personnage apparenté au type de super-héros surnommé « American Flag » (qui porte la bannière étoilée américaine comme costume et dont The Shield fut le premier représentant, et non Captain America comme beaucoup pensent à tort). En effet, le genre super-héros est à cette époque de retour en grâce suite au lancement de Flash II dans Showcase #4 (septembre – octobre 1956), et il est de bon ton que chaque titre possède un lien avec ce genre très vendeur. Il est à remarquer que dans le cadre de la continuité super-héroïque de DC Comics Miss-Liberty est l’ancêtre de Liberty Belle ce qui inclus le personnage de plein droit dans cet univers (on le verra d’ailleurs apparaître dans Crisis on Infinite Earths qui regroupe l’intégralité des héros de la continuité super-héroïque de DC Comics de l’époque).

Enfin, dernier avatar des aventures de Tomahawk, le #131 (novembre – décembre 1970) de la série s’oriente vers des histoires plus Far-West. Pour se faire, Hawk Son of Tomahawk devient le héros principal de la série alors qu’un Tomahawk vieillissant vient faire profiter son fils de son expérience tout en permettant de raccorder cette « nouvelle » série au passé du titre. Malheureusement bien que très porteur sur des titres comme All Star Western (devenu Weird Western au #12) avec Jonah Hex, la greffe ne prend pas et le titre s’arrête définitivement au numéro 140 de mai – juin 1972). Tout au long de ses aventures (455 épisodes sans compter ceux de Hawk Son of Tomahawk) le personnage de Tomahawk aura suivi l’évolution de DC Comics au travers des changements de genre, des effets de mode jusqu’à l’époque où le western ne consista plus en un genre porteur pour les comics et qui marquera la fin de ce personnage.

Au niveau des artistes Tomahawk est indissociable de Fred Ray qui fut un des principaux scénaristes et dessinateur du personnage (avec Bruno Premiani). Ce passionné de la guerre d’indépendance donnera un caractère véridique aux aventures de Tomahawk grâce à ses connaissances historiques et son souci du détail. Les épisodes publiés en France sont dus pour leur majorité à Fred Ray.

En France, Tomahawk apparaît pour la première fois dans Big Boy numéro 5. Big Boy (qui deviendra Big Boss 1ère série au numéro 43) publia exclusivement du matériel de l’éditeur américain DC Comics, était orienté initialement sur le thème du western et reprenait le contenu des magazines Legends of Daniel Boone et Frontier fighters. Le sommaire de la revue était complété d’histoires d’aventures sur le modèle des récits « d’histoires vécues » provenant de My Greatest Adventure.. Mais les deux titres « westerns » lancés en 1955 par DC Comics s’interrompront au moment du lancement de la revue Big Boy (Legends of Daniel Boone en septembre – octobre 1956 et Frontier fighters en novembre – décembre 1956). Du fait du décalage avec les États-Unis, Artima pourra publier quelques numéros sans être à court de matériel mais devra rapidement trouver une série de rechange sur le même thème et pouvant fournir un grand nombre d’épisode. C’est alors la série Tomahawk qui arrive dans Big Boy numéro 5 et restera pendant plusieurs numéros la série de référence du magazine.

Mais très rapidement, il devient également possible de le retrouver dans de nombreux autres PF de l’éditeur. Le format court de 6 pages ainsi que le fait qu’il s’agisse tout le temps d’histoire comportant une fin et non une suite, faisait de cette série un parfait matériel de complément. Le personnage permettait à Artima de continuer à justifier l’orientation du titre tout en bénéficiant d’un matériel important (le titre Tomahawk bénéficiera de 140 numéros). Plus de quarante épisodes seront néanmoins publiés dans Big Boy. Le retour des personnages d’un univers à continuité super-héroïque sera donc très discret. Il ouvrait cependant une porte qui allait permettre à d’autres personnages d’investir les petits formats de l’éditeur Artima et préparer la naissance du Silver Age français.

[Jean-Michel Ferragatti]