A la suite de tous les événements cosmico-existentiels que DC Comics a traversé récemment, les pouvoirs de Zatanna sont totalement déréglés. Pire : c’est toute la magie de l’univers DC qui semble sur le point de disparaître ou d’être reprise par ses mystérieux créateurs. Pas de soucis, consciente du problème la Justice League vient justement de déléguer à Wonder Woman une sorte de branche spécialisée dans le surnaturel pour gérer ce genre de questions.

Justice League Dark #1Justice League Dark #1 [DC Comics]
Scénario de James Tynion IV
Dessins d’Alvaro Martinez Bueno
Parution aux USA le mercredi 25 juillet 2018

En 2011, lors de la refonte des New 52, on avait vu apparaître une première mouture de la Justice League Dark basée sur le fait que Batman considérait qu’il fallait quelqu’un pour surveiller ce front, alors qu’il demandait, fort naturellement, à Zatanna, ex-Leagueuse, de s’en occuper. L’affaire avait fait long feu, DC Comics décidant en cours de route que, non, finalement, personne en dehors des sept membres fondateurs n’avait réellement fait partie de la Justice League. « Dark », avec des qualités et des défauts qui lui étaient propres, s’était donc rapidement trouvé privé d’une forme de légitimité, un peu comme si on se contentait de coller ensemble quelques réfugiés de Vertigo et qu’on collait dessus un label « Justice League ». Cette nouvelle mouture revient vers l’idée de départ, maintenant que Rebirth puis Dark Nights: Metal puis No Justice sont passés par là. La « vraie » League a conscience que quelque chose est cassé et mandante donc Wonder Woman, vite rejointe par Zatanna, pour surveiller le côté mystique des choses. Cela tombe bien puisque, comme pratiquement une fois sur deux lorsqu’il s’agit d’affaires occultes chez DC ou Marvel, « la magie se meurt » et qu’il faut donc trouver une solution. On peut d’ailleurs se demander à quel point ce leitmotiv vient ou pas de l’inconscient des auteurs et des éditeurs, tant « la magie se meurt » semble aussi être un commentaire bien sombre sur une partie de l’industrie des comics. Outre les deux femmes, la Justice League Dark rénovée peut aussi compter sur la présence de Swamp Thing, de Detective Chimp (déjà membre par le passé d’une ou deux équipes axées sur le surnaturel et dont on fait ici l’héritier du Nightmaster) et enfin de Man-Bat, qui n’a pas grand-chose de réellement « magique » mais qui peut-être, justement, peut du coup s’imposer comme le regard scientifique de l’équipe. Le groupe est varié, mais reste quand même comme une impression que si la League voulait monter une équipe d’experts occultes elle irait aussi taper du côté d’un Doctor Fate, Deadman, voir d’un Phantom Stranger (pratiquement disparu depuis que DC a décidé d’oublier tout ce qui touchait la Trinité qu’il formait avec Question et Pandora). Même si le scénario y pense et explique que les héros absents sont à une autre réunion, il semble bizarre que ces derniers snoberaient la Ligue.

« Magic is broken and it’s clear you cannot fix it alone. »

Alvaro Martinez Bueno fait un assez bon travail aux dessins, en donnant par exemple de l’ampleur à notre premier contact avec ce qui sera, pour le groupe, l’équivalent d’un Hall of Justice ou d’une Batcave (au point qu’elle ait elle aussi son « Dinosaure » central). Il a globalement une bonne maîtrise de la plupart des personnages, si ce n’est une curieuse tendance à représenter Swamp Thing avec une sorte de barbe végétale et de longue « chevelure », tandis que l’angle caractéristique qui formait son nez devient plus rond. On aurait presque l’impression que c’est un autre élémental échappé du Parlement des Arbres et pas LE Swamp Thing habituel. Mais à la décharge du dessinateur, c’est visiblement une décision globale chez DC puisqu’il n’est pas le seul à le représenter de la sorte (il suffit de regarder la couverture variante de Greg Capullo pour achever de s’en convaincre). Martinez Bueno a un avantage certain : il arrive à différencier les personnages, là où parfois les artistes ne les distingue qu’à travers leurs accessoires ou leur costume. Les silhouettes, les attitudes, les expressions de Diana et Zatanna sont si bien campées que si l’on intervertissait les vêtements, on saurait quand même qui est qui. C’est, pour l’instant, encore le lien central qui manque, les héros ne se croisant que de manière fortuite. Il est encore trop tôt pour juger de l’alchimie du groupe (encore ne formation) mais, malgré ces réserves, la série commence plutôt bien. Elle a en tout cas du potentiel.

[Xavier Fournier]