Les Fantastic Four reviennent dans l’univers Marvel et ils y arrivent par la grande porte, avec plus de 400.000 numéros précommandés sur le marché américain. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, disait l’autre… Il suffisait que les Quatre Fantastiques (tombés dans les habitudes au point qu’ils en passaient inaperçus en 2015) s’éloignent pour que le besoin revienne. Mais si le coup commercial est assuré, reste surtout à juger de l’intérieur pour voir si cette résurrection des FF tient ses promesses…

Fantastic Four #1Fantastic Four #1 [Marvel Comics]
Scénario de Dan Slott
Dessins de Sara Pichelli, Simone Bianchi, Skottie Young
Parution aux USA le mercredi 8 août 2018

Si l’on pouvait s’attendre, à travers ce Fantastic Four #1, à un redémarrage clair et net, quelque chose qui aurait pu avoisiner le Astonishing X-Men #1 de Whedon et Cassaday, Dan Slott choisi de prolonger l’attente. C’est à dire que la réunion des quatre membres principaux de l’équipe (mais par extension de toute une famille) est légèrement différée, tandis que le scénariste fait un peu la jonction avec ce que l’on peut voir dans Marvel Two-In-One ces temps-ci : Johnny Storm et Ben Grimm sont tous les deux dévastés de l’absence du reste des FF. Mais ils font face de manière très différente, même carrément opposée. L’un s’enflamme (au propre comme au figuré) pour le moindre espoir. L’autre se désespère et n’y croit plus. Mais quelque part là-dedans s’impose une idée commune : la vie doit continuer, quelque part entre les souvenirs et les promesses du futur. Ce que font Slott et Pichelli, c’est mettre des mots sur l’absence de Reed, Sue et des autres (absence relative car on les retrouve, au moins, via un flashback et quelques scènes annexes). On peut être tenté de faire le parallèle avec les sentiments de The Thing et Human Torch dans Marvel Two-In-One, c’est vrai, mais il y a dans ce premier numéro une résurrection du ton et de l’univers étendu des FF. C’est à dire que Ben et Johnny ne sont pas vraiment seuls, qu’il y a aussi, comme il convient, d’autres amis à qui ce sens particulier de la famille manque, de Wyatt à Alicia en passant par Jennifer, les Inhumans et quelques autres. Slott et Pichelli nous montrent qu’un signe peut faire vaciller l’espoir mais aussi le ranimer, en mettant de l’emphase à tout cela. Ce n’est pas encore la reformation telle qu’elle. Mais c’est le retour d’une recette, d’un lien, une reprise de contact qui fonctionne à merveille, un peu une veillée avant le grand événement. C’est un véritable témoignage de la force de tous ces personnages d’être capable d’avoir une présence à travers un « simple » signe de ralliement. Techniquement, le seul petit détail scénaristique qui surprend un peu, c’est la tendance de Slott à faire parler Medusa comme une Kree, mais c’est un tout petit truc dans un récit qui l’emporte à l’émotion tout au cours du numéro.

« It’s about damn time. »

Deux autres histoires complètes ce Fantastic Four #1. Dans l’une d’entre elles, dessinée par Simone Bianchi, il s’agit d’un retour en force de Doctor Doom, même si l’on sent qu’il s’agit de négocier un virage par rapport à ce que Bendis en avait fait dans Infamous Iron Man. Comment Victor Von Doom peut-il se voir en héros tout en étant le Doom qui, tôt ou tard, finira par à nouveau en découdre avec les Fantastic Four ? Slott et Bianchi répondent en donnant au personnage la classe et la fureur qui le caractérise. Et en démontrant que l’héroïsme est quelque chose de subjectif. Plus discret, le dernier récit (une seule page en fait) utilise un Impossible Man dessiné par Skottie Young, artifice un poil deadpoolesque à travers lequel Dan Slott anticipe les réactions de quelques trolls. L’un dans l’autre, ce premier numéro d’une série relancée après trois ans d’absence ne surprend pas, ce n’est pas le but. Il dresse un peu inventaire des qualités du groupe avant la « réouverture totale » dans les épisodes à venir. C’est une lettre ouverte à beaucoup de gens qui s’étaient habitués à voir les FF faire partie des murs et s’en étaient désintéressés au fil des ans, d’où des ventes finalement très peu « fantastiques » dans les années précédant leur disparition. Slott le dit pratiquement à voix haute ou tout au moins le fait dire par certains de ces personnages, vers la fin du premier récit : tant que les gens continuent d’y croire, ça fonctionne. Après une période de manque et une reprise riche en émotion, ce numéro fait le nécessaire pour qu’on puisse y croire, justement.

[Xavier Fournier]

PS: Quelques théoriciens de la conspiration viendront vous expliquer que ce retour des Fantastic Four est forcément lié au rachat de la Fox par Disney, acté il y a quelques jours. Si besoin était, soulignons qu’il faut plusieurs mois pour concevoir et produire un comic-book et que celui-ci a été pensé à une époque où ComCast était encore un candidat sérieux pour s’emparer de la Fox, sans parler de la mise en place de Marvel Two-In-One, démarrée l’an dernier.