Jessica Jones revient. Mais pour la première fois elle n’est plus sous la houlette de Brian Michael Bendis. Alors que Jess profite pour la première fois d’une équipe créative féminine, Marvel se sert de l’héroïne connue des téléspectateurs de Netflix pour lancer sa nouvelle initiative numérique. Un retour qui joue la carte de la fidélité, de l’authenticité… tout en se gardant un potentiel de surprise.

Jessica Jones #1Jessica Jones #1 [Marvel Comics]
Scénario de Kelly Thompson
Dessins de Mattia De Iulis
Parution aux USA au format numérique le mercredi 18 juillet 2018

Jessica Jones aura passé la majeure partie de sa carrière écrite par Brian Michael Bendis. C’est à dire qu’il totalise l’écriture de tous les titres solos consacrés à la détective ex-super-héroïne mais qu’il a également géré son destin au sein des New Avengers. Mis à part quelques rares exceptions (Al Ewing via les Mighty Avengers, par exemple), Jess garde donc l’empreinte d’un Bendis parti depuis jouer chez DC avec les survivants de la planète Krypton. L’ironie de la situation, c’est donc que Ms. Jones se retrouve maintenant exactement dans la même situation qu’Elektra quand, à son arrivée chez Marvel, Bendis reprenait à son compte les aventures de la ninja grecque. La différence, ici, c’est que le passage de bâton se fait avec la bénédiction de Bendis, bien décidé à ce que sa création survive à son transfert chez DC. Et pour ce premier numéro, Kelly Thompson s’en tire haut la main, reprenant tous les codes du roman noir transposés dans un univers super-héroïque, la recette pour Jess depuis son apparition dans Alias. La nouvelle scénariste respecte le cahier des charges et s’en tire même peut-être mieux que Bendis sur un point. En effet, le créateur a toujours peiné à gérer de manière synchrone Jessica Jones et sa famille. Le précédent volume reposait donc sur un éloignement de Jess et de Luke au sujet de leur fille, Bendis étant obligé de saboter un peu la vie privée de la détective pour la rendre à nouveau cynique. Thompson, sur ce point, n’a pas de mal à décrire une Jessica toujours aussi forte tête sans pour autant que la vie familiale soit sacrifiée pour la narration. Le cliffhanger final est aussi purement dans la lignée d’Alias (quand bien même les premières pages atténuent le suspens, si d’aventure certains lecteurs s’inquiétaient réellement sur le devenir du personnage).

« Like I was saying, Bad finds me. »

Pour Mattia De Iulis, c’est encore une autre situation car si récemment Michael Gaydos, le dessinateur originel de Jess, avait repris du service, il n’a pas toujours été là. Et Jessica Jones est déjà passé entre des styles vraiment différents (dans New Avengers, par exemple). Il ne s’agît donc pas tellement de succéder au seul Gaydos mais bien d’essayer de négocier un virage dans la représentation de l’héroïne, qui tient à la fois compte de ses premières apparitions dans les comics mais puisse aussi parler au public qui l’a découvert via Netflix. David Mack avait déjà entamé ce travail de synthèse sur les couvertures du volume précédent et De Iulis s’y emploie cette fois dans les pages intérieures. C’est aussi une manière de chercher un juste milieu entre le visage à la Gaydos et les représentations que pouvaient en faire un Bagley, un Mayhew ou un Deodato (ou même, forcément, ce qui avait été fait dernièrement dans les pages des Defenders). De Iulis ne cherche pas le copié-collé avec le visage de l’actrice. Cependant c’est plus notable quand il s’agît de représenter Luke Cage. Et pour insister sur les liens avec le petit coin Marvel de Netflix, Matt Murdock ne manque pas de montrer le bout de son nez. Globalement c’est une bonne reprise en main, qui garde les fondamentaux et assure la continuité de l’ambiance. A noter que ce titre n’est pour l’instant disponible qu’au format numérique, Marvel testant une expansion sur ce support.

[Xavier Fournier]