Bloodshot, piégé dans le futur, vient de tuer pour s’assurer qu’il pourrait revenir. Une nécessité pour retrouver sa femme et sa fille à un moment où, dans le présent, une mystérieuse conspiration vient de capturer l’enfant. Avec les autres ressortissants de la technologie Bloodshot, Magic tente de la libérer. Mais peuvent-ils y arriver sans Ray ?

Bloodshot Salvation #12Bloodshot Salvation #12 [Valiant]
Scénario de Jeff Lemire
Dessins de Doug Braithwaite
Parution aux USA le mercredi 8 août 2018

On pourrait traduire Salvation de manière abrupte par « Sauvetage » ou « Sauvegarde » selon les cas mais le terme qui convient le plus c’est « Salut », comme pour le « salut de l’âme ». Jeff Lemire et Doug Braithwaite ont expédié Bloodshot dans le futur, obligé de remplier une mission pour un adversaire s’il veut revenir dans le présent. Et l’épisode précédent nous a rappelé qu’on n’est pas dans un récit de super-héros/super-altruiste, que Ray est prêt à tout pour retrouver sa famille. N’est-ce pas sacrifier son âme ou bien est-ce que tout simplement son âme est sa famille et, loin d’elle, il redevient une véritable machine à tuer. La question est en suspens, alors que les deux auteurs sont obligés de négocier la fin de leur arc, en particulier ce qui concerne la captivité de la fille de Ray et de Magic. Certaines choses font un peu forcées, mais il faut compter avec la présence des collègues « folkloriques » de Bloodshot, qui n’ont visiblement pas trouvé le temps de changer de vêtements en quarante ans et qui ressemblent à une version cybernétique de G.I. Joe. Quelque part la dernière bataille est un peu chaotique en termes de narratio et on a l’impression que Magic et Punk Mambo auraient presque aussi bien pu sauver la fillette sans l’intervention des gros bras. Mais c’est un flottement passager, sans doute parce que la bataille n’est pas l’enjeu en lui-même. Et aussi et surtout parce que Doug Braithwaite sait nous représenter tout cela avec brio.

« No matter what had come before, everything was going to be okay. »

Ces dernières années nous ont habitué à des fins et des relances multiples de Bloodshot. Ce serait chez DC ou Marvel qu’on aurait des levées de bouclier anti-#1. Mais cela se passe chez un éditeur sans doute moins « surveillé » et il faut aussi reconnaître à Jeff Lemire d’avoir su mener sa barque en utilisant les différents volumes comme autant d’étapes de l’évolution du personnage. Il n’en reste pas moins que ce dernier numéro de Salvation sonne un peu comme la fin d’une ère, d’un run global. Lemire donne à son héros une sorte de happy end (une « sorte » seulement, car il semble difficile qu’il ne devra pas payer un jour pour ses actes). Mais c’est aussi le moment où le scénariste dit au revoir à Ray (Bloodshot: Rising Spirit, la nouvelle série qui démarrera en novembre, sera pourvue d’une équipe créative entièrement différente). Et puis il y aussi un hommage appuyé à Warren Simons, l’ex-éditeur-en-chef de Valiant (et l’un des architectes majeurs du revival de l’éditeur ces six dernières années), qui a claqué la porte en avril dernier. Dans cet épisode final où Bloodshot s’est acheté sa tranquillité dans le présent tout en sacrifiant son avenir, on se demande un peu s’il n’y pas du Valiant d’aujourd’hui, qui sait où il en est à l’instant T mais pour qui le futur semble incertain. C’est peut-être (sans doute) trop en lire dans la fin écrite par Lemire mais ce qui est sûr c’est que cette conclusion n’a pas le goût d’une fin pensée comme telle, comme si elle préparait encore des choses que l’auteur aurait pu écrire sur le personnage. La barre, en tout cas, est placée haut pour les successeurs…

[Xavier Fournier]