[FRENCH] Cette semaine, poursuite de notre exploration des fondamentaux du personnage de Superman pendant le silver age au travers des premiers épisodes de cette période publiés en langue française par l’éditeur belge Interpresse. Avec la réponse à la question Comment Clark Kent devint reporter.

Dès Action Comics #1 il est acquis que sous son identité secrète de Clark Kent, Superman est journaliste mais sans grande précision. Comme pour ses origines, il faudra attendre la publication de l’épisode originel inventé par Jerry Siegel & Joe Shuster dans sa forme première (en comic strips) pour en apprendre un peu plus (cf. French Collection #113). Nous apprenons ainsi que Superman a décidé de devenir journaliste pour avoir accès aux informations le plus rapidement possible et pour intervenir dès que possible dans la résolution des affaires criminelles.

Les précisions suivantes, sur cet épisode de sa vie se trouvent dans Superman #1. Nous y apprenons que le jeune Clark Kent ne dispose d’aucune qualification pour le métier de journaliste et qu’il est rembarré par Georges Taylor, le rédacteur en chef du Daily Star. Il est à remarquer qu’il s’agit aussi de sa première rencontre avec Loïs Lane qui est déjà membre de la rédaction. Mais grâce à ses pouvoirs, il saisit une conversation au sujet d’un lynchage en cours et se rend sur place en tant que Superman. Il sauve la victime et rédige ensuite un article qu’il soumet à Georges Taylor qui l’embauche. Cette version est également reprise dans les Sunday comic strip 317 à 325 publiés en France dans L’Astucieux en mai 1947). Ce dernier lui confie alors une mission impossible, découvrir qui est ce Superman qui vient d’apparaître en ville. Le traitement de ce sujet lui vaudra d’ailleurs l’inimité de Loïs (et ceci a été repris de nombreuses fois y compris dans les versions modernes du personnage). Dans l’épisode « How Perry White Hired Clark Kent » publié dans Superman #133 (et en langue française dans Superman #1) nous découvrons la première version du silver age.

Dans cet épisode, Clark Kent arrive de Smallville (Picoville dans l’épisode en français) et loue un appartement à Metropolis. Il se consacre tout entier à son rôle de Superman. Il est à remarquer que son apparition n’est cette fois-ci pas une nouveauté puisqu’il a déjà une longue carrière en tant que Superboy. Mais sa logeuse commence à avoir des soupçons sur la provenance de l’argent du loyer, Clark Kent ne justifiant d’aucun métier et donc d’aucun revenu « licite ». Il décide donc de chercher un travail et décide, comme dans la version première, de devenir journaliste afin de faciliter sa chasse aux criminels. Il se présente cette fois-ci à Perry White, le rédacteur en chef du Daily Planet (Georges Taylor et le Daily Star étant censé n’exister que sur Earth-2 à cette époque). Toujours sans qualification, il est également rembarré. Cette version évoluera puisque à partir d’une époque plus tardive du silver age, il est indiqué que Clark Kent a étudié le journalisme à l’université de Metropolis.

Ce qui est intéressant par rapport à la version initiale c’est le rôle de Loïs Lane. En effet, elle est présentée par Perry comme une journaliste de grande classe, alors que dans les premières versions elle est cantonnée au courrier du cœur. De ce fait, son attitude n’est pas hostile envers Clark. En effet, elle n’a plus rien a prouvé et il ne lui volera pas le scoop de la « naissance » de Superman. Son image est très différente de celle du golden age et j’invite les lecteurs à se reporter au French Collection #101 pour mieux comprendre ce changement.

Nullement découragé, Clark explique qu’il est le plus grand admirateur du Daily Planet et qu’il connaît tous les numéros par cœur. Perry saisit la perche et lui fait passer un test dans l’espoir de s’en débarrasser. Mais grâce à sa super-mémoire, Clark est capable de répondre à toutes les questions. Piégé, mais bien décidé à s’en débarrasser, Perry l’envoi plusieurs fois faire des reportages impossible. Nous retrouvons le schéma de base des premiers épisodes. Si ce n’est que cette fois-ci les sujets ne sont pas la découverte de Superman mais des sujets plus « triviaux ».Clark réussit tout de même à produire des papiers intéressants mais à chaque fois Perry est d’une mauvaise foi éhonté et refuse de le reconnaître. C’e sont alors les interventions de Loïs, très en décalage avec la version d’origine cette fois, qui vont « repêchées » l’impétrant.

Ceci jusqu’à ce que Perry sorte une boite contenant de la Kryptonite et exige que Clark prenne une photo de Superman avec le morceau en mains. A ce moment, il ouvre la boîte et Clark s’écroule immédiatement. Il lui reste cependant suffisamment de force pour utiliser sa super-ventriloquie et faire gargouiller son ventre. Loïs & Perry pensent alors qu’il meure de faim et essaye d’désespérément d’obtenir un poste au Daily Planet car il est sans ressource. Ils l’emmènent alors au restaurant, et l’éloigne par de là de la Kryptonite, où il dévore trois repas. Perry lui confie alors la boite contenant le morceau de Kryptonite pour lui laisser une chance de réussir la mission impossible qu’il lui a confié. Superman jette la boite (qui doit donc être en plomb) au fond de la mer et se prend en photo grâce à sa super-vitesse (visiblement les appareils photos des années soixante n’avait pas de retardateur) avec un faux morceau de Kryptonite. En découvrant la photo, Loïs & Perry en tire la même conclusion et embauche Clark.

Cet épisode est intéressant car il montre deux choses.

Premièrement, une vraie volonté de qualité éditoriale de la part d’Interpresse qui a été chercher plusieurs épisodes afin de « poser » le personnage auprès de lecteurs qui n’avaient sans doute jamais lus d’épisode du personnage mais juste entendu (ou vu) des choses sur lui (l’arrêt de publication du comic strip Superman dans Le Journal de Spirou date de 1948).

Deuxièmement cet épisode, plus que celui que nous avons analysé dans French Collection #113, montre une persistance importante des fondamentaux du personnage tels que définis par Jerry Siegel & Joe Shuster. Cependant cette version n’est pas figée et elle évolue dans le temps. Soit pour s’adapter à des changements de continuité (ce qui disqualifie partiellement les théories d’experts qui considère que la continuité n’est née qu’avec les publications Marvel) soit pour coller aux évolutions de la société en générale (la place te l’attitude de Loïs Lane en particulier).

[Jean-Michel Ferragatti]