Les Fantastic Four sont depuis quelques numéros sur ce qu’on pourrait qualifier de « monde de leurs origines » : la planète pour laquelle ils étaient en partance le jour de l’accident qui leur a donné leurs pouvoirs. Sauf que les choses ne se sont peut-être pas passées comme les Fantastic le pensaient jusqu’ici. Dans Slott et ses dessinateurs jettent un pavé sur les origines du quatuor.

Fantastic Four #18Fantastic Four #18 (Marvel Comics)
Scénario de Dan Slott
Dessin de Paco Medina, Francesco Manna & Carlos Magno
Parution aux USA le mercredi 22 janvier 2020

La révélation est donc tombée dans l’épisode précédent… il y aurait un responsable, un coupable pour ce qui est arrivé lors du vol initial des Fantastic. Dan Slott, comme J. Michael Straczynski il y a une douzaine d’années, s’intéresse donc à chercher du sens dans ce qui, auparavant, n’en avait guère. Pourquoi et comment Reed Richards pourrait-il avoir commis une telle erreur et organiser ainsi un vol défaillant, lui qu’on n’a guère connu faillible depuis ? Mais Slott dépense beaucoup d’énergie à mauvais escient. D’abord parce que, on le disait, Straczynski est déjà passé par là en donnant une explication à ces rayons cosmiques si bizarres qui ont reprogrammé l’ADN des Fantastic. Ensuite parce que Slott fait la même erreur que Straczynski, en faisant de ce vol et de cette rencontre avec les rayons un événement unique, lié à un enchaînement de circonstance… Là où depuis, pourtant, plusieurs personnages ont reçu des superpouvoirs de la meme manière, ce qui tendrait à faire des rayons cosmiques donneurs de pouvoirs une constante et pas une exception. Mais surtout, à vouloir tout explique, on en vient à marcher sur ce qui fait la base de l’univers Marvel moderne : la nature accidentelle, fortuite, et la notion de culpabilité. Depuis 1961, Reed Richards est, à son niveau, un peu comme Spider-Man qui se reproche la mort de l’Oncle Ben. Reed, lui, culpabilise car il a commis une erreur qui a transformé un autre Ben, son meilleur ami, en monstre. Même si ce n’est pas abordé dans le tout-venant des épisodes, c’est le ressort dramatique qui fait que Richards se sent responsable de ses co-équipiers. Dans le même temps, cette tragédie fait de lui quelqu’un de faillible, de plus humain. Vouloir effacer cette tâche de son CV, c’est un peu comme si on découvrait maintenant que le voleur que Spider-Man n’a pas arrêté n’est pas celui qui a tué son oncle et que Peter s’éloigne en disant « ouf, alors ce n’était pas ma faute… ». Détacher les Fantastic de l’idée d’accident et de culpabilité, c’est faire d’eux des personnages plus génériques.

« Lemme guess. Before things changed. »

Ca, c’est pour ce qui est de l’intention de base. Pour ce qui est de l’exécution de cet épisode, Slott ne se tire pas mal du tout de la narration de son idée. Les dialogues, en particulier, sont bien vus. On voit que, malgré le côté iconoclaste de cette révision des origines, il lorgne sur un certain esprit kirbyesque, les habitants de la planète Spyre ayant quelque chose d’un mélange des Inhumans, des Eternals et des Deviants. Mais, un peu à l’image de ce qui se passe sur Shazam, l’histoire n’est pas aidée par ses changements de dessinateurs. Ces derniers, à l’évidence, travaillent sous une contrainte de temps et donnent un résultat en deça de ce qu’on leur connait. Il faut voir, par exemple, le nombre de cases où il n’y a pas l’ombre d’un décor. Certaines pages en ont, ce n’est pas un problème généralisé. Mais sur le passage dessiné par Medina, ce sont de simples dégradés de couleurs qui donnent le « fond ». On perd la sensation de l’endroit où cela se passe, de la chorégraphie des événements. Rajoutons à cela que le design des habitants de Spyre n’est pas très inspiré et on a clairement l’impression de croiser des personnages périssables, vite créés et qui seront vites oubliés. C’est presque de l’obsolescence programmée : Si Slott veut créer une nouvelle race qui reviendra dans les exploits futurs des Fantastic Four, le dessin leur enlève tout charisme. De ce fait on se dit que si Slott avait eu un dessinateur-partenaire réellement investi dans le projet (mettons un Nick Bradshaw puisqu’il s’occupe des couvertures) il aurait pu avoir une chance de nous vendre de manière plus convaincante cette histoire d’origine retravaillée. Là… c’est un peu « court ».

[Xavier Fournier]